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​Récital Sandrine Piau et Quatuor Psophos à l’Auditorium du Musée d’Orsay (Cycle « Renoir et la musique ») – L’éternelle question – Compte-rendu

 

C’est une question qui ne sera jamais tranchée : faut-il vraiment rapprocher Debussy, si lié aux symbolistes Mallarmé et Maeterlinck, de l’impressionnisme en peinture ? Au cours de ce concert donné au Musée d’Orsay (il inaugure le cycle « Renoir et la musique »), le Quatuor Psophos s’y emploie avec ardeur, Mathilde Borsarello Hermman, son premier violon, prenant même la parole avant d’interpréter l’unique quatuor du compositeur, pour dire combien le rapport lui paraît évident entre la technique de l’un et celle des autres.

Va donc pour Debussy impressionniste. Mais Debussy et Renoir, vraiment ? C’est là qu’intervient Sandrine Piau (photo), qui défend le reste du programme qui a pour principale thématique les fleurs dans la mélodie française… Certes Renoir a peint des fleurs, des bouquets, mais il n’est pas le seul, et on pourrait sans peine imaginer un hommage incluant de tout autres pages, comme « La Grenouillère » et d’autres mélodies de Poulenc renvoyant plus explicitement aux lieux de plaisir fréquentés par les impressionnistes.

Ne nous posons peut-être pas trop de questions, et acceptons ce concert tel qu’on nous le propose, avec son florilège de pages qu’on se réjouit toujours d’entendre. Une question persistera en revanche jusqu’à la fin de la soirée : si le Quatuor de Debussy est bien sûr interprété « tel quel » par les Psophos, d’où viennent toutes les autres partitions ? Aucun des compositeurs au programme n’a écrit pour quatuor et voix. Puisqu’arrangement il y a, on aimerait connaître l’arrangeur. Son nom sera mentionné à l’issue du concert, et il viendra lui-même saluer : il s’agit de Jacques Gandard, qui mérite bien sa part d’applaudissements.

 

Quatuor Psophos © quatuorpsophos.com

Les premières minutes de la soirée suscitent néanmoins quelques doutes : pour « Toutes les fleurs » de Chabrier, l’équilibre entre les instruments et la voix n’est pas vraiment satisfaisant, et cette page ne permet pas à Sandrine Piau de déployer pleinement son talent. La diseuse sera bien plus à son affaire dans le reste du programme, à l’exception peut-être de « Fantoches » de Debussy, où le texte se perdra un peu aussi. Une déclamation moins précipitée sied mieux à la soprano, plus à même de distiller les grandes beautés dont elle est capable, et en l’entendant dans les autres numéros de Fêtes galantes ou dans « L’âme évaporée », on imagine quelle admirable Mélisande elle dut être.

Mais Sandrine Piau n’est pas que debussyste : elle séduit infiniment dans les dernières strophes du Poème de l’amour et de la mer, dans l’un des Quatre poèmes d’Edmond Haraucourt mis en musique par Koechlin, ou dans trois numéros du cycle Clairières dans le ciel de Lili Boulanger, présenté comme un « pas de côté » par rapport à Renoir. Pourtant, le seul vrai lien entre le peintre et ce programme est peut-être Gounod, dont le violoncelliste Guillaume Martigné nous rappelle qu’il fut le professeur de chant de Renoir, et dont le Quatuor Psophos donne à entendre l’Allegretto de son Deuxième Quatuor, superbe page empreinte d’une nostalgie comme tchaïkovskienne.

Avant de reprendre en bis « L’âme évaporée », Sandrine Piau et les Psophos auront ajouté, en réponse aux acclamations du public, un autre « pas de côté », le Wanderers Nachtlied de Schubert, magistralement arrangé, joué et chanté, qui est aussi une publicité pas déguisée du tout – on n’est jamais si bien servi que par soi-même – pour le concert Schubert que les mêmes donneront ce samedi 11 avril à la Sainte-Chapelle. Le lien entre Renoir et Schubert ? Quelle question !

Le cycle « Renoir et la musique » du Musée d’Orsay, il se poursuit avec les Musiciens de l’Orchestre de Chambre de Paris (19/05), Magali Léger, l’Orchestre de chambre Pelléas et Benjamin Lévy (28/05), l’Orchestre de chambre de Paris, Anastasia Kobekina et Thomas Hengelbrock (2/05) – une soirée inscrite dans la programmation du 45Festival d’Auvers-sur-Oise, marquée par une création de Thierry Escaich –, Marie-Nicole Lemieux, Daniel Blumenthal (4/05), Axelle Fanyo et Susan Manoff (9 juin). 
 
Laurent Bury
 

Paris, Auditorium du Musée d’Orsay, 9 avril 2026
Le cycle « Renoir et la musique » se poursuit avec les Musiciens de l’Orchestre de Chambre de Paris (19/05), Magali Léger, l’Orchestre de chambre Pelléas et Benjamin Lévy (28/05), l’Orchestre de chambre de Paris, Anastasia Kobekina et Thomas Hengelbrock (2/05) – une soirée inscrite dans la programmation du 45Festival d’Auvers-sur-Oise, marquée par une création de Thierry Escaich –, Marie-Nicole Lemieux, Daniel Blumenthal (4/05), Axelle Fanyo et Susan Manoff (9 juin). 
www.musee-orsay.fr/fr/agenda/cycles/renoir-et-la-musique
 
Photo © Sandrine Expilly / Alpha Classics

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