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​Tosca à l’Opéra Bastille [jusqu’au 18 avril] – Divina ! – Compte-rendu

 

 
 
Le public parisien connaît désormais chaque détail de la Tosca mise en scène par Pierre Audi pour la saison 2013-2014 et qui, comme la précédente (celle de Werner Schröter présentée en 1993 et 2013) a été faite pour durer de longues années. Quelques lourds éléments symboliques, telle cette croix gigantesque qui occupe tout le décor du premier acte, présente au second et au troisième et qui finit par s'élever dans les airs, sont là pour rappeler la puissance de l'Eglise, la domination de Scarpia et la foi de Tosca. Trois actes, trois lieux, trois personnage, trois morts – si l'on excepte celle de Spoletta, seulement relatés – selon trois modes opératoires que le metteur en scène tente de rendre véristes, voilà pour le cahier des charges respecté, Pierre Audi interdisant cependant à l'héroïne de se jeter du Château Saint-Ange.
 

 

Yusif Eyvazov & ​Sondra Radvanovsky © Xose Bouzas - OnP​

Au gré des reprises, se sont déjà succédés Alvarez, Grigolo, Calleja, Fabiano ou Kaufmann en Mario, Salsi, Lucic, Terfel ou Tézier en Scarpia, Dyka, Uria-Monzon, Serafin, Stikhina ou Agresta en Tosca, la distribution de la reprise en cours réunissant Sondra Radvanovsky (photo), Yusif Eyvazov et Gevorg Hakobyan.
La première est sans conteste l'étoile de la soirée. Sa connaissance du rôle frappe les yeux et les oreilles tant la cantatrice capte la lumière et brûle les planches. Féminine, juvénile et drôle, voici une grande amoureuse tactile et sensuelle à laquelle personne ne peut résister et encore moins Mario qui souhaite pourtant s'en débarrasser pour pouvoir s’entretenir avec Spoletta fraîchement échappé de prison. La voix de Radvanovsky se répand comme une onde avec aisance et fluidité au premier acte, avant de gagner en intensité au second, avec une pause salvatrice pendant un "Vissi d'arte" anthologique chanté sur le souffle, puis d'exulter sur le corps de Scarpia qu'elle vient de tuer à l'instinct, sans préméditation. Pensant s'être libérée d'un fardeau, elle retrouve Mario sur un camp militaire, au comble de la joie (quels aigus dardés couronnent le "Trionfal") à jamais rattrapée par le plan machiavélique du chef de la Police. L'une des plus belles incarnations actuelles de ce personnage qu'elle ne cesse de réinventer depuis plusieurs décennies.

 

Sondra Radvanovsky & Gevorg Hakobyan © Xose Bouzas - OnP

 
Yusif Eyvazov a progressé, évitant aujourd'hui de chanter bas ou de trop tenir la note, mais après avoir entendu Jonas Kaufmann sur ce même plateau, en décembre dernier (1), la différence n'est évidemment pas à son avantage. Gevorg Hakobyan qui débute sur cette scène dans le rôle de Scarpia, ne peut prétendre rivaliser avec Ludovic Tézier (également présent en décembre 2025), mais la sobriété de son approche et le soin apporté à son chant sont tout à son honneur, le baryton sachant pertinemment qu'il pourra peaufiner son interprétation avec le temps. Chœurs (préparés par Ching-Lien Wu), comprimari et orchestre maison placés sous la conduite inspirée de Jader Bignamini n'appellent que des éloges, le chef italien soufflant le chaud et le froid sur une partition construite comme une pièce d'orfèvrerie, mais si facilement outrancière.

 
François Lesueur
 

 
(1) www.concertclassic.com/article/tosca-lopera-bastille-jonas-est-de-retour-compte-rendu
 
 
Puccini : Tosca – Paris, Opéra Bastille, 3 avril ; prochaines représentations les 9, 12, 15 & 18 avril 2026 // https://www.operadeparis.fr/saison-25-26/opera/tosca
 
 
Photo © Xose Bouzas - Opéra national de Paris

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