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Virtual Hall® et l’Orchestre de la Suisse Romande - Immersion [virtuelle] au cœur de l’orchestre – Compte-rendu

 

 

 

L’Orchestre de la Suisse Romande vient de donner son tout premier concert à la Philharmonie de Paris, avec des ouvrages d’Ibert, Honegger et Brahms (le Second Concerto sous les doigts de Kathia Buniatishvili). Il terminait là, sous la conduite de son directeur musical Jonathan Nott, une brillante tournée qui l'a mené dans les plus belles salles d’Europe (Konzerthaus de Vienne, Philharmonie de Berlin, Elbphilharmonie, Konzerthuset de Copenhague…).
 

© Virtual Hall®
 

Comme un musicien au sein de l’orchestre

En amont du concert était présenté à la presse Virtual Hall®, une application de réalité virtuelle destinée au grand public, développée en 2025 par la société suisse Cybel’Art. (1)  Virtual Hall® permet d'assister via un casque (photo) à un concert symphonique en prenant place directement dans l’orchestre, entouré des musiciens comme un instrumentiste l’est de ses collègues. L’utilisateur peut choisir de se « déplacer » entre six points de vue (pupitre du chef, près des percussions, au sein des cordes, etc.) afin de changer sa perception et son écoute.

L’expérience s’appuie sur une captation multi-caméras réalisée au Victoria Hall de Genève par l’Orchestre de la Suisse Romande et Jonathan Nott, dans le but de restituer fidèlement les conditions d’écoute à chaque emplacement dans l’orchestre. Et, dans l’ensemble, c’est plutôt convaincant : synchronisation parfaite du son avec les gestes des musiciens, décor immersif à 360° (puisqu’il s’agit d’une réalité… virtuelle !). Il est facile de se laisser prendre au jeu et de se retourner pour observer le hautboïste interpréter son solo, de suivre les gestes du chef ou tout simplement d’admirer la vue.

Une utilisation pertinente, mais limitée

Si l’expérience se veut convaincante, une question demeure : à quoi peut bien servir cette application de réalité virtuelle ultra niche, alors que le taux d’équipement en casque reste très faible (les livraisons ont même chuté de 14% début 2025 selon Xpert.digital) (2), et que l’expérience ne saurait se substituer à une écoute réelle en salle ? Malgré des projections – plus ou moins réalistes – d’une augmentation de l’équipement en casque de réalité virtuelle à l’horizon 2030, la perspective d’un usage domestique est peu crédible. En revanche, celle d’un usage pédagogique ou à visée sociale l’est bien plus. Cybel’Art a d’ailleurs noué des partenariats avec la Bibliothèque de la Cité de Genève et plusieurs établissements médico-sociaux helvétiques. Et récemment, un partenariat a été conclu avec un important réseau de médiathèques en Allemagne.

 

© Virtual Hall®

Actuellement, l’application Virtual Hall® ne propose que deux œuvres : l’« Héroïque » de Beethoven et l’Ouverture de Guillaume Tell de Rossini. Mais Cybel’Art prévoit d’élargir le catalogue avec de nouvelles partitions enregistrées par d’autres orchestres, notamment Pierre et le Loup ou le Carnaval des Animaux, ce qui ouvrirait la voie à une utilisation résolument pédagogique.

Attirer de nouveaux publics, faire connaître le monde de l’orchestre et amorcer la désacralisation de la scène de concert ? Pour une médiathèque ou des ateliers pédagogiques en milieu scolaire, l’expérience peut être tout à fait intéressante. Les grandes salles telles que la Philharmonie de Paris devraient-elles s’équiper d’un casque ou deux pour proposer cette expérience immersive en amont de concerts ? Assurément, si l’orchestre qui doit se produire a participé à la captation d’une œuvre dans Virtual Hall®. Car c’est une véritable expérience de découvrir virtuellement un musicien, puis de le retrouver « en vrai » sur scène. Tout prend sens, et l’on se projette beaucoup mieux. Mais, pour l’heure, seul l’Orchestre de la Suisse Romande est concerné … Une utilisation dans les conservatoires pourrait aussi être envisagée, afin que les futurs musiciens d’orchestre puissent prendre conscience de l’environnement de jeu de chaque pupitre — avec leurs avantages et inconvénients. Rappelons qu’un clarinettiste voit tout l’orchestre, mais se trouve loin du chef, quand un chef d’attaque se trouve pile devant, mais voit rien de la petite harmonie. Nul doute que les opportunités concrètes d’utiliser cette nouvelle application sont plus nombreuses qu’il n’y paraît. Reste à savoir si l’on peut encore miser sur une réalité virtuelle de niche (les casques étant déjà concurrencés par les lunettes), et si le public, parfois très jeune ou âgé, saura apprivoiser ce dispositif.

 

Antoine Sibelle
 

 

(1) https://www.virtual-hall.com/

(2) Article de Konrad Wolfenstein (19/02/2026)

 

Paris, Philharmonie, 26 mars 2026

 

Photo © Virtual Hall®

 
 
 
 
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