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​Récital d’Adèle Charvet et Anne Le Bozec à l’ECUJE – « Ô Charlotte, tu frémiras » – Compte rendu

 

Après son récent triomphe en Charlotte de Werther Salle Favart, Adèle Charvet poursuit dans la veine du romantisme allemand, non plus à travers le filtre de l’opéra-comique français, mais en remontant aux sources mêmes du lied. Dans le cadre intime de l’auditorium de l’ECUJE (Espace Culturel et Universitaire Juif d’Europe), elle proposait un récital s’ouvrant et se finissant sur Schubert, mais en balayant tout le XIXsiècle jusqu’à Hugo Wolf en passant par Mendelssohn, Liszt et Brahms, seul Schumann manquait à l’appel parmi les grands.

 

© Amandine Aubrée - Toï-Toï
 

 
De nombreuses pages méconnues

 
L’un des premiers mérites du programme qu’il convient de souligner est son refus de la facilité qui consisterait à ne proposer que des pièces célébrissimes : en dehors de « Auf flügeln des Gesanges »,  les pages ici interprétées ne sont pas les plus rebattues, et c’est seulement en fin de parcours, lorsque Schubert et Wolf se rejoignent autour de la figure goethéenne de Mignon, que l’on retrouve quelques lieder très connus.
Non contente de tenir la partie de piano, et d’affronter les exigences des partitions de Liszt ou de Wolf, Anne Le Bozec présente elle-même au public chacune des mélodies, en insistant notamment sur la différence entre compositeurs autrichiens et compositeurs allemands, et en offrant un bref résumé du contenu des textes mis en musique. Les différents poèmes expriment évidemment toute une gamme d’affects, et la sensibilité qui les guide n’exclut pas l’entrain ni l’humour, entre les lieder plus introspectifs et sombres.

 
De la douceur au dramatisme intense
 
Ce frémissement, Adèle Charvet le traduit à merveille, d’une voix chaude mais pleine de pudeur, sans rien de démonstratif ni d’appuyé (cette dernière remarque vaut aussi pour le jeu d’Anne Le Bozec). On le devine, la mezzo-soprano a su prendre pour modèles les plus grandes, Kathleen Ferrier en tête, pour aborder ce répertoire avec la retenue qui convient, conférant à son chant une douceur comparable à la caresse d’une mère. Pour autant, elle sait aussi déchaîner la passion qui éclate dans le « Kennst du das Land » de Wolf, sans doute la page qui la rapproche le plus de l’univers de l’opéra, par l’ampleur de sa tessiture comme par son dramatisme intense.
Chaleureusement applaudies par le public, les deux interprètes concèdent un bis qui ramène les esprits à plus de sérénité, « Nachtviolen » de Schubert.
 
Laurent Bury
 

Paris, ECUJE, 5 février 2026 // www.ecuje.fr/classique-a-lecuje/
 
Photo © Amandine Aubrée - Toï-Toï

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