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​Récital « Les Sept Péchés capitaux » par Axelle Fanyo et Fleur Barron aux Lundis musicaux de l’Athénée – On ira jusqu’à la dizaine – Compte rendu

 
L’Église n’en dénombre que sept, apparemment grâce à saint Thomas d’Aquin, mais à y bien réfléchir, il doit en exister plusieurs autres. La paresse seule suffit-elle à expliquer qu’une artiste du calibre d’Axelle Fanyo (photo à dr.) ne soit pas sur toutes les scènes ? Le manque d’imagination et le manque de courage ne seraient-ils pas deux autres péchés capitaux parmi les directeurs de théâtre ?
 
Eloquence et insolence pétillante
 
Face à la large tessiture et à la richesse de timbre de la soprano, on se prend à songer à tous les rôles qu’elle endosserait avec panache. Car l’interprète n’est pas en reste, et sa prestation dans « Le Paon » des Histoires naturelles laisse rêver à la Concepcion de L’Heure espagnole qu’elle pourrait être, puisqu’elle a su s’approprier avec autant de naturel que d’éloquence l’écriture si particulière de Ravel. Et quelle sensualité dans « Violon » de Poulenc ou dans « C’est l’extase langoureuse » de Debussy ! Quelle véhémence dans « Surabaya Johnny », quelle insolence pétillante dans un des Brettl-Lieder de Schoenberg. Autre péché qu’on décrétera tout aussi capital : l’indifférence à la séduction vocale et théâtrale de cette grande chanteuse.
Ce serait néanmoins un péché de plus que d’oublier sa partenaire, car c’est un tandem que les Lundis de l’Athénée proposaient en ce 16 février. La mezzo-soprano singapouro-britannique Fleur Barron (photo à g.) partage en effet l’affiche avec Axelle Fanyo : les deux voix s’associent pour plusieurs airs, mais c’est le plus souvent l’alternance qui prévaut, chacun se rasseyant de son côté de la scène lorsqu’elle se tait, et Julius Drake assurant la continuité – les mélodies sont même enchaînées, empêchant des applaudissements qui ne demanderaient qu’à éclater – avec d’autant plus de brio que ni Mahler ni De Falla ne ménagent le pianiste dans leurs partitions.

 
 

Julius Drake © Marco Borggreve 

Un thème librement traité
 
Le programme qui les réunit est avant tout un admirable bouquet de pages composées entre le milieu du XIXsiècle et la deuxième moitié du XXe, de Brahms à William Bolcom. Le concert s’ouvre d’ailleurs sur le désormais célèbre « Amor » du compositeur américain, qui reviendra ensuite avec le moins fréquenté « Over the piano ». Le thème des sept péchés capitaux est à peu près respecté, et l’on ne s’offusquera pas si le rapport entre telle mélodie et tel péché est un peu tiré par les cheveux : on est ravi d’écouter « Flickan kom » de Sibelius même si son rapport avec l’envie est bien moins évident que « Neid », extrait des Sept Péchés capitaux de Kurt Weill, le plus gâté ici puisque trois de ses songs ont également été retenues.

 
En quatre langues
 
Ces dames chantent en quatre langues, français, anglais, allemand pour Axelle Fanyo, anglais, allemand, espagnol pour Fleur Barron, qui a néanmoins l’élégance d’offrir au public parisien une page en français, « L’indifférent », extrait de Shéhérazade. La mezzo pare de belles couleurs graves les mélodies de Montsalvatge ou de Cole Porter, et opte pour un sprechgesang ardent lors de ses interventions dans « Alabama Song ». Pour autant, l’extrait d’Annie Get Your Gun se révèle presque un choix empoisonné puisqu’il confère à la soprano l’avantage incontestable de l’aigu : « Anything you can do I can do better », indeed …
Après avoir conclu sur « I Got Rhythm » transformé en duo (comme l’avait été précédemment « The Girls of Summer » de Sondheim), les deux artistes accordent un bis au public enthousiaste : « Les Chemins de l’amour » dont elles se partagent délicieusement les couplets et les refrains. Et si le fait d’avoir une préférence est un péché, pardonnez-nous, Seigneur, car nous avons beaucoup péché ce lundi soir …
 
Le prochain Lundi musical de l’Athénée le 23 février, tout instrumental puisqu’il réunira l’altiste Lawrence Power et le Studio de création Âme.(1)
 
Laurent Bury

 

 
(1) www.athenee-theatre.com/saison/spectacle/lawrence-power-alphonse-cemin.htm
 
Paris, théâtre de l’Athénée, 16 février 2026
 
Photo © Eduardus Lee

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