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​Rencontre avec Camille Pépin – Avant, pendant, et pourtant

 
Camille Pépin est une artiste particulièrement demandée. Depuis la création mondiale de La Nuit n’est jamais complète en octobre dernier à Aix-en-Provence, par Renaud Capuçon et l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège (1), la compositrice a été très présente dans le monde anglo-saxon, outre-Manche d’abord, que ce soit sous la baguette de Sakari Oramo à Londres, de Joshua Weilerstein à Salford ou, tout récemment, à Manchester avec le BBC Philharmonic dirigé par Adam Hickox. Ce sera bientôt au tour des Etats-Unis, le 22 février, avec la première mondiale d’une pièce pour violoncelle solo, Eau-matière, par Yo-Yo Ma à l’Université de Californie (Santa Barbara), suivie le 12 mars de la reprise par le Baltimore Symphony Orchestra et Jun Märkl des Eaux célestes, réalisation datée de 2023 dont Benn Glassberg et l’Orchestre national de Lyon ont, rappelons-le, signé un splendide enregistrement (#NoMadMusic).

 

© Capucine de Choqueuse

 
En partant de Reich
 
L’actualité est parfois trop débordante ... On n’avait pas eu le temps à l’automne passé de s’attarder sur une autre réussite de Camille Pépin, d’autant plus remarquable qu’elle constitue sa toute première incursion dans le répertoire pour ensemble de percussions : Avant, pendant, et pourtant. Un ouvrage que d’aucuns ont pu découvrir grâce au remarquable album MINIMAL (2) des Percussions de Strasbourg (sorti en septembre dernier). Cette formation est d’ailleurs à l’origine de l’œuvre autour de laquelle s’est organisé le projet MINIMAL (où figurent en outre des pages de Steve Reich, Nik Bärtsch et Shelley Washington). Lors d’une conversation avec Camille Pépin vers 2021, Minh-Tām Nguyen, directeur artistique des « Percus » (3), constatant la place que la compositrice réserve aux percussions dans ses partitions symphoniques – et l’intelligence avec laquelle elle en fait usage – lui a en effet proposé de se lancer dans l'élaboration d’une pièce, en lui suggérant d’utiliser le même effectif que Steve Reich dans son fameux Mallet Quartet (2009) : deux marimbas et deux vibraphones.

 

Le Percussions de Strasbourg © Bartosch Salmanski

 
Un état d’esprit très particulier
 
Un point de départ très précis donc – qui n’était pas pour déplaire à une grande admiratrice des répétitifs américains ! –, à partir duquel Camille Pépin a su faire entendre une voix singulière. « Je me souviens avoir passé des journées entière sans écrire, juste en réfléchissant en termes de couleurs ; je n’avais pas l’habitude de faire des choses aussi dépouillées : il m’a fallu me mettre dans un état d’esprit très particulier, reconnaît-elle.» Le recours à l’archet, avec l’effet de halo qu’il permet, fait partie de techniques que Camille Pépin utilise au cours de la pièce. Elle l'a conçue en très étroite concertation avec les Percussions de Strasbourg afin de s’assurer, avec un soin méticuleux, de la faisabilité et du résultat concret des idées qui lui venaient.

 
 

Moment suspendu
 
Composition aux résonances très personnelles qu'Avant, pendant, et pourtant : « C’est une pièce que j’ai commencé à écrire exactement au moment où j’ai appris que l’un de mes proches était très malade, confie Camille Pépin ». Et c’est par le deuxième volet Pendant que le travail a commencé, un moment suspendu qui traduit « l’impression que le temps s’arrête » que ressentait justement l'artiste face la nouvelle qui la bouleversait et pour laquelle elle n’avait pas assez de mots pour traduire ce qu’elle éprouvait. Avant a ensuite été écrit et ce n’est pas par un « après », mais par un et pourtant que le triptyque se referme, traduisant le « besoin d’espoir » de la compositrice et sa volonté de « toujours voir la lumière. »
Créé en mars 2025 par les Percussions de Strasbourg, commanditaire de l’ouvrage, Avant, pendant, et pourtant vient enrichir l’immense répertoire que l’ensemble a suscité au fil des ans depuis 1962. Première incursion – réussie ! – de Camille Pépin dans le domaine de la percussion : on espère qu’elle connaîtra des suites ...

 
Impermanence

 
Quant à l’actualité à venir de la compositrice, signalons que les candidats dans la catégorie Quatuor à cordes du prochain Concours de l’ARD de Munich (30 août-18 septembre) (4) auront le bonheur d’avoir en pièce contemporaine imposée un ouvrage de sa main, intitulé Impermanence. Une partition d’une huitaine de minutes, inspirée par le vent et par une toile de Fabienne Verdier, comme l’avait été Feuilles d’eau de Silvacane (2019). Impermanence se veut tout autre chose qu’une pièce de concours (5) : le deuxième maillon d’un cycle Fabienne Verdier. A suivre donc ...
 
Alain Cochard
(Entretien réalisé avec Camille Pépin en novembre 2025)
 

 
(1)  www.concertclassic.com/article/la-nuit-nest-jamais-complete-de-camille-pepin-en-creation-mondiale-aix-en-provence-lespoir
 
(2) 1 CD PDS 125 (Reich : Mallet Quartet, Nik Bätsch : Seven Eleven, Shelley Washington : Sunday)
 
 (3) Nommée en 2025, Vassilena Serafimova succèdera à Minh-Tam Nguyen à compter de l’été prochain.
 
(4) www.ard-musikwettbewerb.de/en/competition-2026/
 
(5) A propos de pièce de concours, rappelons la réussite de Camille Pépin avec Iridescence-glace, morceau écrit pour le Concours Clara Haskil 2023 : www.billaudot.com/iridescence-glace-5.html

Site de Camille Pépin :
www.camillepepin.com/
 
Site des Percussions de Strasbourg : www.percussionsdestrasbourg.com
 
Photo © Capucine de Choqueuse

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