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La Clémence de Titus à l’Opéra de Nice – Soirée électorale – Compte rendu

À l’approche des élections municipales, le duo du LAB – Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeil — propose une réinterprétation audacieuse de l’ultime opéra de Mozart, où les enjeux politiques contemporains se mêlent aux ultimes mélodies du salzbourgeois. Avant l’ouverture, dirigée avec souffle et délicatesse par Kirill Karabits, le public aura assisté à une longue interview de Vitellia Vitelli, rôle incarné par une Anaïs Constans flamboyante. Cette Première Dame, issue de la grande bourgeoisie niçoise, y promeut son livre politique, entre confidences sur les coulisses du pouvoir et aveux sur les méthodes employées pour y parvenir : complots, trahisons, et même crimes. Son timbre charnu et son interprétation sans concession captivent, révélant une femme qui, malgré sa culpabilité, assume les compromissions de sa carrière.

© Julien Perrin
Clins d’œil et séquences vidéo en abondance
Tout au long du spectacle, des flash-backs et des vidéos tournées en extérieur — aux Arènes de Cimiez, à la Villa Masséna, ou encore dans les salons de l’hôtel Negresco — plongent dans une ambiance décalée. Rien n’y manque, ni la police municipale, ni les danseurs folkloriques, sauf peut-être une distribution-dégustation de socca et de petits farcis. Titus est l’Élu, Servilia son attachée de presse, Annio le photographe, Sesto communicant, et Publio (Gabriele Sagona, basse impressionnante) un préfet de police. Pourtant, pour un public peu familier du livret de Metastasio, la multiplication des clins d’œil et des séquences vidéo finit par brouiller l’intrigue. Cette accumulation finit par saturer et éclipser la profondeur du dramma per musica : sa réflexion sur la mansuétude et la capacité du puissant à transcender ses propres erreurs.
Par ailleurs la mise en scène, en cherchant à tout féminiser systématiquement, risque la facilité. Cette sanctification de la femme puissante, devenue un tic contemporain, finit par s’épuiser dans sa répétition, au détriment des enjeux philosophiques et des subtilités du livret. Elle en devient lassante, ce qui n’était pas le but attendu de cette nécessaire bascule de l’ordre patriarcal.
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Un Sesto très applaudi
Faustine de Monès (Servilia) et Coline Dutilleul (Annio) se distinguent par leur chant lumineux. Mais c’est Marion Lebègue, en Sesto, qui remporte tous les suffrages : sa fragilité et sa sincérité touchent profondément. Dommage que l’ensemble du plateau, y compris le Titus d’Enea Scala — ténor solaire et d’une faconde machiste assumée —, opte si souvent pour une vocalité en force. Les cadences et les ornements, essentiels au bel canto, peinent à s’épanouir. Ce choix nuit à la souplesse baroque, où chaque note devrait plutôt respirer et s’orner avec grâce.
Vincent Borel

Mozart : La Clémence de Titus – Nice, Opéra, 3 février ; prochaine représentation le 5 février 2026
opera-nice.org/fr/evenement/1276/la-clemence-de-titus?origin=menu
Photo © Julien Perrin
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