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Le Geister Duo au Festival Hier & Aujourd’hui 2026 – La belle entente – Compte rendu

 
 
Pour la deuxième fois le festival Hier & Aujourd’hui, fondé par Pascaline Ponti, investit le château de Marolles, dans les environs de Loches. Le lieu a tout pour séduire. Ses origines remontent au XVe siècle et il a subi diverses transformations au fil du temps, en particulier fin XIXe, moment qui vit la construction d’une grande halle par les Ateliers Eiffel. Le logis principal déploie sur sa façade nord quatre petites tours. La façade sud, dominant le parc et la forêt, ouvre sur une pelouse où une collation est proposée en amont et à l’issue du concert, recréant l’atmosphère doucement surannée des parties de campagne. Les concerts se déroulent à la halle Eiffel : fermée sur trois côtés, alliant murs de pierre ornés de bois de cerf, charpente métallique et verrière, elle dispose d’une étonnante et splendide acoustique. Un atout pour le festival, dont a profité le Geister Duo (formation couronnée on s’en souvient par le 1er Prix de l’ARD en 2021).
 

La grande halle du château de Marolles © Hier & Aujourd'hui

De Schubert au minimalisme
 
Le programme – que la pianiste et compositrice Anne-Marie Fijal présente – jette un pont entre le pré-romantisme de Schubert, le néoclassicisme de Stravinksy et le minimalisme de Ligeti – qui, rappelons-le, n’est décédé qu’en 2006. David Salmon (photo à g.) et Manuel Vieillard (photo à dr.) exploitent en profondeur le caractère ambivalent de la Sonate en si bémol majeur à 4 mains de Schubert, partagée entre l’insouciance de la jeunesse d’un compositeur de 21 ans, et une grande maturité aux élans tourmentés. Quant aux Huit Variations sur un thème original en la bémol majeur, elles retiennent quelque chose de l’opéra que Schubert rêva toujours de composer, sans que la vie ne lui en laisse le temps. Le Geister Duo l’a compris et dote chaque variation d’une grande force lyrique. On retiendra notamment l’énergie fantastique déployée dans la sixième, ainsi que le délicat recueillement contemplatif de la septième.
 
Ballet étourdissant
 
Le lien qui unit David Salmon et Manuel Vieillard se dérobe à toute définition, et c’est tant mieux. Quelle parfaite osmose dans leur interprétation du Concerto pour deux pianos de Stravinsky : dans un ballet étourdissant, les deux claviers s’éloignent puis se rejoignent pour camper différentes atmosphères, avec une tension parfois irrégulière cependant.
 
Très rarement données, les Trois pièces pour deux pianos de Ligeti, de 1976, offrent une surprise réjouissante. Forgées dans un style minimaliste, elle attestent l’éloignement du compositeur des influences européennes pour préférer celles d’Outre-Atlantique, dans la lignée de Steve Reich. Les motifs inlassablement répétés se succèdent, décalés entre les deux pianos avec une impressionnante rigueur métronomique. Pour autant, le duo ne trébuche jamais. La première pièce, Monument, s’ouvre sur une succession de puissants accords plaqués, dissonants, qui verse dans le comique de geste. Le volet central, Autoportrait (1), offre une pluie de notes d’où émergent quelques esquisses d’un thème fuyant. Dans le Mouvement conclusif, une ascension tendue et entêtée se perd finalement dans un calme désœuvré.
La belle entente des deux pianistes se prolonge au moment du bis dans le Jardin féerique de Ravel, d’une délicatesse en parfait accord avec la poésie du lieu.
 
Antoine Sibelle
 

(1) son intitulé précis est Self-portrait with Reich and Riley (with Chopin in the background)
 

 
6ème Festival Hier et Aujourd’hui - Génillé, Château de Marolles, 22 juillet 2026

Photo Geister Duo © Jean-Baptiste Millot

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