Journal

​Jonas Kaufmann et Malin Byström au Théâtre des Champs-Elysées / Les Grandes Voix – L’opérette au sommet – Compte-rendu

Réglé comme du papier à musique, l’agenda de Jonas Kaufmann s’organise très régulièrement autour de la parution d’un album qui donne lieu à une tournée de concerts. Cette année, avec "Magische Töne", le cap a été mis sur l’opérette tchèque et allemande que le ténor a eu l’idée de mettre à l’honneur après avoir rencontré la fille du compositeur Emmerich Kálmán (1882-1953), il y a quelques années à Budapest. Kaufmann aime ce genre depuis longtemps et aurait souhaité pouvoir chanter le rôle d’Eisenstein (Die Fledermaus) pour ne citer que celui-là, plus tôt dans sa carrière qu’en 2025 en concert (et en 2026 enfin à la scène) ; mais sa notoriété n’y a rien fait …

 

Réjouissons-nous donc que Les Grandes Voix aient pu programmer ce concert au TCE, accueilli avec enthousiasme entre Nuremberg et Vienne. Bien que débuté en langue tchèque par l’air « Mondd meg, hogy imadom a Pesti nöket » plus connu dans sa version allemande « Grüss mir mein Wien », extrait de Gräfin Mariza, le chanteur qui a avoué dans une longue adresse au public, en français, qu’elle était très difficile, le concert a largement fait place à la langue de Goethe. Après ce langoureux aria suprêmement bien chanté, Kaufmann ne s’est aventuré qu’une seconde fois, en fin de première partie, dans la langue originale de Ferenc Erkel, pour interpréter avec brio le patriotique « Hazam, hazam » brandit en étendard par le personnage principal de Bánk Bán, d’une voix aussi valeureuse et mordante qu’au disque (paru le 10 avril chez Sony classical). Entre temps Lehár avec le très bel air introspectif « Es steht ein Soldat am Wolgastrand » du Zarewitsch, puis de Kálmán « Tief wie des Bergsee » (Der Teufelsreiter), délivré de la plus belle manière, nous ont permis de constater que même aidé par le renfort de micros, le chanteur était dans une superbe condition vocale.

 

© Olivia Kahler

La présence à ses côtés de la soprano suédoise Malin Byström, elle aussi véritable caméléon, n’est sans doute pas extérieure au plaisir diffusé par ce programme sur l’ensemble du public. Avec « Hör’ich Cymbalklänge » extrait de Zigeunerliebe, la cantatrice se montre sous un jour flatteur et inattendu, cette straussienne grand teint étalant son bel arc vocal pour briller dans cette composition entraînante. Leur premier duo est des plus plaisants, ces deux instruments nuancés et ductiles fusionnant parfaitement, à la différence de celui très aléatoire créé pour le disque avec la jeune soprano Nikola Hillebrand.

 

© Olivier Kahler 

Sous le charme, l’auditoire retrouvait ses deux étoiles pour une seconde partie consacrée à Lehár, Goldmark et Kálmán. Seul puis en duo, le ténor munichois s’est montré irrésistible dans Das Land des Lächelns « Immer nur lächeln », la soprano trouvant avec lui des couleurs et un contrôle de la ligne d’une haute qualité pendant le duo « Wer hat die Liebe uns ins Herz gisent ». L’assistance attendait cependant avec ferveur l’air d’Assad extrait de Die Königin von Saba, le fameux « Magische Töne » qui a donné le titre du dernier album du ténor, défendus par le passé par les légendaires Caruso, Slezak, Tauber, Schock ou Gedda. Tous les souffles étaient retenus pour ne rater aucune note de cet air périlleux que Jonas Kaufmann a filé comme un funambule sur sa corde, avec une élégance, un raffinement et des pianissimi d’une texture magnifique rendus plus émouvants qu’ils semblaient au bord de la cassure, ou du précipice. Pour conclure, Malin Byström a enflammé le théâtre avec « Heia, in den Bergen ist mein Heimatland » de Die Csardasfürstin avant de retrouver son partenaire pour le duo « Tanzen möcht’ich » chanté avec la plus grande attention et un sens du rythme enjôleur.

Conduit par le fidèle Jochen Rieder, toujours avec une certaine mollesse, l’Orchestre de Baden-Baden a ensuite enchaîné bravement cinq bis choisis avec finesse : « Meine Lippen, sie küssen so heiss » (Giuditta de Lehár) pour Madame, endiablée, «  Liebe singt ihr Zauberlied » (Kaiserin Josephine de Kálmán) pour Monsieur, follement romantique, ainsi que deux duos, dont le voluptueux et quasi hollywoodien « Wie die blaue Sommernacht » de Giuditta (Lehár) accompagné par quelques pas de valse… Du charme, du talent, du bonheur, que demander de plus ?
 
François Lesueur
 

Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 20 avril 2026
 
Photo © Olivia Kahler

Partager par emailImprimer

Derniers articles