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Aci, Galatea et Polifemo de Haendel à Saint-Omer [Reprise à Hardelot/Midsummer Festival 20 juin] – Le crime de l’Arcadie-Express – Compte-rendu

Dans un train de luxe qui travers l’Europe, une élégante dame de la haute société voyage avec son amant, simple berger, mais est bientôt harcelée par un grossier personnage manifestement issu d’un tout autre monde. Lorsque le brutal jaloux tue son rival, la dame fait jouer ses relations en haut lieu pour que son bien-aimé défunt soit métamorphosé en cours d’eau.

© Caroline Fauqueur / La Barcarolle
La musique au cœur de l’action
Dans Aci, Galatea e Polifemo, la « sérénade » de jeunesse de Haendel (HWV 72), telle que la propose l’ensemble Le Stagioni, l’intrigue mythologique semble d’abord transposée dans l’univers d’Agatha Christie (la robe qu’arbore la sculpturale Galatée évoque clairement les années 1930) mais Acis est un berger de pure convention, portant culotte bouffante et escarpins, tandis que le cyclope qui n’en est ici pas un est plus difficile à situer, avec haut rouge et son grand manteau dépenaillé : de toute évidence, les costumes signés Aurélia Bonaque-Ferrat empruntent à plusieurs imaginaires. Le décor d’Andreas Linos évoque le wagon-restaurant du train cher à la reine du crime, avec néanmoins, côté jardin, une sorte de comptoir de bar derrière lequel prennent place les instrumentistes : en effet, le chef et claveciniste Paolo Zanzu a souhaité que la musique soit au cœur de l’action, bien visible du public. De son côté, la dramaturge, Caroline Mounier-Vehier, a respecté la métamorphose ovidienne en faisant en sorte qu’à la fin de l’œuvre, le plateau soit envahi par l’eau, ici représentée par un grand tissu bleu que Galatée déploie après l’avoir tiré du sol (tout comme la pierre sous laquelle Polyphème écrase Acis était remplacée par un tissu également chargé de se changer en sang de la victime). En l’absence de metteur en scène attitré, le spectacle a été élaboré par ses différents participants, et il ne fait aucun doute qu’il continuera à évoluer au gré des représentations, dans les différents lieux où sera donné.

© Caroline Fauqueur / La Barcarolle
De l’idylle à la résurrection finale
Musicalement, on commence tout en douceur, presque insensiblement, quand les instrumentistes déjà présents sur scène se mettent à jouer (Beatrice Scaldini, Patrick Oliva, Isabelle Lucas et Jérôme Huille aux violons, altos et violoncelle, le flûtiste et hautboïste Neven Lesage se faisant particulièrement remarquer lors de ses interventions en duo avec la voix pour plusieurs airs). Pas de contrastes excessivement soulignés dans la direction de Paolo Zanzu, mais une animation croissante qui suit la trajectoire de l’œuvre, de l’idylle initiale jusqu’au drame et à la résurrection finale.
Quand le cyclope fait vraiment peur
Quant aux trois voix réunies, la basse mexicaine Rafael Galaz, qui interprétait en 2024 un petit rôle dans la Passion selon saint Jean dirigée par Leonardo García-Alarcón et chorégraphiée par Sasha Waltz, s’approprie cette fois le rôle imposant de Polyphème, et révèle des graves abyssaux dans l’air « Fra l’ombre e gl’orrori » : par les seules ressources de sa voix, ce cyclope-là fait vraiment peur. Soliste du chœur Les Métaboles, la mezzo Laura Muller prête à Galatée une voix agile mais expressive, et confère une précieuse noblesse à la nymphe fille de Nérée, à la personnalité ici bien différente de ce que serait l’héroïne anglophone d’Acis and Galatea en 1731. Enfin, le rôle travesti d’Acis est tenu avec un aplomb remarquable par Lila Dufy, découverte en tragique Dircé de la Médée de Cherubini à l’Opéra-Comique, puis revue récemment en hilarante fée-marraine dans la Cendrillon de Pauline Viardot. Colorature, la soprano l’est sans doute, mais avec une richesse de timbre rare dans cette tessiture, qui lui permet d’aborder des personnages très divers (on la retrouvera prochainement en suivante d’Angélique dans Roland de Lully à Versailles).
Laurent Bury

Haendel : Aci, Galatea e Polifemo – Saint-Omer, La Barcarolle, 7 février ; reprise le 20 juin 2026 au Midsummer Festival (Château d’Hardelot).
Photo © Caroline Fauqueur / La Barcarolle
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