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Julien Chauvin et Le Concert de la Loge au Festival de Pâques de Deauville 2026 [jusqu'au 2 mai] – Trente ans de transmission et de passion

Passion et transmission : ces deux mots riches de sens pour un musicien définissent parfaitement Yves Petit de Voize, figure majeure de la musique classique en France et créateur du Festival de Pâques. Naturellement, passion et transmission sont aussi au cœur de ce rendez-vous créé il y a trente ans avec le soutien très actif de la municipalité de Deauville.
Un festival atypique
La cooptation amicale entre les musiciens voulue par les fondateurs n’a jamais été remise en cause. C’est à la fois l’originalité et la raison d’être d’un festival atypique qui voit revenir année après année des artistes chevronnés qui ont fait leur début dans la salle Elie de Brignac-Arqana. Julien Chauvin fait partie de ces fidèles. « Je suis né musicalement à Deauville, grâce à ce festival », a confessé le violoniste et chef d’orchestre en préambule au concert d’ouverture qu’il a donné avec des membres du Concert de la Loge. Il est bien des musiciens, passés par le Festival de Pâques, qui pourraient reprendre à leur compte les mots du violoniste et chef ...

Osmose complète
Trois œuvres au programme de cette première soirée, traditionnellement consacrée au répertoire baroque : le 5e Concerto brandebourgeois, BWV 1050 de Jean-Sébastien Bach, le Concerto pour flûte à bec, traverso et orchestre, TWV 52 de Georg Philip Telemann et le Stabat Mater de Giovanni Battista Pergolesi.
Rien de révolutionnaire ou d’inattendu a priori sur le papier, mais comme toujours avec Julien Chauvin, il faut se méfier des évidences et être prêt à quelques (bonnes) surprises. Avec Bach tout d’abord et le choix d’un ripieno très peu fourni pour ce 5e Brandebourgeois. Le résultat est fort convaincant : pas de réelle opposition, en termes de contrastes sonores, mais plutôt une complémentarité entre le petit orchestre et les trois solistes. C’est bien un concerto, mais qui sonne comme de la musique de chambre, avec un premier mouvement réellement majestueux, un Affettuoso mélancolique et un allegro final bondissant. La juste interprétation ! Evidemment, chaque membre du concertino a l’occasion de se distinguer et de sortir du rang grâce à l’écriture virtuose de Bach. Julien Chauvin (violon), Anna Besson (flûte) et Louis Acabo (clavecin) échangent, se répondent, s’écoutent. L’osmose est complète, l’entente parfaite.
Taquin Telemann
Prolixe et inventif, taquin aussi Georg Philip Telemann ! La preuve nous en est donnée avec le Concerto pour flûte à bec (alto en l’occurrence) et traverso TXV 52 dans lequel il réunit deux instruments concurrents et pourtant parents. Le premier, la flûte à bec, voit son étoile pâlir alors que le second, le traverso, marche vers la gloire. Pas question pourtant de les départager pour l’un des compositeurs les plus productifs de l’histoire. Les deux solistes (captivantes et élégantes Anne Besson et Sybille Roth) nous offrent leur plus beau chant, sans que jamais l’une ne fasse de l’ombre à l’autre.

Deux chanteuses au service de Pergolesi
Il faut bien un entracte pour quitter la gazouillante campagne de Telemann et rejoindre l'église San Luigi di Palazzo de Naples où aurait été créé le Stabat Mater de Pergolesi, troisième œuvre de ce programme. Ce fascinant chant du cygne, grand tube de la musique classique, mêle à la fois grâce et affliction, théâtralité et recueillement. Chaque mélomane a une version du Stabat dans son cœur et le proposer en concert est toujours un redoutable défi. Une fois encore, Julien Chauvin trouve le ton juste en évitant un pathos que pourrait suggérer le texte. Sans effet surjoué, ni dramatisation excessive, Ambroisine Bré (sop.) et Anouk Defontenay (mezzo-sop.) se mettent simplement au service de la musique et laissent le soin à Pergolesi de nous émouvoir.
Le 30e Festival de Pâques de Deauville a été lancé de la plus belle manière qui soit : passion de jouer des artistes et transmission de ce plaisir à un public sous le charme. La fête se prolonge chaque week-end jusqu’au 2 mai prochain.
Thierry Geffrotin

Deauville, Salle Elie de Brignac-Arqana, 18 avril // 30e Festival jusqu’au 2 mai 2026 // musiqueadeauville.com/paques2026/
Photo © Yannick Coupannec
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