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Les 40 ans de TM+ à la Maison de la Musique de Nanterre - Célébration de l’écoute - Compte-rendu

 
 

 

 
Commencée il y a quarante ans, la belle aventure de l’ensemble TM+ se poursuivra désormais en d’autres mains. Pour le dernier concert grand format de la saison (1), l’ensemble était dirigé successivement par son fondateur, Laurent Cuniot (photo à g.), et par Julien Leroy (photo à dr.), qui lui succèdera comme directeur artistique dès la rentrée prochaine. Cette circonstance particulière fait que l’on est peut-être plus attentif encore que d’habitude à la signature sonore de Laurent Cuniot, immédiatement reconnaissable, d’une précision extrême mais jamais abrupte, trouvant toujours les couleurs justes ; les instrumentistes de TM+, pour certains ses complices depuis quarante, lui offrent une palette dont il peut jouer avec la plus grande finesse.
 

Bruno Mantovani © Didier Contant

 
Liberté / contraintes
 
Bruno Mantovani est un compagnon de route de l’ensemble de longue date. Certes pas depuis le tout début – il n’avait que douze ans en 1986 – mais la première création remonte à 1997 : Heiligenstadt, le 6 octobre 1802, pour récitant et ensemble. Le compositeur renoue avec ce même dispositif près de trente ans plus tard. Cette fois, après Beethoven, c’est vers un autre grand solitaire penseur du monde de demain, qu’il se tourne en plongeant dans sa musique les mots de Rousseau (Du contrat social). Entre deux affirmations des premiers mots du livre – « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers » – l’œuvre déroule, en lignes presque parallèles texte et musique. Le premier est un condensé du texte de Rousseau dû à la plume de Dorian Astor (librettiste de Voyage d’automne (2), opéra de Bruno Mantovani créé en 2024 à Toulouse). Il est déclamé, sans théâtre mais avec intention de clarté et des accents parfois fugacement au bord du chant, par Lorenzo Lefebvre – loin de son rôle bien plus physique dans Être d’ailleurs, spectacle créé par TM+ en 2022).

 

Lorenzo Lefebvre & Laurent Cuniot © Didier Contant

La musique est virtuose, puissamment colorée – on la devine écrite sur mesure pour la « palette TM+ » –, changeant d’éclairage et recombinant l’effectif instrumental (l’effectif « Pierrot lunaire » : flûte, clarinette, violon, violoncelle et piano, augmenté de percussions) au gré des épisodes. Elle n’est pas un accompagnement du texte : elle s’efface systématiquement ou du moins réduit son intensité voire se limite à un ostinato quand le récitant s’exprime. Elle n’est pas non plus un commentaire littéral, même si l’on se prend à chercher des correspondances : voix dominante de tel ou tel instrument au sein de l’ensemble, liberté plus ou moins grande prise par les musiciens. Mais après tout, l’œuvre s’intitule Étude (d’après Jean-Jacques Rousseau) et c’est bel et bien une étude : un ensemble de gestes orchestraux, souvent saisissants, contraints par l’écoute du texte.
Cette forme hybride, proche du monodrame, s’inscrit dans les quarante ans d’invention, au-delà du format coutumier du concert de création, portés par TM+ et dont un film, en guise d’interlude, retrace quelques moments forts. Cette réflexion a mené à la présentation régulière de « Voyages de l’écoute », soit des concerts où les correspondances entre les œuvres – parfois très éloignées dans l’espace et le temps de leur composition – sont soulignées par leur enchaînement sans interruption.
 

Pierre Tomassi & Vincent David © Didier Contant
 
Changements d’états
 
Pour ce concert, c’est Julien Leroy, directeur artistique désigné de l’ensemble, qui invite musiciens et public au voyage. Pas de grand écart chronologique (les trois œuvres réunies sont contemporaines de l’existence de TM+), mais une belle construction autour de changements d’états avec Pluie, vapeur, vitesse (2007), inspiré à Édith Canat de Chizy par un tableau de Turner (1844) et Hot (1989) où Franco Donatoni acclimate le jazz à sa propre écriture (ou l’inverse). Dans ces deux pièces, Julien Leroy montre, outre une parfaite précision rythmique, un grand sens de la conduite et du relief. Dans Hot, il articule parfaitement les moments solistes (notamment de la pianiste Ninon Hannecart-Segal et du saxophoniste invité Vincent David) et les interventions de l’ensemble dans une interprétation électrisante. Entre ces deux œuvres, entre les dernières notes égrenées de Pluie, vapeur, vitesse et la pulsation initiale de Hot, Vincent David et le percussionniste Pierre Tomassi interprètent Les ailes de l’instant (2021) de Laurent Cuniot où saxophone et vibraphone créent un espace sonore qui va s’élargissant, porté par une énergie folle – si loin et si proche du jazz. Un voyage dans le voyage.
 
Jean-Guillaume Lebrun
 

Nanterre, Maison de la Musique, le 21 mai 2026.
 
 
(1) La saison 2025-26 s’achèvera avec le programme « What’s new » réunissant des musiciens de TM+ et des étudiants des conservatoires de Boulogne-Billancourt, Gennevilliers et Nanterre le samedi 30 mai à 18h à la Maison de la Musique de Nanterre et le mercredi 3 juin à 19h au Conservatoire Edgar Varèse de Gennevilliers. www.tmplus.org/projet/whats-new-4/ // www.tmplus.org/projet/whats-new-5/
 
(2) www.concertclassic.com/article/voyage-dautomne-de-bruno-mantovani-en-creation-au-theatre-du-capitole-de-toulouse-la-nuit-au
 
Photo © Didier Contant

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