Journal
Le Malandain Ballet Biarritz au Théâtre des Champs Elysées [prochaines dates à Perpignan 1er , 2 & 4 oct. ; Béziers 5 nov., etc.] – Déferlante émotionnelle – Compte-rendu

« Choisir un nouveau cap d’espérance et là être ému d’avoir trouvé le coin de ciel qui nous manquait. Je suis ce navigateur, voyageur qui aime ouvrir aux autres ses carnets de route… la mer fait danser les marins ».
Cet aveu que lançait il y a 35 ans le jeune Malandain, dont la brillante carrière s’amorçait, on a envie de l’entendre à nouveau dans sa bouche d’académicien, lequel n’a décidément rien de convenu, mais boucle hélas une séquence magnifique, celle de sa présence charismatique au Ballet Biarritz, image de son style si particulier. Le glas de l’âge ayant sonné, bien qu’il n’ait pas altéré la force de son inspiration, son amour du beau geste signifiant, le voici, pour cette fin d’année, amené à quitter les siens, ces vingt-deux danseurs, nourris de sa pensée, et dont plusieurs vont amorcer eux aussi une autre vie, dansante ou non. Bébé, pour les danseuses, entrée dans une autre compagnie, ou repos mérité avant de trouver eux aussi un nouveau cap : assurément une troupe superbe, qui a montré dans le florilège de pièces présentées au théâtre des Champs-Elysées, grâce à l’engagement de Vony Sarfati, initiatrice de la série TranscenDanses, combien elle frappait par une identité, une classe que peu ont aujourd’hui en France. On pourra encore les revoir en France, pour quelques spectacles, notamment lors du Festival de danse de Cannes en novembre, puis ce sera l’adieu à Biarritz, avant de tourner la page.

© Olivier Houeix
Un émouvant florilège
Emotion donc à tous les niveaux, pour les danseurs, pour le public, pour l’équipe et évidemment le chorégraphe, qui offrait là un tiercé de ses plus belles inspirations, jaillies de musiques somptueuses, car on sait avec quel bonheur il s’y plonge. Vu et revu, son Oiseau de Feu s’est trouvé comme magnifié par cette circonstance un peu douloureuse : progression sobre, presque abstraite, vers un infini dépouillé des miasmes terrestres, files processionnaires ou rondes extatiques, avant que l’oiseau écarlate ne fasse renaître la vie. Hugo Layer y fut comme toujours troublant, mais la troupe dans son ensemble a fasciné par sa tension épurée. Stravinsky, décidément, aura résonné au plus fort des chorégraphies des XXe et XXIe siècles.

Bolero © Olivier Houeix
Contrastes
Avec le Bolero, qui montre des corps engourdis, se réveillant peu à peu et cherchant un axe à leurs mouvements, séquencés dans un cadre de parois transparentes, jouant sur l’emprisonnement ou la fuite au moment de l’explosion finale, c’est un Malandain plus brut que l’on a retrouvé, martelant le sol et se lançant dans une quête affolée de liberté. Un tour de force pour les danseurs. Puis le spectacle s’est comme resserré dans l’atmosphère poétique, fluide, du récent Minuit et demi ou le cœur Mystérieux (photo), mariant plusieurs pièces de Saint Saëns, dont la Danse macabre et des Mélodies persanes : pas de deux légers, ombres glissantes, chassés croisés ou étreintes poignantes, une rêverie qui créait des instants d’indicible beauté, et aussi d’enfoncement dans un vague à l’âme sans fin. griserie exaltée par les délicats costumes de Jorge Gallardo, l’ami de toujours, disparu récemment, et que le niveau trop élevé de la bande sonore n’a heureusement pas brisée, car l’œuvre sonne un peu comme un testament.

L'Oiseau de feu © Olivier Houeix
Une marque forte
Souvenirs prenants que laisse donc cette exceptionnelle compagnie, mais l’aventure ne s’arrête pas pour autant pour Malandain, qui, une fois passées les portes de la Gare du Midi à Biarritz, poussera celles du Palais Garnier, où José Martinez a la bonne idée de présenter ses Nocturnes, pièce de 2014, portée par Chopin : à l’image de sa mélancolie, mais que les danseurs de l’opéra sauront sûrement faire vibrer de leurs tracés parfaits.
Dans la proche actualité du Malandain Ballet Biarritz notez la reprises des Saisons à Perpignan (1er, 2 & 4 oct.) et Béziers (7 nov.), puis celle de Mozart à 2 – Minuit et demi ou le cœur Mystérieux à Béziers (5 nov.)
Jacqueline Thuilleux

TCE, le 22 septembre 2026 ; prochaine représentation le 25 septembre 2026 // www.theatrechampselysees.fr/saison-2026-27/danse/malandain-ballet-biarritz
Calendrier du Malandain Ballet Biarritz : malandainballet.com/calendrier/
Nocturnes, chorégraphie de Thierry Malandain au Palais Garnier, du 12 février au 7 mars 2027 // www.operadeparis.fr/saison-26-27/ballet/correspondances-nocturnes
Photo © Stéphane Bellocq
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