Journal
Le Roi d’Ys selon Olivier Py à l’Opéra national du Rhin - « Et les croyants sont les forts » - Compte rendu

Ce serait trop simple s’il suffisait d’y croire. S’il faut remercier Alain Perroux d’avoir mis Le Roi d’Ys (1888) à l’affiche de l’Opéra du Rhin, c’est bien sûr parce qu’il croit en la valeur de l’opéra de Lalo, mais encore fallait-il s’entourer d’une équipe artistique elle aussi capable de croire en cette œuvre. Comme le chante le chœur au second tableau du deuxième acte, « Qui sait prier sait combattre, Et les croyants sont les forts ! »

Samy Rachid © samyrachid.com
Les ardeurs du wagnérisme à la française
Indubitablement, Samy Rachid croit en cette partition. Sous sa direction, l’Orchestre national de Mulhouse sonne admirablement, mais sans clinquant, et fait valoir toutes les beautés et toute la force de cette musique, dont les ardeurs propres au wagnérisme à la française ne sauraient dissimuler le raffinement. Si Le Roi d’Ys fut si longtemps un des piliers de l’Opéra-Comique puis de l’Opéra de Paris, interprété par les plus grands, il doit bien y avoir une raison à cela. Et si la capitale n’a plus daigné l’écouter qu’en version de concert ces dernières années, c’est mieux que rien, mais cela ne remplace pas une version scénique.

© Klara Beck
Un décor stupéfiant
Croyant, Olivier Py l’est, et il croit notamment en tout ce répertoire, lui qui a admirablement monté jadis Les Huguenots (spectacle coproduit par l’Opéra du Rhin et le Théâtre de la Monnaie) et, toujours à Strasbourg, plusieurs autres raretés du XIXesiècle français. Pierre-André Weitz lui a une fois encore concocté un décor stupéfiant, qui ne cesse de se transformer et de se recomposer tout au long de la représentation, et dans ce cadre mouvant, la mise en scène réussit à ranimer la légende bretonne, sans la moindre mièvrerie. A Saint-Etienne en 2007, Jean-Louis Pichon avait déjà situé l’action dans les années 1880, mais Olivier Py le fait de manière un peu plus ancrée dans l’histoire, Karnac devenant le chef de l’armée prussienne d’abord victorieuse, puis défaite par Mylio en uniforme blanc. Dans ce contexte républicain et militaro-industriel, le miracle est évacué : saint Corentin n’est plus qu’un squelette dans une châsse, dont se moquent l’incroyante Margared et son amant, celui-ci tuant au passage l’évêque qui les invite à se repentir. Mais l’inondation finale a bien lieu, et le sauvetage in extremis également.

© Klara Beck
De justes incarnations
On le sait, le rôle-titre a peu à chanter, et on se demande parfois si le personnage de vieillard qu’il est ici ne déteint pas un peu trop sur le chant de Patrick Bolleire, théâtralement impressionnant dans sa scène d’abdication où il rampe littéralement face au vainqueur. Non, le vrai premier rôle, le plus lourd, jadis confié à des chanteuses d’envergure wagnérienne, est bien celui de Margared, et c’est donc légitimement elle qui apparaît en dernier lors des saluts.

© Klara Beck
En pleine transition de la tessiture de mezzo vers celle de soprano dramatique, Anaïk Morel aborde le personnage en jouant fort habilement sur les deux tableaux, évitant tout excès de véhémence dans les premiers instants pour mieux ménager la progression dramatique et les éclats ultérieurs qui la conduiront au sacrifice ultime. On regrettera seulement que son air du deuxième acte se termine de manière un peu moins flamboyante qu’on pouvait l’espérer.
Ange face au démon qu’est sa sœur, Rozenn est un rôle redoutable non par ses difficultés, mais parce qu’entre sa bonté et les « Mylio » qu’elle ne cesse de répéter, le risque de la nunucherie est grand. Pour l’avoir admirée dans Haendel et Mozart, on se demandait malgré tout ce dont Lauranne Oliva serait capable dans Lalo : le ravissement est total, face à la pure beauté du timbre et à l’intelligence du phrasé.
Révélé sur cette même scène dans Guercœur en 2024 (1), Julien Henric remporte tous les suffrages en Mylio, héros sensible mais sans niaiserie lui non plus. Trop rare en France, Jean-Kristof Bouton réussit à camper un Karnac vigoureux sans jamais tomber dans la caricature du « méchant ». Autour d’eux, préparé par Hendrik Haas, le Chœur de l’Opéra national du Rhin en grande forme profite pleinement des nombreux moments où la partition fait de lui un authentique protagoniste de l’action.
Laurent Bury

(1) www.concertclassic.com/article/guercoeur-dalberic-magnard-lopera-national-du-rhin-mais-oui-cest-possible-compte-rendu
Edouard Lalo, Le Roi d’Ys – Strasbourg, Opéra national du Rhin le 11 mars ; prochaines représentations les 13, 15, 17, 19 mars, puis à Mulhouse (La Filature), les 27 et 29 mars 2026 // www.operanationaldurhin.eu/fr
Photo © Klara Beck
Derniers articles
-
11 Mars 2026Laurent BURY
-
10 Mars 2026Thierry GEFFROTIN
-
10 Mars 2026Alain COCHARD







