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Un bal masqué à l’Opéra Bastille – Luxe vocal – Compte rendu

 

 
C’était "la" représentation du Ballo in maschera à ne pas rater puisqu’elle réunissait Polenzani, Netrebko, Tézier et DeShong. Quelques têtes connues du monde culturel, médiatique et politique ne s’y étaient d’ailleurs pas trompé venant gonfler les rangs d’un parterre déjà saturé.
Le spectacle sec et raide conçu par Gilbert Deflo en 2007, dans une sombre scénographie passe-partout, fait toujours l’affaire, sans incidence majeure sur notre écoute. Matthew Polenzani, invité régulier de l’Opéra National depuis 2006, peut se targuer d’avoir brillamment réussi une carrière débutée à l’origine avec des rôles de ténors légers progressivement remplacés par des tessitures plus lourdes, qui lui permettent désormais d’aborder certains Verdi comme ce Ballo in maschera. Son Riccardo n’a pas la luminosité d’une voix proprement italienne alla Pavarotti, mais quel plaisir d’entendre la partition chantée sans effort, sans rupture, sans étranglement avec ce qu’il faut de muscle, de nuances et d’aigus rayonnants.

 

© Benjamin Girette - OnP
 
 
Voix profuse

Anna Netrebko (photo) est la première à profiter de la présence d’un tel musicien, dont l’instrument a conservé souplesse et richesse du cantabile, qui ne la provoque pas mais la pousse au contraire à chanter à armes égales, sans forcer. Amelia, grand rôle verdien s’il en est, arrive un peu tard dans la carrière bien remplie de la cantatrice. La tessiture très large la met parfois en difficulté et l’oblige à ouvrir dangereusement son registre de poitrine, ce qui déséquilibre la ligne de chant ; mais la technicienne parvient malgré tout à contourner ces écueils et à garantir son succès. Quelques respirations mal placées, quelques fausses notes et quelques gruppetti escamotés, que le public sanctionnerait chez d’autres, sont oubliées au profit d’une voix profuse couronnée encore par de longs aigus. Pour belle qu’elle soit, sa prestation est cependant inférieure à celle de Sondra Radvanovsky, inoubliable Amelia sur ce plateau en 2017.

 

Ludovic Tézier © Elie Ruderman
 
Un art de haute école
 
Elizabeth DeShong est l’une des rares mezzos actuelles à pouvoir interpréter aussi noblement et sans le moindre excès, le rôle court mais redoutable de la prophétesse Ulrica. Comme à la création en 2007 et à la première reprise en 2008, Ludovic Tézier qui succède au canadien Etienne Dupuis, retrouve le personnage du mari-meurtrier Renato, pour notre plus grand plaisir, un rôle dans lequel il continue d’exceller. Timbre ambré, contrôle de l’émission et legato de haute école sont une fois de plus mis au service d’une figure verdienne folle de jalousie, blessée de l’intérieur, qui retient sa violence sans pour autant savoir pardonner, à la différence de ce maître qu’il sacrifie.

 

© speranzascapucci.com

Une direction originale et inspirée

L’Oscar de Sara Blanch est charmant mais n’apporte rien au parcours de cette jeune et belle artiste, les conspirateurs de Christian Rodrigue Moungoungou (Samuel) et de Blake Denson (Tom) assumant pleinement leur charge. De ce drame de l’intime que rien ne peut arrêter, la cheffe italienne Speranza Scappucci donne une formidable lecture, ténébreuse, mais pleine d’allant, énigmatique mais vivante, parvenant dans un même geste à unir la beauté massive des chœurs (préparés par Alessandro Di Stefano), à chaque voix soliste dans des ensembles magistralement ordonnancés.

Rendez-vous dans les cinémas Pathé, dimanche 8 février, pour une retransmission en direct à 14h30.

François Lesueur
 

Verdi : Un ballo in maschera. Paris, Opéra Bastille, 5 février ; prochaines représentations les 8, 11, 14, 17, 20, 23 et 26 février 2026 // https://www.operadeparis.fr/saison-25-26/opera/un-bal-masque

Photo © Benjamin Girette - OnP

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