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Trois Questions à Max Latarjet, baryton-basse [Paris, 8 juin ; Festival d'Aix, 4 & 9 juillet] – « J’essaie de m’éloigner des stéréotypes qu’on peut attendre d’un rôle pour rester toujours en mouvement et vivant. »

 

 
À Max Latarjet, rien ne semble pouvoir résister. Présent dans les plus prestigieuses académies — Académie Jaroussky, atelier Opera Fuoco, Festival d’Aix-en-Provence, Jardin des Voix des Arts Flo — le jeune baryton-basse explore son répertoire en profondeur. Ayant débuté le chant à l’âge de cinq ans et se formant aujourd’hui au Conservatoire National Supérieur de Paris, Max Latarget déploie un tempérament ardent et solaire qui augure d’un brillant avenir.
Après avoir déjà fréquenté les plus belles scènes de France, le chanteur partagera celle de la salle Cortot, le 8 juin, aux côtés de plusieurs collègues lors d’une soirée toute française, inscrite dans le cadre du Wigmore Hall French Song Exchange. On sait que Dame Felicity Lott a contribué de façon décisive la mise en route, en 2019, et au développement d’un programme qui, à ce jour, a profité à près d’une cinquantaine de chanteurs et dix pianistes. Nul doute que la soirée rue Cardinet sera aussi un hommage à cette immense artiste et grande amoureuse de la musique française disparue il y a peu. Quant à l’Académie du Festival d’Aix-en-Provence, on pourra y entendre Max Latarjet en compagnie des autres stagiaires lors des concerts « Résidence Voix » des 4 et 9 juillet au Conservatoire Darius Milhaud.

 
 
Vous vous définissez comme baryton-basse. Comment appréhendez-vous vos rôles et quels en sont les enjeux sur scène ?
 
Pour le moment, je profite de la double étiquette de baryton-basse pour explorer des vocalités et des rôles différents. Je ne cherche pas à pré-définir ce qu’on attend d’une basse dans un spectacle ; tout dépend de l’histoire, du metteur en scène, de ce que je souhaite raconter. J’essaie toujours de ramener le personnage à moi, de restituer les émotions que je pourrais ressentir dans telle ou telle situation, dans la vie de tous les jours. J’essaye aussi de m’éloigner des stéréotypes qu’on peut attendre d’un rôle pour rester toujours en mouvement et vivant. Le plus important me semble de faire entendre quelque chose à travers la musique, d’associer un personnage, de révéler des émotions, un jeu, la force d’un texte, tout ça par la musique écrite. C’est ce qui me paraît sûrement le plus difficile quand on est chanteur, mais c’est aussi ce qui rend ce métier passionnant ; comment rendre tout un ensemble de données disparates vivant et organique. Les répétitions sont des moments intenses mais surtout denses, pendant lesquels on essaie de s’imprégner de tout, de comprendre la direction d’un metteur en scène, ou bien notre propre structure pour bien chanter.

 
 

© François Leguen

"Ce qui me motive le plus, c’est la richesse des programmes, les personnages et les interprétations."

 
 
Vous avez été membre de lAcadémie Jaroussky (Promotion L. & N. Boulanger), vous faites cette année partie de lAcadémie du Festival dAix-en-Provence, et vous participerez au 13eJardin des Voix lannée prochaine.(1) Que représentent pour vous ces étapes de votre parcours ?
 
J’avoue que l’Académie Jaroussky et Opera Fuoco faisaient partie de mes premiers objectifs fixés en 2024. Pour ma dernière année de licence au CNSM, je souhaitais mettre un pied dans le monde professionnel. Grâce à l’Académie Jaroussky, j’ai pu monter sur de très belles scènes telles que l’Opéra de Massy, la Seine Musicale ou la Cité de la musique. J’ai aussi appris à chanter avec orchestre ; je crois vraiment que c’est quelque chose qui n’est que trop peu inscrit dans nos formations. On chante dans des conservatoires relativement petits, dans des salles petites, avec de petits pianos. C’est une toute autre chose de projeter sa voix pour passer au-dessus d’un orchestre.
Les ateliers et les académies m’ont permis, petit à petit, de mieux gérer mon trac. Ça n’a rien d’original, mais je suis quelqu’un de très stressé. Chanter en concert ou, pire, en masterclass devant des gens, c’est quelque chose qui s’apprend et qui se gère plus ou moins facilement. Alors j’aime multiplier les expériences pour m’entraîner. Pour Aix-en-Provence, j’ai déjà eu la chance d’y aller deux fois. Quand j’étais étudiant au CRR de Paris, j’y ai chanté en 2022 dans la symphonie “Résurrection” de Mahler, puis en 2024 dans les chœurs du Concert d’Astrée pour Iphigénie en Aulide et Iphigénie en Tauride, sous la direction d’Emmanuelle Haïm. C’est un lieu formidable de création avec une équipe incroyable, et c’est une grande joie pour moi de pouvoir m’y produire en soliste cette année. Quand j’étais plus jeune, c’était vraiment un endroit où je rêvais de chanter. En ce qui concerne le Jardin des Voix, je m’y suis présenté sans vraiment y croire. Il y avait des candidats du monde entier (140 au total ndlr). Comme la musique me plaisait beaucoup et que les personnages étaient vraiment intéressants à défendre, je me suis dit qu’il fallait surtout m’amuser le plus possible. Et ça a marché ! À partir de l’été 2027, j’aurai la chance de jouer Il matrimonio segreto et de participer à une grande tournée internationale durant la saison 2027-2028 (1)
 
Votre activité artistique va s’intensifiant. Quel est votre quotidien, et comment vous préparez-vous pour demain ?
 
Je crois que j’ai un quotidien plutôt barbant. Je me couche tôt pour me lever tôt ; je fais du sport le matin, du renforcement musculaire, des étirements, parce que, sans ça, je n’arrive plus à chanter. Quand je ne suis pas en production, je vais au conservatoire me chauffer, travailler des morceaux, deux et trois heures par jour, seul dans les petits studios du CNSM. À côté de ça, j’ai des cours, je prépare des concerts en répétition et puis, de plus en plus, je prépare mes échéances, un peu comme un sportif. Je fais davantage de préparation mentale pour ne pas perdre de vue certains de mes objectifs, pour garder confiance aussi.
J’essaie de bien vivre cette multiplication d’échéances en me disant que j’ai beaucoup de chance. Les projets et l’exposition apportent forcément de la pression, du stress, la peur de ne pas être assez bon. Mais j’ai la chance d’être extrêmement bien accompagné par mes professeurs : Elène Golgevit, Charlotte Bonneu et Frédéric Rubay. Ce qui me motive le plus, c’est la richesse des programmes, les personnages et les interprétations.
 
Propos recueillis par Antoine Sibelle, le 17 mai 2026

 

(1) 13e Jardin des Voix.
La production du Matrimonio segreto sera créée fin août 2027 en ouverture du Festival Dans les Jardins de William Christie à Thiré.
www.arts-florissants.org/actualites/decouvrez-les-laureats-du-jardin-des-voix-13
 
 
Wigmore Hall French Song Exchange 2026
8 juin 2026 – 20h
Paris – Salle Cortot

sallecortot.com/event/wigmore-hall-french-song-exchange-2026-poulenc-debussy-faure-bizet/
 
Concerts Résidence Voix 2026
Aix-en-Provence – Conservatoire Darius Milhaud
 
4 juillet (19h) : festival-aix.com/programmation/concert/concert-residence-voix
 
9 juillet (19h) : programme Haendel (dir. music. Leonardo García-Alarcón & Arianna Radaelli
festival-aix.com/programmation/concert/concert-final-residence-voix-cappella-mediterranea 
 
Photo © François Leguen

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