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No, no, Nanette de Vincent Youmans à l’Opéra de Reims [Reprise à Compiègne 19 mars, Tourcoing 22 mars, Paris 27 mars - 5 avril] – Tout sauf de l’opérette – Compte rendu

En une douzaine d’années d’existence, l’ensemble Les Frivolités Parisiennes a métamorphosé la vision que nous pouvions avoir d’un certain répertoire, du milieu du XIXe siècle jusqu’au premier tiers du XXe. D’un répertoire dit « léger », auquel on accole souvent le mot « opérette », avec tout son fardeau de ringarditude. Pour tirer les œuvres de la gangue dans laquelle les avaient engluées plusieurs décennies de mauvaise tradition, il fallait faire preuve à la fois d’énergie et de doigté.
C’est exactement ce qui est fait à présent pour une œuvre centenaire, No, no, Nanette, la seule œuvre que la postérité ait vraiment retenue au sein de la production de l’Américain Vincent Youmans (1898-1946). Inspirée d’une pièce de théâtre antérieure de quelques années, créée en 1924 à Chicago et transportée dès l’année suivante à Londres et à New York, cette comédie musicale fut périodiquement remontée, adaptée plusieurs fois au cinéma, et remise au goût du jour jusque dans les années 1970. En France, elle semble ne plus guère avoir été donnée depuis… longtemps, du moins sur les grandes scènes, et elle était devenue l’apanage des troupes spécialisées dans l’opérette. Or il s’agit bien d’un musical, et c’est comme tel que les « Frivos » ont choisi de le présenter.

Vincent Youmans en 1929 © Wikipedia.org
Des voix venues de la comédie musicale
La sonorisation, d’abord : pour affronter l’orchestre survitaminé que dirige du piano Benjamin Pras, et pour qu’ils n’aient pas à forcer la voix, tous les artistes sont munis de très discrets micros, mais l’on entend d’emblée que leur voix est amplifiée, comme cela se pratique à Broadway depuis des décennies. De ce fait, les artistes présents sur le plateau ne sont pas forcément des noms familiers pour les amateurs d’opéra, et leur timbre évoque davantage le monde de la chanson, ce qui est assez logique. C’est de l’univers de la comédie musicale que sont issus Marion Preïté, l’interprète de Nanette, Loaï Rahman, qui incarne le jeune premier ; ont en revanche suivi une formation lyrique plus traditionnelle Arnaud Masclet « Oncle Jimmy », et Ronan Debois, jadis membre de la troupe de l’Opéra-Comique. Bien qu’habituée à la comédie musicale, June Van Der Esch montre qu’elle peut aussi être soprano colorature. L’Américaine Lauren Van Kempen a la formation polyvalente de beaucoup de ses compatriotes. Quant à Caroline Roëlands, elle est d’abord danseuse, même si elle montre qu’elle sait aussi chanter, et c’est comme chorégraphe du spectacle qu’elle est également mentionnée.
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Christophe Mirambeau © Bernard Martinez
S’éloigner de la convention
Pour rompre avec la mauvaise image de l’opérette, il faut aussi rompre avec un certain réalisme « Au Théâtre Ce soir ». Du tandem Emily Wilson et Jos Houben, on se rappelle notamment La Princesse légère créé à l’Opéra de Lille en 2017, et plus récemment Cupid and Death avec l’ensemble Correspondances. En leur confiant la mise en scène de No, no, Nanette, les Frivolités Parisiennes ont visé juste : si les costumes évoquent bien les Années Folles, le décor signé de la même Oria Puppo est résolument abstrait, composé de panneaux de couleur unie qui se déplacent constamment, à la verticale comme à l’horizontale (bravo aux techniciens qui contrôlent ces mouvements d’un bout à l’autre de la soirée). Outre la distance que prend le jeu des acteurs par rapport au susdit réalisme – les petits pas de danse de Caroline Roëlands en Mrs Smith produisent à chaque fois leur effet – on s’éloigne aussi de la convention avec le traitement réservé à la bande des amis de Nanette, groupe de danseurs/chanteurs androgynes tous vêtus de la même manière, qui manient à plusieurs reprises des formes géométriques pour encadrer les protagonistes lors des ensembles.
No, no, Nanette étant ainsi revisité, plus aucune raison de ne pas aller savourer, dans leurs versions françaises, « Tea for Two » ou « I Want to Be Happy », deux tubes immortels au milieu de tous les numéros d’une partition bien ficelée et très jazzy, insérés dans des dialogues réécrits par – who else ? - Christophe Mirambeau.
Après Reims, au tour de Compiègne, Tourcoing et Paris de savourer le spectacle jusqu’aux premiers jours d’avril.
Laurent Bury

Vincent Youmans – No, no, Nanette (adaptation française de Christophe Mirambeau)– Reims, Opéra // https://lesfrivolitesparisiennes.com/spectacles/no-no-nanette
Reprises :
19 mars 2026 // Compiègne, Théâtre Impérial
www.theatresdecompiegne.com/no-no-nanette-599
22 mars 2026 : Tourcoing, Théâtre Raymond Devos
www.atelierlyriquedetourcoing.fr/no-no-nanette-22-mars-2026/
27 mars – 5 avril 2026 ; Paris, Athénée Théâtre Louis-Jouvet // www.athenee-theatre.com/saison/spectacle/no-no-nanette.htm
Photo © Les Frivolités Parisiennes
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