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Esa-Pekka Salonen dirige l’Orchestre de Paris – Heureuses prémices – Compte-rendu

Il faudra attendre la rentrée 2027 pour voir Esa-Pekka Salonen prendre ses fonctions de chef principal de l’Orchestre de Paris, mais on ne doute pas qu’entre temps plusieurs occasions s’offriront de retrouver l’artiste à la tête d’une phalange avec laquelle il entretient depuis longtemps une relation privilégiée. Une preuve supplémentaire vient d'en être offerte avec un programme Debussy, Salonen, Sibelius.
Le Prélude à l’après-midi d’un faune, dirigé sans baguette : entrée matière proprement miraculeuse, où la musique paraît naître sous les mains du maestro. Miracle de couleur, de sensualité (sublime flûte de Vincent Lucas), de liberté – là où pourtant tout est si soigneusement écrit ... Tout coule de source et les musiciens parisiens, visiblement sous charme, se montrent d'emblée à leur meilleur.

Stefan Dohr © Simon Pauly
Relief et force évocatrice
En août 2025 au Festival de Lucerne, l’Orchestre de Paris a offert la création du Concerto pour cor de Salonen, sous la direction de ce dernier et avec le splendide Stefan Dohr en soliste – qui n’est autre que le premier cor solo de la Philharmonie de Berlin. Des retrouvailles donc tant pour le corniste, le chef et l’orchestre lors de la soirée à la Philharmonie. Au comprend d’autant mieux l’aisance avec laquelle la formation se plonge dans une partition très mystérieuse en ses deux premiers mouvements. Corniste à l’origine, ne l’oublions pas, Salonen procède à une exploitation totale des possibilités de l’instrument et peut compter sur les moyens d’un soliste qui façonne le son avec une stupéfiante aisance. Mais surtout, jusque dans la virtuosité redoutable du finale, Stefan Dohr, en parfaite entente avec le chef et la phalange, affirme une dimension très narrative, imagée, qui vaut un considérable succès public à l’ouvrage et ses interprètes.
Raconter, donner à voir ne caractérisent pas moins l’interprétation de la Fille de Pohjola de Sibelius. Salonen peut il est vrai compter sur les qualités individuelles des membres de l’orchestre (à commencer par le violoncelle racé d’Eric Picard) pour traduire le relief, le large souffle et la force évocatrice d’une pièce nourrie d’un des chants du Kalevala. Il y a seize ans que l’Orchestre de Paris n’avait pas abordé l’Opus 49 du Finlandais ... Puisse l’arrivée de Salonen marquer le retour en force de cet auteur dans les programmes de l’Orchestre de Paris !
Puissance, félinité, raffinement
Ce dernier est en terrain plus que connu en revanche avec La Mer, mais le chef-d’œuvre de Debussy ne se refuse pas servi par un chef du calibre de Salonen. Puissance, félinité, raffinement des couleurs (ces Jeux de vagues ...) distinguent un conception aussi fouillée que vivante. La possession absolue de la partition qui s’exprime là traduit la démarche d’un compositeur qui pourrait faire sien le mot de Jules Verne : « Je n’aime que la Liberté, la musique et la mer. » Une soirée magique, pleine d’heureuses prémices pour le mandat à venir.
Alain Cochard

Paris, Philharmonie, 2 avril 2026
Photo © Mathias Benguigui - pasco and co
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