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Hanna Salzenstein et ses amis à la Scala-Paris – Pépites de bonheur – Compte rendu

Justin Taylor, Théotime Langlois de Swarte, Sophie de Bardonnèche et Hanna Salzenstein forment le « noyau dur » du Consort, formation parmi les plus actives de la scène baroque européenne dont on a fêté le 10e anniversaire l’an dernier. La réussite de l’ensemble tient aussi à l’épanouissement individuel de ses membres : la partie masculine du Consort a depuis longtemps eu l’occasion de voir ses qualités reconnues en soliste. La chose est plus récente du côté des dames, mais avec quel plaisir a-t-on découvert sous cet angle Sophie de Bardonnèche, dans un inventif programme réunissant des compositrices méconnues, et Hanna Salzenstein, qui a pour sa part choisi d’explorer les ouvrages témoins de l’émancipation d’un violoncelle quittant son rôle de continuiste pour faire entendre sa voix.

En bonne compagnie
Bach et ses Suites, Vivaldi et ses concertos, certes, mais il est bien d’autres territoires à explorer. Deux disques parus chez Mirare sont déjà venus illustrer sa démarche : une exploration passionnante – et passionnée ! – qui fait revivre des pépites méconnues. Ce sont quelques unes d’entre elles qu’Hanna Salzenstein avait choisies pour un concert inscrit dans la série des « 13 du 13 » de la Scala-Paris - que propose tout les 13 du mois la salle du 13 boulevard de Strasbourg. Un vendredi 13 en l’occurrence : il aura porté bonheur à la musique – et au public massé dans une Piccola Scala pleine comme un œuf ! Entourée de trois instrumentistes qui ont coutume de travailler avec le Consort, Arthur Cambreling (violoncelle), Thibaut Roussel (théorbe) et Nora Darganzali (clavecin), la violoncelliste offre un programme à large dominante italienne.

© Concertclassic
Art du chant, intelligence du phrasé
Un concert ? Plutôt une amicale réunion musicale autour d’une succession de pages qu’Hanna Salzenstein ponctue de brefs commentaires. Ceux qui ont aimé « E il violoncello suonò », son tout premier disque sorti début 2024, en retrouvent l’atmosphère avec une brassée de pièces, courtes ou plus développées, qui mettent en valeur l’art du chant de l’instrumentiste et l’intelligence d’un phrasé toujours très narratif. Pur bijou que cette Sonate en sol mineur de Gasparo Garavaglia par exemple, qui enthousiasme par la vigueur, le mordant jamais brutal que l’interprète apporte à ses mouvements vifs, autant que par l’onirique poésie et les teintes délicates d’un Grave capable de rivaliser avec les plus belles inspirations mélodiques de Vivaldi, compositeur quant à lui représenté par sa Sonate RV 43 ou le Largo de la Sonate RV 46 – et non moins bien servi !
Un Français sous influence italienne
Musique entre amis a-t-on dit. Il faut sur ce point souligner l’entente et la complémentarité du jeu d’Hanna Salzenstein avec celui de son excellent collègue Arthur Cambreling, certaines pages donnant lieu à un intense dialogue entre les deux archets, comme dans l’Adagio de Corelli (tiré d’une sonate pour violon – sans doute un apocryphe, mais tellement séduisant) ou les Menuets nouveaux de l’oublié Jean-Baptiste Masse (vers 1750-1757). Car les Français n’ont pas été oubliés. Au précité, s’ajoutent Boismortier pour un fantomatique et prégnant Lentement (issu de la Sonate op.14 n°1) et Jean-Baptiste Barrière (1707-1747), avec la 2e Sonate à trois (Livre III) & la Sonate n°1 du même livre. La musique du compositeur bordelais, allie l’influence italienne à une profondeur harmonique très française et se trouve ici restituée de la plus chaleureuse et vivante façon.
Dall’Abaco l’énigmatique
Trois interventions solistes viennent opportunément ponctuer et aérer le programme : au clavecin avec un Adagio de Marcello et Les Tendres plaintes de Rameau sous les doigts poètes de Nora Darganzali, ou au violoncelle avec le 1er Caprice en ut mineur de Giuseppe Maria Dall’Abaco (1710-1805), morceau dont l’énigmatique dépouillement prend toute sa force sous l’archet d’Hanna Salzenstein. On se prend à rêver que quelque jour elle nous offre la série complète des onze Caprices ...
Le prochain "13 du 13" consistera en une rencontre aussi inattendue qu'excitante entre la viole de Lucile Boulanger et l'accordéon de Théo Oud. (1) Un vendredi 13 aussi ...
Alain Cochard

Paris, La Scala-Paris (Piccola Scala), 13 février 2026
(1) lascala-paris.fr/programmation/duo/
Photo © Manuel Braun
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