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Une interview d’Etienne Jardin, Directeur de la recherche et des publications du Palazzetto Bru Zane – " Rien n’est simple, tout doit être un peu redécouvert à chaque fois ; chaque fonds est spécifique."
Une interview d’Etienne Jardin, Directeur de la recherche et des publications du Palazzetto Bru Zane – " Rien n’est simple, tout doit être un peu redécouvert à chaque fois ; chaque fonds est spécifique."

Le 99e épisode des Archives du Siècle Romantique offre l’occasion de découvrir « Souvenir d’un compositeur » de Max d’Ollone (1875-1959), texte publié en 1948 dans la Revue des Deux Mondes.
Depuis 2025 un Fonds d’Ollone est en cours de constitution sur www.bruzanemediabase.com, qui totalise aujourd’hui quinze fonds. Une véritable mine pour les chercheurs, comme pour les simples mélomanes curieux d’aspects souvent très méconnus de la musique française de la période romantique. On en a profité pour interroger Etienne Jardin (photo), Directeur de la recherche et des publication du Palazzetto Bru Zane (1), au sujet de la démarche du PBZ en ce domaine. Et nombreux sont ceux qui se réjouiront d'apprendre que d'ici, un an, un an et demi, les archives des Editions Enoch, fortes entre autres de 4000 partitions, seront disponibles sur Bru Zane Médiabase. Un événement en perpective.
Avant d’aborder Max d’Ollone, pouvez-vous nous parler de façon plus générale de la politique du PBZ en matière fonds d’archives ?
C’est une chose qui s’est présentée assez vite dans l’histoire du Palazzetto Bru Zane : en redécouvrant des figures inconnues nous avons rapidement été en contact avec des descendants, des personnes qui avaient chez elles des partitions, des manuscrits, des correspondances, des photographies, etc. Il y avait donc un intérêt pour le PBZ d’avoir accès à ces documents pour travailler à la redécouverte d’œuvres qui n’avaient pas été jouées ou qui étaient complètement oubliées.
A partir de là, nous avons réfléchi à la manière de procéder parce que notre politique a toujours été de ne pas acheter des fonds d’archives dans la mesure où ne disposons pas d’infrastructure pour conserver ce genre de documents. La Bibliothèque nationale de France, les Archives nationales ou d’autres bibliothèques patrimoniales sont bien mieux équipées que nous – et puis ... de vieux papiers à Venise ...
Nous avons donc toujours indiqué aux descendants que nous rencontrions qu’il y avait un intérêt à numériser les archives en leur possession et à diffuser celles-ci en ligne. Parfois nous nous rendons chez eux, parfois ils nous prêtent leurs archives afin que nous les numérisions dans nos bureaux.
Nous nous retrouvons souvent avec des fonds patrimoniaux concernant une personnalité musicale. C’est le cas par exemple avec Mel Bonis, Gabriel Dupont ou Pierre Baillot : leurs archives offrent des contenus susceptibles d’intéresser des gens occupés non seulement par leur production musicale, mais aussi par d’autres sujets (les artistes avec lesquels ils ont correspondu, des dessins relatifs à la Première Guerre mondiale, la programmation des séances de musique de chambre au début du 19e siècle, etc.).
D’un point de vue très pratique, comment se déroule la phase de numérisation ?
Rien n’est simple, tout doit être un peu redécouvert à chaque fois ; chaque fonds est spécifique. On a parfois seulement des partitions imprimées. Dans ces cas-là, c’est assez simple, car ce sont des numérisations que nous pratiquons avec nos propres fonds. Mais dès que l’on entre dans le domaine du manuscrit, nous utilisons des appareils qui scannent en A3. Parfois on est hors format : il faut alors utiliser des appareils photo sur trépied.
En vérité, la partie la plus compliquée du travail vient ensuite et tient à la manière de conceptualiser la présentation des documents. Imaginons que nous ayons affaire à une série de 150 programmes de concert : les met-on tous ensemble, fait-on des groupes ou présente-t-on chaque programme individuellement. La réponse est à chaque fois différente et fonction de ce qui sera le plus pratique pour les chercheurs en quête d’un document précis.

Max d'Ollone (années 1920) © PBZ / Fonds d'Ollone
On dénombre actuellement 15 fonds sur la bruzanemediabase ...
En effet, parmi lesquels 5 sont encore en cours de mise en ligne. Nous avons un très gros dossier qui s’ouvre avec les éditions Enoch. D’ici un an, un an et demi, 4000 partitions seront en ligne, auxquelles s’ajouteront les archives de l’éditeur, les registres de gravure, certains manuscrits, la correspondance avec les compositeurs. On n’a évidemment pas toujours affaire à des fonds de taille aussi démentielle, c’est très variable. Certains peuvent se limiter à un petit nombre de documents (le Fonds Lafond, par exemple, consiste en 14 groupes de lettres de divers artistes au compositeur et organiste Théodore Salomé). J’ajoute que nous ne présentons pas que des fonds d’archives privées ; nous travaillons aussi avec des associations, comme celle du Vieux-Montmartre, ou des conservatoires, tels ceux de Caen ou de Rennes.
Venons-en maintenant au Fonds Max d’Ollone (1875-1959). Comment les choses se sont-elles passées dans ce cas précis ?
Le contact avec la famille d’Ollone a été établi il y a une quinzaine d’années, au moment où nous avons décidé de réaliser un livre-disque consacré à ce compositeur dans notre Collection Prix de Rome (un enregistrement réalisé en 2012 sous la direction d’Hervé Niquet). A cette époque nous étions en relation avec Patrice d’Ollone, qui a fait beaucoup pour la promotion de la musique de son grand-père. Aujourd’hui, c’est avec la génération suivante, représentée par Serge de Sampigny, que nous travaillons. Nous avons commencé la mise en place du fonds d’Ollone en 2025 ; il compte déjà 266 groupes de documents et, à terme, en totalisera environ 500.
Quel est l’intérêt de redécouvrir la musique de Max d’Ollone ?
Il est double : il s’agit à la fois de découvrir le compositeur et le penseur de la musique de son temps. Max d’Ollone appartient à la génération qui va complètement assumer et assimiler le discours de Wagner, alors qu’avant cette filiation était une sorte de non-dit dans la musique française, surtout après la défaite lors du conflit franco-prussien. Cet héritage est pleinement assumé chez d’Ollone, mais sans tourner le dos à Massenet, Gounod, Delibes, etc. Max d’Ollone s’inscrit donc dans une certaine tradition, et nous intéresse au Palazzetto Bru Zane car c’est une figure romantique qui rentre très largement dans le XXe siècle. Il est un contemporain exact de Ravel, mais c’est justement une sorte d’anti-Ravel dans la posture. Quelqu’un qui s’inscrit dans la tradition et qui ne cherche pas du tout à se placer en rupture ; il poursuit l’esthétique du XIXe siècle en essayant de faire évoluer le langage. C’est de la très belle musique.
Pratiquement toutes les mélodies sont désormais en ligne sur Bru Zane Mediabase. Max d’Ollone est un très bon mélodiste et c’est l’une des pistes qu’on peut privilégier pour commencer à explorer son œuvre.
Propos recueillis par Alain Cochard, le 27 février 2026


(1) Rappelons qu'Etienne Jardin est l'auteur d"« Exposer la musique, le festival du Trocadéro (Paris 1878) », aux éditions Horizons d’attente, une enquête particulièrement fouillée et instructive sur le volet musical de l'Exposition Universelle de 1878, qui vit l'inauguration de la Salle des concerts du Trocadéro : www.concertclassic.com/article/les-archives-du-siecle-romantique-65-linauguration-de-la-salle-des-concerts-du-trocadero-le
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