Journal

​La Répétition d’opéra d’Alfred Lortzing à Angers Nantes Opera (Streaming) – Français, encore un effort !

Les critiques se plaignent assez souvent de la frilosité du public (et donc, fatalement, des directeurs de salles) pour ne pas saluer la curiosité d’Angers Nantes Opéra, qui propose depuis le 10 avril La Répétition d’opéra d’Alfred Lortzing (1801-1851), captation réalisée mi-mars au Théâtre Graslin. Le compositeur allemand est rare sur nos scènes, c’est un euphémisme, et il semble bien que Die Opernprobe, ultime opéra-comique de Lortzing, créée la veille de sa mort, n’ait jamais été donné de ce côté-ci du Rhin.
 
© Jean-Marie Jagu

Bravo, donc, à Alain Surrans pour avoir osé ce titre. Hélas, le huis clos imposé par la pandémie était-il le meilleur contexte pour une œuvre comme celle-là ? Si les drames survivent à l’absence d’applaudissements, les sujets comiques peinent davantage à s’imposer sans interaction avec le public. Pochade d’une durée inférieure à une heure, cette Répétition d’opéra paraîtrait presque longuette tant elle s’en tient obstinément à un premier degré bon enfant. Fallait-il opter pour une transposition radicale, pour une réécriture modernisée du texte parlé (ici donné en français) ? Eric Chevalier a préféré respecter la lettre du livret : nous sommes bien en 1794, dans un château, où un jeune noble décide de se travestir en chanteur d’opéra pour rencontrer incognito la fiancée qu’on lui destine. Les rares anachronismes que se permet la mise en scène détonnent un peu : le héros manipule une courgette comme un micro, et son valet tient sa guitare comme Elvis Presley, voilà qui aurait peut-être arraché un demi-sourire à certains membres de l’auditoire. Certes le livret fait preuve d’audace en confiant la fameuse « répétition » à une domestique du château, demoiselle de compagnie de la future mariée et apparemment très férue de musique : fallait-il pour autant la montrer d’emblée en costume masculin, double ambigu du Komponist d’Ariane à Naxos, auquel elle ressemble d’autant plus qu’elle griffonne à plusieurs reprises un début d’air qui lui vient à l’esprit. Enfin, au terme d’une bluette aussi naïve, était-il justifié que le décor projeté à l’arrière-plan se change en embrasement, comme si cette très gentiment folle journée où les valets rêvent de parcourir le monde, volant d’un succès lyrique à l’autre, pouvait faire écho à la tourmente révolutionnaire ?

 © Jean-Marie Jagu

Musicalement, il faut aussi reconnaître que l’œuvre n’a rien de bien remarquable. On savourera le pastiche mozartien auquel Lortzing se livre dans l’ouverture, et que met bien en valeur le chef Antony Hermus, à la tête de l’Orchestre national des Pays de Loire. Mais quand le rideau se lève, le mélomane n’a plus grand-chose à se mettre sous la dent : un amusant ensemble qui transpose en allemand le chant syllabique rossinien, un bel air pour le ténor, un duo entre le baryton et la soprano, guère plus. La Répétition d’opéra exige sept solistes, dont trois seulement interviennent autrement que dans les ensembles. Le ténor argentin Carlos Natale tire le maximum de son aria amoureuse, qui rappelle un peu Weber ; le baryton Marc Scoffoni fait valoir un abattage assez impressionnant, tandis que Marie-Bénédicte Souquet, artiste en résidence d’Angers Nantes Opéra, a finalement peu d’occasions de briller, malgré le chœur initial où on la voit diriger l’orchestre formé par les domestiques du château, malgré un premier air plus bavard que mémorable. Parmi les autres artistes, on a tout juste le temps d’apprécier le vrai timbre de basse de Jean-Vincent Blot, mis au service d’une pittoresque composition en comte fou d’opéra.
Qui osera maintenant proposer en France un des chefs-d’œuvre de Lortzing, Ondine, Regina ou Czar et charpentier ?

Laurent Bury

Lortzing : La Répétition d’opéra  (Die Opernprobe–  Nantes, Théâtre Graslin ; capté les 12  et 13 mars 2021, disponible sur : www.youtube.com/watch?v=hgZQoKfPWuw

© Jean-Marie Jagu

Partager par emailImprimer

Derniers articles