Journal
Saison 2026-2027 de l’Opéra-Comique – Favart en vadrouille

La chose était annoncée depuis un long moment déjà. Avec la fin de la saison en cours commence pour l’Opéra-Comique une phase de travaux et de modernisation de la cage de scène et du plateau qui se prolongera jusqu’à l’automne 2027. Favart ferme donc ses portes, jusqu’à cette date pour la salle et le mois de janvier prochain pour le foyer mais... ne disparaît pas du paysage musical - loin de là ! Une saison hors les murs s'annonce, singulière et itinérante ...

« Zaïde ou le chemin de lumière » en 2025 au Festival de Salzbourg © Marco Borrelli
Rentrée ... au Lycée Carnot !
Si l’on a pris l’habitude de retrouver Raphaël Pichon et Pygmalion tous les ans à Favart, c’est non pas boulevard des Italiens mais boulevard Malesherbes, dans la cour du Lycée Carnot, qu’il faudra se rendre pour leur « Zaïde ou le chemin de lumière », spectacle « d’après Mozart », mis en scène par Wajdi Mouawad et créé au Festival de Salzbourg en août 2025, que Paris découvrira pour trois représentations (9, 11 & 12 sept.), avec Sabine Devieilhe dans le rôle-titre.

Carmen selon Jeanne Desoubeaux © Jean-Louis Fernandez
Bizet en mode opéra-paysage itinérant
Une douzaine de jours plus tard, au tour de la Cité Internationale des Arts d’accueillir un autre spectacle « d’après », Bizet cette fois. On découvrira en effet Carmen transformée en « opéra-paysage itinérant » par Jeanne Desoubeaux, itinérance qui commencera à la Cité Internationale pour se terminer au collège François Couperin (24, 25, 26 & 27 sept.), l’illustre cigarière étant incarnée par Anaïs Bertrand.

Lucie Leguay © Caroline Doutre
Face à face Stravinsky-Benjamin
L’Histoire du soldat de Stravinsky/Ramuz et Into the Little Hill, premier opéra de George Benjamin (créé en 2006 à l’Amphi Bastille) : tel est l’original face à face qui attend ceux qui se rendront au théâtre de Gennevilliers (six dates, du 8 au 16 novembre). Ce dernier est coproducteur avec l’Opéra-Comique d’un couplé mis en scène par Marie-Christine Soma et Daniel Jeanneteau, et dirigé par Lucie Leguay à la tête de musiciens issus du Philharmonique de Radio France. Christèle Tuel, Maxime Crescini et Roland Vouilloz seront à l’œuvre dans Stravinsky, Jennifer France et Joanne Evans dans Benjamin.

Léo Cohen-Paperman © DR
Fabuleuse histoire
Le périphérique étant franchi, la saison de l’Opéra-Comique en profite pour partir sur les routes de France avec « La fabuleuse histoire de l’Opéra-Comique », un spectacle mis en scène Léo Cohen-Paperman, à partir d'un livret d'Emilien Diard-Detœuf, sous la supervision de Louis Langrée, directeur de l’Opéra-Comique (photo), qui comme son titre l’indique a pour projet de conter en musique l’aventure d’un genre né, impertinent, sur des tréteaux de foire et qui a donné naissance à des partitions géniales. Un projet populaire, festif, léger dans son esprit et sa mise en œuvre, présenté en tournée (25 représentations entre janvier et mai 2027) dans une quinzaine de villes qui, hormis Rennes, ne disposent pas d’un opéra. Une excellente initiative, en création à Poitiers les 7 et 8 janvier.

Pascal Dusapin © Philippe Gontier
Rencontre Blake-Dusapin au Grand Palais
Une rencontre pour conclure la série des spectacles lyriques de la saison, celle du poète William Blake et de Pascal Dusapin, auquel l’Opéra-Comique a passé commande d’une partition pour un lieu particulier, le Grand Palais et donc... pour une acoustique (très) particulière. Avec 14 secondes (!) de réverbération, une seule et unique solution : intégrer ce paramètre dans le travail de composition. C’est ce qu’a fait Dusapin pour mettre au point Heaven & Hell, une réalisation pour chœurs, 2 cors, 2 trompettes, 2 trombones, percussions et orgue. Ce d’autant plus facilement que le compositeur avait déjà travaillé à l’habillage sonore d’une installation de Richard Serra au Grand Palais en 2008. Mêlant les vers du poète anglais à la liturgie du Requiem, Heaven & Hell sera confié à Netia Jones et dirigé par Mathieu Romano à la tête d’Aedes, ensemble associé à d’autres formations vocales dont la Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique. Une création mondiale inscrite dans le cadre du 3e Festival Grand Palais d’été, les 11, 12 et 13 juin.

Les chanteurs de la Maîtrise Populaire dans "La Grande Affabulation" de G. Jourdain et B. Lazar en avril 2025 © S. Brion
Un parrain nommé Pene
La Maîtrise Populaire fête son dizième anniversaire cette année et l’on ne peut que saluer la pleine réussite d’un projet (lancé, on ne l’oublie pas, par l’enthousiaste et talentueuse Sarah Koné) et d’une formation dont 70 % de l’effectif est présentement constitué de non-parisiens. Réussite d’une ambition qui est aussi une belle leçon à tous ceux qui craignent de parler de rigueur et de discipline à une jeunesse issue de quartiers qualifiés de « difficiles », préférant la caresser dans le sens du poil – quand ce n’est celui d’un détestable racialisme. 300 élèves sont passés par la Maîtrise en dix ans : taux de réussite au bac = 100 % ! Eh oui, les règles de la musique et de l’harmonie – bien verticales, horresco referens ! – ont d'immenses vertus ...
Pene Pati fait quant à lui un beau cadeau d’anniversaire à la Maîtrise Populaire en lui offrant son parrainage pour la saison 2026-2027. Notez dès à présent que les maîtrisiens seront en concert au Musée d’Orsay les 5 et 6 décembre prochains.
Apprendre les subtilités du parler-chanter
À côté de la Maîtrise Populaire, l’Académie de l’Opéra-Comique (lancée en 2023 à l'initative de Louis Langrée) constitue le second volet du diptyque « Campus Favart » et s’est donné pour mission de former de jeunes chanteurs à l’univers spécifique de l’opéra-comique, avec son alternance, si délicate, entre le parler et le chanter. La saison prochaine offrira, entre autres, l’occasion à ses membres de prendre part à la « Fabuleuse histoire de l’Opéra-Comique » et partant de se faire connaître d’un large public.

Le baryton Félix Merle © Edouard Brane
Un Foyer bourdonnant d’initiatives
Mais on entendra aussi les académiciens au Foyer de Favart qui, accessible dès janvier prochain, sera le cadre d’une surabondante activité répartie sur 18 week-end de janvier à juin - à un tarif unique de 10 €. Impossible tout citer : on y trouvera des récitals de l’Académie, des cartes blanches à certains de ses anciens membres (Félix Merle, Camille Chopin, Léontine Maridat-Zimmerlin), sept masterclasses avec divers artistes, de Clément Hervieu-Léger à Stéphanie d’Oustrac en passant par Louis Langrée ou Jean-Sébastien Bou. Les amoureux de piano relèveront une intégrale Ravel partagée entre trois solistes issus du CNSMDP (14 mars) : Adrian Herpe, Anchi Mai et Anastasia Magamedova. Enfin, puisque la modernisation de la cage de scène s’opère et que le métier de cintrier (homme de l’ombre actionnant le pièces de décor par l’intermédiaire de poulies et – soyons superstitieux comme il se doit – de fils) est appelé à disparaître, la chorégraphe et anthropologue Sylvie Balestra a entrepris de noter les gestes du cintrier pour en tirer une « conférence dansée », proposée les 27 et 28 mars. Une modernisation indispensable de la cage scène et du plateau car, Favart étant en retard par rapport aux établissements lyriques de province, il en résulte des pertes de temps et des surcoûts lorsque les productions sont appelées à circuler dans le cadre de coproductions.

La Fille de Madame Angot (Lecocq) par Richard Brunel en sept-oct. 2023 à la salle Favart © Jean-Louis Fernandez
Les productions de l’Opéra-Comique dans les régions
La saison 2026-2027 verra d’ailleurs circuler beaucoup de spectacles initiés par la salle Favart : le Werther de Ted Huffman (à Rennes, Caen, Nantes), le Roméo et Juliette d’Eric Ruf (Saint-Etienne, Tours), l’Iphigénie en Tauride de Wadji Mouawad (Luxembourg), la Lucie de Larmermoor de Evgeny Titov (Strasbourg, Mulhouse), La Fille de Madame Angot de Richard Brunel (Lyon) et, enfin « La Valse rêvée d’Offenbach ». Un merveilleux spectacle-mosaïque constitué – avec quelle habileté ! – d’extraits de titres souvent méconnus, parfois fameux du « Mozart des Champs-Elysées », écrit et mis en scène par Barthélémy Fortier, sous la direction musicale de Guillemette Daboval, dans une séduisante scénographie signée Hernán Peñuela.
Admirablement défendue par des chanteurs de l’Académie (D. Salazar, T. Raï-Wetphal, F. Royer, P.-L. Barlet, F. Merle), cette production a été créée à la salle Bizet de l’Opéra-Comique en mars dernier. Aussi légère que savoureuse, elle est plus qu’adaptée à la tournée programmée du 7 janvier au 18 février dans la région Grand Est, après la reprise des 17 et 18 décembre à Colmar. Un petit bijou à ne surtout pas manquer !
Alain Cochard
(27/05/2026)

Saison 2026-2027 de l’Opéra-Comique
www.opera-comique.com/fr/spectacles/2026-2027
Photo © Laurence Revol
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