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Concert de l’Académie de l’Opéra de Paris – L’anti-Brexit – Compte rendu

 
Baptisé « La Nuit et l’Amour » (la salle pleine montre que ce genre de titre racoleur fonctionne), le concert proposé par l’Académie de l’Opéra de Paris pourrait être plus sobrement résumé comme « Six décennies de création lyrique en France et en Grande-Bretagne ». Le morceau donné en guise d’ouverture a le double mérite d’introduire une compositrice dans un parcours exclusivement masculin par ailleurs, et une compositrice franco-britannique, puisqu’il s’agit d’Augusta Holmès, dont le très massenétien interlude de Ludus Pro Patria – entendrons-nous un jour le reste de cette œuvre ambitieuse ? – permet à l’Orchestre de l’Opéra national de Paris de se faire entendre à découvert, sous la direction attentive de l’également franco-britannique Stephanie Childress.
 

© Vincent Lappartient - OnP

Ce programme, qui ne sort du XXsiècle que pour « La Nuit et l’Amour », composé en 1888, et un extrait de L’Enfant prodigue, cantate qui valut à Debussy le Prix de Rome en 1884, présente une réelle difficulté pour tous ces jeunes chanteurs en majorité étrangers : dans ces partitions « modernes », les compétences purement techniques qu’on leur suppose acquises sont moins sollicitée que dans un répertoire plus ancien, et l’exécution de ces morceaux peut mettre à nu certaines carences, dans la maîtrise de la langue ou de l’expressivité. Ainsi, la Brésilienne Lorena Pires ne semble pas vraiment trouver un terrain favorable dans l’air de Lia donné en tout début de soirée. La scène de la Fontaine des aveugles révèle que la déclamation debussyste pose encore des problèmes à Clemens Alexander Frank, alors que Sofia Anisimova parvient à composer une Mélisande à la fois innocente et vénéneuse. Le baryton autrichien semblera bien plus à son aise en muletier de L’Heure espagnole ou en Demetrius du Songe d’une nuit d’été.

Les extraits de Dialogues des carmélites permettent d’entendre la pétillante Constance de Sima Ouahman et révèlent une Isobel Anthony très à son affaire en Blanche, alors que Bergsvein Toverud reste un Chevalier de la Force assez froid, mais le ténor américano-norvégien éclatera littéralement en fin de concert, Gonzalve lui permettant de manifester une nature comique insoupçonnée tout en déployant une grande voix dont le poète ridicule est rarement gratifié.

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Stéphanie Childress, Amandine Portelli & Clemens Frank © Vincent Lappartient - OnP

Dans Peter Grimes, Daria Akulova livre une exécution soignée de l’air « Embroidery in Childhood », après quoi le quatuor féminin de cet opéra, réponse de Britten au trio du Chevalier à la rose, est exécuté avec une autre Ellen Orford, Ana Oniani dont l’expressivité brillera après l’entracte dans l’une des interventions du Female Chorus de The Rape of Lucretia. Le quatuor de A Midsummer Night’s Dream voit revenir Isobel Anthony et donne au ténor américain Matthew Goodheart l’occasion de se faire entendre.

Ravel conclut la soirée avec l’air de la Princesse de L’Enfant et les sortilèges, interprété avec beaucoup de délicatesse par Neima Fischer, avant les dernières scènes de L’Heure espagnole, que la seule présence de la stupéfiante Amandine Portelli suffirait à justifier. Après avoir prononcé quelques répliques en Mère Marie, après avoir participé en Auntie et en Hermia au deux quatuors britténiens, la mezzo-soprano française campe une irrésistible Concepción, aux côtés de Luis-Felipe Sousa en Don Iñigo et Matthew Goodheart en Torquemada, entre autres. Comédienne superlative et dotée d’une voix comme on en entend trop peu souvent, Amandine Portelli est incontestablement le talent sur lequel on misera sans réserve pour l’avenir.

Laurent Bury

 

Palais Garnier, 20 janvier 2026

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