Journal
Trois Questions à Betsy Jolas [Festival [aspects] Caen 17-22 mars] – « Composer c’est pour moi un besoin, une nécessité vitale. »

À quelques mois de ses 100 ans, Betsy Jolas, figure majeure de la musique de notre temps, est mise à l’honneur à l’occasion de la 44ème édition du Festival [aspects] à Caen (17 au 22 mars). Nous avons posé trois questions à cette compositrice toujours active, qui est aussi une pétillante femme de caractère.
Vous allez avoir 100 ans et vous continuez à composer. C’est assez incroyable !
Je travaille encore en effet et cela ne me surprend pas. D’ailleurs, j’ai besoin de me souvenir assez souvent que c’est mon centenaire que je vis en ce moment. Mon parcours de compositrice c’est toute ma vie. Composer c’est pour moi un besoin, une nécessité vitale, c’est aussi une habitude.
Vous me demandez pour qui je compose. En pensant à l’interprète, certainement. Mais je ne pense pas du tout au public. J’ai acquis la conviction que le public s’intéresse à ce que j’écris et il me le prouve. Je compose aussi éventuellement pour résoudre un problème. Parfois des problèmes techniques que j’invente moi-même. Je ne vais pas rentrer dans les détails. J’ai aussi été très à l’écoute de ce qui se passait dans la musique contemporaine en France, et souvent je voulais essayer de composer des choses dans le même esprit. Sans subir d’influence, en étant moi-même, mais en étant portée par ce que j’avais entendu.
Je crois savoir aussi que lorsque vous étiez jeune, vous aviez des doutes sur votre capacité à être compositrice et à vous imposer.
Ça fait partie de la situation des femmes en général. Mais pour moi ça n’a pas duré très longtemps, parce que j’en ai triomphé assez vite. J’ai fait tout ce qu’il fallait pour être compétente dans un monde d’hommes. J’ai l’impression de temps en temps que je travaillais plus pour avoir la même considération. Mais je me rappelle qu’à un moment donné je me disais "mais il n’y a tout de même pas beaucoup de femmes compositrices qui valent la peine d’être connues".
La musique contemporaine est souvent perçue comme très élitiste en France. Comment peut-on faire pour intéresser un public plus large ?
Écoutez, ce n’est pas mon problème. Si on aime ma musique, eh bien on l’écoute, voilà c’est tout. Moi je n’organise pas mes concerts et je n’ai certainement pas l’intention de changer mon écriture pour faire plaisir à un public que je ne connais pas.
Propos recueillis par Thierry Geffrotin le 9 mars 2026

[aspects], Festival des musiques d’aujourd’hui
Du 17 au 22 mars 2026
conservatoire-orchestre.caen.fr/actualites/aspects-2026-betsy-jolas-lhonneur
Photo © Jean-Christophe Marmara
Derniers articles
-
10 Mars 2026Alain COCHARD
-
09 Mars 2026Alain COCHARD
-
09 Mars 2026Laurent BURY







