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​« Locura » par le Concert de l’Hostel Dieu et la Compagnie Käfig au Châtelet [reprises à Hauterives 1er juillet & Saintes 14 juillet] – Le théâtre où tout devient possible – Compte rendu

© Wiliam Sundfor

 
C’était en 2004, au Théâtre du Châtelet. Avec Les Paladins de Rameau étaient célébrées avec poésie les noces de la musique baroque et de la danse urbaine. Plus de vingt ans après, et toujours au Châtelet, alors que tant de tentatives du même ordre, sur d’autres scènes, sont restées aussi indigestes qu’indument célébrées, ce mariage réussi revit avec Locura.

 

Adèle Huber & Nicolas Muzy © Wiliam Sundfor

Une réelle association musique et danse

Pourquoi ? Parce qu’au lieu de se contenter d’un placage brutal, ce nouveau spectacle fait l’effort de réellement associer la musique et la danse, parce que, sur les partitions des XVIIe et XVIIIsiècles (1) choisies par Franck-Emmanuel Comte, Mourad Merzouki a imaginé une chorégraphie qui emprunte son vocabulaire au hip-hop mais qui doit aussi bien des éléments à d’autres styles de danse. Pour ce concert sans décor mais où les éclairages sculptent admirablement l’espace, les cinq danseurs n’arrivent pas vêtus comme ils pourraient l’être dans la rue, mais portent des costumes noir et or, et leurs évolutions sont réglées avec un réel souci d’ensemble, d’harmonie et d’élégance. Pendant une heure trente, la chorégraphie se déroule en parallèle avec la musique sans jamais en prendre le contrepied, et parvient à se réinventer sur chaque morceau (on n’est pas près, notamment, d’oublier le ballet des mains surgies de l’obscurité).

 

© Wiliam Sundfor

 
Mélodies savantes et populaires

On est d’abord un peu étonné de constater que la musique est amplifiée, avec un volume sonore presque excessif par instants, mais cela a le grand avantage de couvrir au moins en partie le verbiage incessant de divers bambins auxquels leurs parents n’ont pas appris qu’au concert il est permis de se taire, craignant sans doute de brimer leur si précieuse spontanéité. La soprano Adèle Huber profite de cette sonorisation pour distiller sans effort mais avec beaucoup d’émotion les mélodies savantes ou populaires qui forment la trame du programme autour du thème de la démence, tarentelles (censées guérir des piqûres de tarentule) et autres « folies d’Espagne ». Menés par Franck-Emmanuel Comte au clavecin, les six instrumentistes du concert de l’Hostel Dieu trouvent tour à tour des occasions de briller, comme lors du solo accordé au percussionniste, ou de ce duel pendant lequel les violonistes se retrouvent juchés sur les épaules des danseurs. Ces derniers sont cinq, membres de la Compagnie Käfig, deux femmes et trois hommes, et leur prestation en solo, par deux ou à plusieurs, captive l’attention tant par la performance physique accomplie que par la beauté des mouvements imaginés pour eux.
Merci au Châtelet d’avoir présenté dans le cadre de son festival « Les Folies Musicales » ce spectacle créé quelques jours plus tôt à Montereau, et que l’on ne saurait trop recommander à tous ceux qui auront l’occasion d’assister aux étapes suivantes de sa tournée.

Laurent Bury
 

 
(1) Vivaldi, Strozzi, Merula, Le Bailly, Sartorio, Purcell, Murcia, anon.
 

« Locura » – Paris, Théâtre du Châtelet, 7 mai,  prochaines représentations à Hauterives le 1er juillet, à Saintes le 14 juillet, à Caluire-et-Cuire les 24 & 25 novembre 2026 // www.concert-hosteldieu.com/agenda/
 
Photo © Wiliam Sundfor

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