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George Dandin de Molière & Lully à l’Opéra royal de Versailles – Le confondu déconfiné – compte rendu

Initialement programmé à Versailles en mars 2021, et annulé pour cause de confinement, ce George Dandin y arrive enfin en janvier 2022, mais n’a rien perdu pour attendre, puisqu’il est propulsé au rang de spectacle inaugural des commémorations des 400 ans de la naissance de Molière. C’est l’occasion d’applaudir l’une des premières collaborations des deux Baptiste, la musique composée par Lully pour cette comédie étant beaucoup moins connue que celle des grandes réussites ultérieures. De fait, on voit surtout coexister deux mondes qui n’ont pas encore trouvé leur point de jonction, les bergers galants des intermèdes se juxtaposant aux soucis conjugaux de Dandin sans que leur univers de convention leur offre un contrepoint vraiment convaincant.
 

© Marcel Hartmann

La réévaluation de George Dandin au XXe siècle est passée par des lectures accentuant tantôt le côté sombre de la pièce (Jean-Paul Roussillon à la Comédie-Française en 1970), tantôt son réalisme paysan (Roger Planchon en 1966 et en 1987). Pour sa mise en scène, Michel Fau se situe à l’opposé de cette double tendance : il ne se cache pas de vouloir faire rire, mais surtout, il opte pour un jeu stylisé accompagné d’une sorte de mise en musique du texte, presque chanté autant que parlé – c’est flagrant dès le premier monologue de Dandin, ou dans les exclamations délibérément surjouées d’Armel Cazedepats en Clitandre –, renouant ainsi avec un certain style de théâtre d’autrefois, loin de tout naturalisme. Les tessitures sont variées (face à la Claudine contralto de Nathalie Savary, Alka Balbir est une Angélique logiquement soprano, Anne-Guersande Ledoux en Madame de Sotenville s’autorisant des suraigus de Reine de la nuit) ; bien que généralement allants, les tempos varient, avec des moments où le débit s’accélère brusquement pour des effets comiques.

Le décor d’Emmanuel Charles nous éloigne lui aussi du vérisme, et renvoie en partie aux jardins de Versailles où fut créée la pièce en 1668, le principal élément étant l’étrange maison de Dandin, mi-arbre, mi-colonne, mi-châsse gothique, qui favorise un jeu très frontal, chaque personnage ayant sa place qu’il ne quitte guère durant la première moitié de la soirée. Les costumes de Christian Lacroix reprennent les formes du XVIIe siècle, non sans s’autoriser une certaine fantaisie, soit dans le goût épique (cuirasse et bras d’armure pour le Monsieur de Sotenville gâtifiant de Philippe Girard) ou « tragédie lyrique » (les bergers emplumés revus par Bérain), soit dans un style exceptionnellement réaliste pour les serviteurs, en particulier pour Lubin (Florent Hu, délicieusement ridicule), avec ses chausses médiévales qui font bouffer sa chemise comme une couche-culotte. Tous les comédiens s’intègrent parfaitement à cette esthétique, sans que Michel Fau tire la couverture à soi dans le rôle-titre.
 

Gaétan Jarry © François Berthier

Quant au versant musical, l’ensemble Marguerite Louise est présent en formation restreinte : une dizaine d’instrumentistes seulement, mais très sonores, au point que certains spectateurs se demandent s’ils ne sont pas sonorisés. A leur tête, Gaétan Jarry se montre soucieux de varier les atmosphères, en restituant aux danses leur caractère enjoué. L’équipe vocale est, elle aussi, réduite au nombre minimum de chanteurs : dans leur première intervention, en duo, les deux dessus paraissent manquer de volume sonore (mais Cécile Achille prend une belle revanche avec l’air « Ici l’ombre des ormeaux », au deuxième couplet très finement orné), contrairement aux voix masculines qui les rejoignent bientôt, la haute-contre François-Olivier Jean ayant la projection la plus nette ; contraint d’assumer le rôle du suivant de Bacchus en plus de celui du berger Philène, David Witczak doit alors s’installer dans une tessiture un peu grave pour lui. A la fin, quand le quatuor nous explique à peu près que « Bacchus, l’amour, sont deux dieux qui vont très bien ensemble », les acteurs joignent leurs voix aux chanteurs et forment un chœur tout à fait présentable, et Dandin trouve dans le vin une consolation à ses malheurs sur cette terre.

George Dandin n'a pas fini de faire des heureux : après Versailles, le spectacle entreprend une grande tournée, qui le mènera jusqu'en Belgique et en Suisse d'ici à la mi-juin.

Laurent Bury

(1) Rappelons que Gaétan Jarry et son ensemble Marguerite Louise ont enregistré la musique de George Dandin pour la collection "Château de Versailles".

Molière / Lully : George Dandin ou le mari confondu – Versailles, Opéra royal ;  prochaines représentations les 5, 6, 7 (20h) et 8 (19h) janvier 2022 // www.chateauversailles-spectacles.fr/programmation/moliere-lully-george-dandin_e2451

En tournée :

11 janvier 2022 - LE TANGRAM / EVREUX - LOUVIERS

14 et 15 janvier 2022 - PALAIS DES BEAUX - ARTS DE CHARLEROI / BELGIQUE

18 au 22 janvier 2022 - ATELIER THÉÂTRE JEAN VILAR LOUVAIN-LA-NEUVE / BELGIQUE

25 et 26 janvier 2022 - THÉÂTRE IMPÉRIAL DE COMPIÈGNE

28 et 29 janvier 2022 - OPÉRA DE MASSY

1er février 2022 - THÉÂTRE LE FORUM / FRÉJUS

4 février 2022 - THÉÂTRES EN DRACÉNIE / DRAGUIGNAN

10 février 2022 - THÉÂTRE OLYMPIA / ARCACHON

13 février 2022 - OPÉRA GRAND AVIGNON

17 février 2022 - THÉÂTRE DES SABLONS NEUILLY-SUR-SEINE

27 et 28 février 2022 - GRAND THÉÂTRE DE CALAIS

2 avril 2022 - THÉÂTRE DU COURNEAU / AGEN

5 avril 2022 - THÉÂTRE JEAN VILAR / SAINT-QUENTIN

12 et 13 avril 2022 - THÉÂTRE SAINT - LOUIS / PAU

16 avril 2022 - THÉÂTRE DES 2 RIVES / CHARENTON

21 et 22 avril 2022 - THÉÂTRE DE SURESNES JEAN VILAR

6 au 29 mai 2022 - ATHÉNÉE THÉÂTRE LOUIS JOUVET / PARIS

1er et 2 juin 2022 – SCÈNE NATIONALE DE CHAMBÉRY

9 juin 2022 - KONZERT THEATER BERN / SUISSE

14 au 17 juin 2022 - THÉÂTRE DE CAEN
 
Photo © Marcel Hartmann

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