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Samuel Hasselhorn & Ammiel Bushakevitz à la salle Cortot – L’avancée schubertienne – Compte-rendu

 

C’est une parenthèse enchantée comme l’année musicale en compte peu, et que poursuit Harmonia Mundi, avec ces deux musiciens fusionnels que sont Samuel Hasselhorn et Ammiel Bushakevitz, dont la réflexion va pénétrant toujours un peu plus dans l’univers sans fin des lieder de Schubert. Avec Hoffnung – qui signifie Espoir – c'est vers un volet moins sombre que se poursuit l’avancée du projet Schubert 200, lié aux pièces les plus représentatives du maître, et qui se terminera sur le Schwanengesang, alors que Schubert s’envolait vers son ailleurs, en 1828.

 

 
Une alliance d’exception

 
Schubert n’est pas rare en concert, certes, mais ainsi creusé, aimé, respiré dans le moindre de ses accès de désespoir, ses sautes d’humeur, son indicible mélancolie, sa fraîcheur aussi, parfois gamine,  il devient encore plus proche, non plus un compositeur dont on admire et goûte le génie mais un frère, un ami. Ce que sont les deux âmes-sœurs Hasselhorn-Bushakevitz, au point que parfois on ne sait plus si la note exhalée vient de la voix ou du clavier.
 
Vers un monde meilleur
 
Porteur d’espoir, donc, que Hoffnung, encore que chez Schubert l’espoir soit toujours si ténu, si peu grandiloquent. Et pour faire vivre cette palette qui miroite  et frémit en changeant à chaque seconde, la voix de Hasselhorn est incomparable. Tout chez lui est un sommet d’expressivité autant que d’intelligente retenue, avec des éclats aussitôt réprimés dès qu’ils outrepassent le dramatisme des textes, ou leur grâce. D’emblée, on est sous l’emprise d’un raffinement qui font que mots et sons se diffusent comme des parfums. Le public, conquis d’avance, il est vrai, car l’aura du chanteur commence à s’élargir considérablement et que les spectateurs de la salle Cortot savent dans quel écrin ils passent leur soirée, a retrouvé, dès Im Freien D.880, le velours, l’infinie variabilité de cette voix d’enchanteur, qui pourtant ne cherche pas à séduire, mais simplement à être vraie.

 

 © Olivier Lauriot dit Prévost

 
Un charme continu

 
Jamais de reprise de souffle, même si Hasselhorn avouait ensuite avoir été un peu gêné par la qualité de l’air de cette semaine printanière redoutable. Mais Schubert a été plus fort que le pollen, et le fabuleux Der Wanderer an den Mond D.870, si coloré, si puissant a alterné avec la grâce limpide d’An Silvia D.881 comme si toutes les humeurs se résolvaient en d’exquises nuances. Superbe aussi, Die Blume und der Quell  D.874, avec de si délicates modulations. Bouleversant enfin, le Der Vater mit dem Kind D. 906, s’éteignant comme une douce prière, d’une indicible tendresse.
 
D'autres voix
 
Cortot, une nouvelle fois, était comme une bulle de survivants au cœur d’un monde en folie, grâce à cette voix envoûtante, à ce clavier si fin, car les interludes glissés par  Bushakevitz, Küperwieser Walzer, Krähwinkler D.980 et les nos 14 à 18 des Wiener Dämen-Landler und Ecossaisen, D.734, qui laissaient laisser parler les autres voix de Schubert tout en reposant celle du chanteur, sonnèrent également des moments d’une élégance idyllique.Et quelle joie de les retrouver le 16 octobre prochain avec le Winterreise, dans le cadre plus vaste du TCE, où il leur faudra sans doute délaisser l’esprit intime des Schubertiades pour une écoute plus vaste. Exercice complexe, que l’on attend avec impatience.

Mais avant Paris, on aura eu le bonheur d'entendre Hasselhorn dans ce puissant cycle au Festival de Gerberoy (avec Philippe Cassard), aux Flâneries musicales de Reims (avec Philippe Bianconi), au Festival du Périgord Noir, à l’Orangerie de Sceaux et à l’Opéra du Rhin.
 
Jacqueline Thuilleux
 

Paris, Salle Cortot, le 21 avril 2026
 

Die Winterreise : Festival de Gerberoy (21 juin, avec Philippe Cassard) ; Flâneries musicales de Reims (30 juin, avec Philippe Bianconi) ; Festival du Périgord Noir (16 août, A. Bushakevitz) ; Festival de l’Orangerie de Sceaux ; Strasbourg, Opéra National du Rhin (13 oct.) ; Paris TCE (16 oct.) // www.samuelhasselhorn.com/calendar
 

 
Photo © Olivier Lauriot dit Prévost

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