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Une interview d’Etienne Dupuis, baryton – « La musique de Donizetti reste unique ; il sait toujours nous surprendre, au détour d’une phrase, d’un accord. »

 
 
Du célèbre et du rare, tout à la fois, à l’Opéra-Comique du 30 avril au 10 mai, puisque la fameuse Lucia di Lammermoor de Donizetti tient l'affiche dans sa version française (traduite pas Alphonse Royer et Gustave Vaëz et créée à Paris en 1839). Lucie de Lammermoor donc, que l’on découvre, servie par une magnifique distribution où Sabine Devieilhe est entourée d'Etienne Dupuis, Léo Vermot-Desroches, Edwin Crossley-Mercer, Sahy Ratia et Yoann Lebrun. Tandis qu’il s'apprête à incarner Henri Ashton dans la production mise en scène par Evgeny Titov et dirigée par Speranza Scapucci, Etienne Dupuis a répondu à Concertclassic.
Quant aux mélomanes lyonnais, trois jours après la fin des représentations parisiennes, ils auront le bonheur d’entendre le baryton québécois, accompagné par Cécile Restier, dans un récital de mélodies et d’airs français.

 
Avez-vous chanté la version italienne de l’ouvrage de Donizetti ?

Il y a longtemps, à l’Opéra de Québec, et un soir, pour remplacer un collègue, à la Deutsche Oper de Berlin, il y a une dizaine d’années. Donc, l’œuvre se situait loin dans ma mémoire.  Il y a beaucoup de différences entre les deux versions. Donizetti a procédé à une importante réécriture, que ce soit pour l’orchestration – la flûte remplace parfois la harpe, par exemple –, ou concernant les personnages. Certains ont disparu, et il n’y a plus qu’une seule femme dans le spectacle, ce qui souligne encore plus la solitude de Lucie.  On sent son oppression dès le début. Mon rôle, en revanche, est étoffé par rapport à la version italienne. Par ailleurs, l’adaptation a dû être difficile à réaliser car la musique italienne et la prosodie française ne font pas forcément « bon ménage ».

 

Autoportrait de Donizetti (1841) © Palazzetto Bru Zane / fonds Leduc

On vous connaît dans beaucoup de grands rôles des répertoires français et italien Et également dans la création contemporaine. On vous associe moins au bel canto. Au-delà des difficultés techniques, y a-t-il un plaisir particulier à interpréter cette musique ?

Tout à fait. Rossini, Bellini et Donizetti incarnent le bel canto. Or, Donizetti est celui que je préfère. Il est plus près, selon moi, du drame. Rossini également bien sûr, mais dans une moindre mesure. Et il y a un aspect tonal très marqué chez Donizetti. En même temps sa musique reste unique ; il sait toujours nous surprendre, au détour d’une phrase, d’un accord. Ou d’une inversion d’accord. C’est une musique qui reste, au sens noble du terme, très efficace. Je suis très heureux de chanter cette œuvre dans ce magnifique écrin qu’est l’Opéra-Comique, maison dans laquelle je ne m'étais jamais produit !

L’ouvrage de Donizetti comporte nombre de moments sublimes, dont un duo que vous chantez avec votre « sœur », incarnée dans cette production par Sabine Devieilhe.

J’ai cette grande chance. Je n’avais pas retrouvé Sabine depuis une production de L’Enfant et les sortilèges en 2015, à Glyndebourne. Ce duo est magnifique, mais pas seulement musicalement. Il a une grande signification narrative et rappelle que ces deux personnages sont un frère et une sœur, qui malgré leur confrontation dramatique – Henri Ashton fait tout pour éloigner Lucie Ashton d’Edgar Ravenswood dont elle est amoureuse – , se portent un grand amour fraternel. Après avoir incarné Pelléas, je me retrouve face à une autre confrontation fraternelle !

 

Cécile Restier © do opera

Après les représentations de Lucie de Lammermoor à Favart, on vous entendra en récital, le 13 mai, à l’Opéra de Lyon, en compagnie de la pianiste Cécile Restier. Comment avez-vous conçu votre programme ?

J’ai choisi de mêler airs d’opéra et mélodie française, un genre auquel je suis très attaché. En ce qui concerne les airs, on pourra écouter du Verdi – que je chante de plus en plus sur les scènes – et du Massenet. Pour ce qui est de la mélodie, il y aura notamment des compositions de Poulenc, Ravel et Duparc. Au récital, on est plus à nu qu’à l’opéra. On ne peut pas se cacher derrière la mise en scène, les costumes.
Je suis tombé amoureux de l’art lyrique en donnant un petit récital, à mes débuts, avec quelques mélodies et lieder, dont un lied du Voyage d’hiver de Schubert. Je me suis senti porté, animé, par les textes poétiques et les mélodies. L’intimité instaurée par la présence sur scène d’un(e) pianiste et d’un(e) chanteur ou chanteuse m’a toujours énormément plu. La carrière m’a amené à me consacrer surtout à l’opéra, mais j’aimerais bien donner plus de récitals. J’adore l’idée de devoir créer, à chaque mélodie, chaque lied, une sorte de mini mise en scène.
Pour évoquer Poulenc, dont je chanterai quelques mélodies le 13 mai, je me souviens que la première œuvre de lui que j’ai interprétée, était les Mamelles de Tirésias. Ce qui m’avait d’emblée frappé chez ce compositeur est mettre de l’humour même dans certains moments dramatiques, et mettre de la douleur dans des sujets plus légers.

Propos recueillies par Frédéric Hutman, le 14 avril 2026

 

 
Donizetti : Lucie de Lammermoor
30 avril, 2, 4, 6, 8 & 10 mai 2026 (à 20h, 15h le 10/05)
Paris – Opéra-Comique
https://www.opera-comique.com/fr/spectacles/lucie-de-lammermoor
 
Récital avec Cécile Restier (piano) 
Lyon - Opéra
13 mai 2026 - 20h

www.opera-lyon.com/en/programme/saison-2025-2026/concert/etienne-dupuis

Photo Etienne Dupuis © DR

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