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La Querelle des Bouffons

La plus fameuse controverse du baroque !

1753, en France. Deux grandes personnalités s'affrontent : Jean-Jacques Rousseau (né en 1712), chantre de la musique lyrique italienne. Face à lui, Jean-Philippe Rameau (né en 1683), compositeur qui depuis Hippolyte et Aricie (1733) va de succès en succès et fait figure de héraut de l'opéra français.

Petit retour en arrière : en 1746, la troupe des Bouffons d'Eustachio Bambini a donné lors d'une tournée en France la Serva padrona de Pergolèse, sans grand succès. Mais, lors d'une seconde représentation en 1752, la réaction est très différente, et l'ouvrage provoque une vague d'engouement … et de vifs débats !

La Serva padrona est en effet un opéra buffa, genre italien comique et léger qui s'est imposé depuis quelque temps et coexiste avec des œuvres plus sérieuses. L'opéra français, malgré ses origines italiennes (Lully), a quant à lui développé une tradition propre, notamment à travers le genre noble et grandiose de la tragédie Tragédie Lyrique. Celle-ci, faut-il le préciser, se prête peu à la gaudriole, et beaucoup voient d'un mauvais œil les émules que font les pitreries italiennes.

La « Querelle des Bouffons » est le nom donné à une controverse qui durera plus de deux ans. De nombreuses personnalités publiques prendront position, au premier rang desquelles Rameau et Rousseau.

Le premier est présenté comme défenseur de la Tragédie Lyrique, son genre de prédilection, alors même qu'on lui reprochait depuis vingt ans de trop fortes influences italiennes. Rousseau, partisan des opéras italiens, est en partie motivé par son amertume envers Rameau dont les critiques ont fortement endommagé sa carrière musicale naissante (l’inoffensif Devin du village date de 1752). Rameau a pour sa part mal pris que les articles de L’Encyclopédie relatifs à la musique aient été confiés par Diderot à Rousseau ...

Si la « querelle » ne fut jamais vraiment tranchée, l'opéra-comique, inspiré par le buffa, parvint à se développer en France comme un genre à part entière. Malgré les nombreuses tentatives de censure, il connut sa propre évolution à travers les siècles.

Lucas Chaumard

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