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Régis Campo au Festival international de Musique de Besançon – Une résidence heureuse

 

 
 
Depuis 2024, Régis Campo est artiste en résidence auprès du Festival international de musique de Besançon. Un période extrêmement enrichissante pour le compositeur, tant sur plan musical qu’humain. Son terme approche puisque le nom de celui ou celle qui lui succédera sera connu d’ici peu. Pour l’heure, la 79édition du festival bisontin approche, qui offrira du 11 au 21 septembre diverses occasions d’écouter la musique d’un créateur foncièrement libre. 

 
« Une véritable galaxie de possiblités »

 
Lorsque Jean-Michel Mathé, directeur du festival, a proposé à Régis Campo de devenir compositeur en résidence, il disposait de solides atouts pour obtenir une réponse positive de sa part. Le musicien ne pouvait qu’être sensible à l’écosystème dans lequel s’inscrit le festival. « Il y tout un univers autour de Besançon, rappelle R. Campo : des formations symphoniques telles que l’Orchestre Victor-Hugo, que dirige Jean-François Verdier, l’Orchestre de Stuttgart, L'Orchestre Symphonique Bienne Soleure et la Deutsche Philharmonie Saarbrücken Kaiserslautern, des ensembles de musique contemporaine comme Ars Nova et Les Apaches, sans oublier une formation de chambre telle que le Quatuor Zaïde et des solistes : Romain Leleu par exemple. Une véritable galaxie de possibilités. »
 

 

© Yves Petit

 
« J'avais un trac fou avec mon Delirium Scherzo, comme si je passais mon propre concours de composition ! »

 
 
L’une des importantes créations de votre résidence aura été la pièce destinée à la finale du 59e Concours de Besançon : Delirium Scherzo.(1) Comment les choses se sont-elles passées s’agissant de l’élaboration de cette partition ?
 
Je dois avouer que c’est une œuvre qui m’a mis énormément de pression ! J’avais de nombreuses contraintes à respecter, à commencer par l’effectif, celui d’un grand orchestre symphonique. Il fallait une composition d’un seul tenant, d’une virtuosité qui mette immédiatement à l'épreuve le métier et la technique des trois chefs finalistes. Afin que l’auditeur soit instantanément happé, j’ai ciselé l’architecture : des crescendos successifs, sans aucun retour en arrière et surtout sans ce moment de flottement au centre du morceau — ce « ventre mou » dont souffrent tant de pièces contemporaines. Pas de ventre mou, pas de tunnel mais une grande folie orchestrale purement ascensionnelle !

 

Satoshi Yoneda, Grand Prix du 59e Concours international de Besançon (2025) © Yves Petit

Et vous avez tenu parole !
 
Je voulais que Delirium Scherzo s’inscrive dans la même lignée que Dancefloor with Pulsing, mon concerto pour thérémine et orchestre créé en 2019. Cette dernière œuvre a d'ailleurs été reprise au festival l’an passé et s'apprête à traverser l'Atlantique pour être jouée dans l’État de New York ce mois-ci. À Besançon, j’étais un peu en concurrence avec moi-même. J'avais un trac fou avec mon Delirium Scherzo, comme si je passais mon propre concours de composition !
Ce que j’ai profondément apprécié, c’est la rencontre avec les trois finalistes. Nous nous sommes retrouvés tous les quatre autour d'une table pour analyser la partition, en oubliant presque le contexte de la compétition. C'était un vrai bonheur d'échanger avec ces jeunes interprètes. Je leur disais : « Je sais bien qu’il n’y aura qu’un seul Grand Prix, c’est la règle du jeu, mais le plus important est que vous preniez tous les trois du plaisir à diriger cette œuvre. C’est un cadeau que j’espère vous faire, mais que je souhaite aussi offrir au public. » 

 

Le Quatuor Zaïde © quatuorzaide.com

 
« J'ai adoré composer pour le Quatuor Zaïde : quatre musiciennes dynamiques, solaires et à mon écoute. »

 
 
Était-ce la première création de votre résidence ?
 
Oui, on peut le dire, même si des projets passionnants avaient déjà vu le jour avec les élèves du Conservatoire de Besançon. Quant à cette édition 2026 du festival, le Quatuor Zaïde y donnera les 12 et 13 septembre My Beautiful Time, mon 8e quatuor à cordes. C'est le fruit d’une co-commande du Festival de Besançon et du Festival du Périgord Noir dirigé par Jean-Luc Soulé, où la pièce a été créée en juillet dernier. J'ai adoré composer pour le Quatuor Zaïde : quatre musiciennes dynamiques, solaires et à mon écoute.
 
L’objectif d'une résidence est de proposer des nouveautés, mais aussi des reprises ou des réécritures. Romain Leleu a par exemple eu un tel coup de foudre pour Pagamania ! — écrite à l'origine pour accordéon — qu'il m'a demandé une adaptation pour trompette et cordes. Pour son sextuor, j’ai également réarrangé The Eccentric Concerto pour le programme « Nuit Fantastique » du 19 septembre. C'était un formidable défi : répondre à son envie de disposer de pièces qu’il puisse reprendre dans le cadre de concerts non pas spécialisés en musique contemporaine, mais largement ouverts à tous les répertoires. 
Je suis très lié à deux compositeurs, Gabriel Yared et Vladimir Cosma. Nous nous aimons beaucoup et nous nous voyons souvent. Je constate qu’eux-mêmes réadaptent constamment leurs partitions pour le concert, pour en faire des pièces au format assez court. Mais le processus peut parfois s’inverser ! Vladimir avait écrit un concerto pour violon très court, de 8 ou 9 minutes, pour le film La Septième Cible (1984) de Claude Pinoteau, avec Lino Ventura. Il en ensuite tiré une version de concert pour finalement aboutir à un véritable concerto d’une demi-heure.

 
« J’aime profondément quand la musique circule, quand les choses ne sont pas figées dans le marbre. »
 
 
Auriez-vous, vous aussi, des projets d’extension de certaines pièces ?
 
Oui, tout à fait, à commencer par le quatuor à cordes que je mentionnais à l'instant. Benjamin Lévy, qui vient de prendre la direction de l’Orchestre du Pays Basque, m’a fait part de son envie de le programmer en version orchestrale. Je vais certainement en faire l’adaptation. J’aime profondément quand la musique circule, quand les choses ne sont pas figées dans le marbre. C’est exactement le parcours de Pagamania !, qui s'est métamorphosé au fil de quatre disques et quatre versions différentes : d'abord enregistrée pour accordéon par Théo Ould, puis gravée dans sa version pour violon par Fanny Stefanelli, avant de donner lieu à une version pour clavecin et électronique par Luca Quintavalle, et enfin à une version pour piano et toy piano par Yoko Yamada en vue d'un futur disque autour de ma musique. Cette toute nouvelle déclinaison pour trompette et cordes avec Romain Leleu s'inscrit magnifiquement dans cette lignée.

 

© FIMB

 
« Je reste un provincial dans l'âme et je me sens immédiatement chez moi dans une ville à taille humaine comme Besançon. »

 
 
Vous avez auparavant évoqué des œuvres que vous avez écrites, ou réécrites/adaptées, durant votre résidence à Besançon. Pourriez-vous me parler de la manière dont les choses se sont passées sur le terrain, des rencontres que vous avez faites, etc. ?
 
J’ai séjourné très souvent à Besançon au cours des deux années passées. Le directeur du festival, Jean-Michel Mathé, et toute son équipe se sont révélés des guides irremplaçables. J’ai adoré flâner dans la ville. Le festival y est extrêmement populaire : beaucoup de spectateurs m’abordaient spontanément pour me parler de la pièce du concours ou d’autres partitions. C’était d'une immense convivialité. Étant originaire de Marseille, même si je vis à Paris, je reste un provincial dans l'âme et je me sens immédiatement chez moi dans une ville à taille humaine comme Besançon.
J'ai d'ailleurs une petite anecdote à ce sujet : je suis entré un jour chez un bouquiniste et je suis tombé sur l'ouvrage consacré à Messiaen dans la collection « Musiciens de tous les temps » chez Seghers. Je l'ai acheté et, en l’ouvrant chez moi, j'ai découvert qu’il portait une dédicace manuscrite... d’Olivier Messiaen lui-même ! Je me suis dit que même à Besançon, ce compositeur continuait de me courir après. Je pense souvent à lui, à son côté si... « oiseau ».
 
(Note de la rédaction : À l’Académie des Beaux-Arts, Régis Campo siège depuis 2017 au fauteuil 7 de la section de composition musicale, précédemment occupé par Olivier Messiaen, Marius Constant et Charles Chaynes.)

 

© FIMB

 

« Il est fascinant d’observer la jeunesse pour comprendre comment elle perçoit le monde et comment ses oreilles fonctionnent. »

 
Travailler avec le Conservatoire de Besançon a été un bonheur : son directeur et ses professeurs se sont montrés très ouverts. Plusieurs de mes œuvres y ont ainsi fait l'objet d'adaptations. Mes pièces pour jeunes pianistes, Galaxies, ont notamment été arrangées pour diverses configurations inédites. Ce furent autant d'occasions de collaborer avec de tout petits enfants ou des adolescents au début de leur parcours. C'est une expérience unique : j’adore l’enseignement ! J’anime d'ailleurs depuis plus de vingt ans une classe de composition au mythique Conservatoire de Marseille, un établissement qui fait preuve d'un dynamisme et d'une originalité incroyable. Il est fascinant d’observer la jeunesse pour comprendre comment elle perçoit le monde et comment ses oreilles fonctionnent. Je leur fais écouter mes toutes dernières compositions et j’observe leurs réactions. Ils font preuve d’une habileté et d’une débrouillardise étonnantes. De plus, ils ont aujourd'hui accès à tant de choses grâce à Internet et aux réseaux sociaux, des outils qui n’existaient pas quand nous avions quinze ans !

 

© Yves Petit

 
« Avec FootboxG, je sais que je vais côtoyer un incroyable électron libre ; sa partie soliste lui laissera d'ailleurs un magnifique espace de liberté. »

 
 
 
Quels sont vos projets dans un futur proche ?
 
Après la création, en septembre à Bozar, de la nouvelle version de Neanderthal Time par la fantastique harpiste Anaïs Gaudemard, je termine actuellement une œuvre pour le prochain Festival Ars Musica de Bruxelles. Ce projet fou m’a été soufflé par son directeur artistique, Patrick Leterme : un beatbox concerto qui associera un orchestre à cordes — le Listening Orchestra — et le beatboxer belge FootboxG, célèbre dans le monde entier. C’est un rendez-vous crucial pour moi, car il va attirer un très large public et provoquer une vraie rencontre avec la création d'aujourd’hui. Avec FootboxG, je sais que je vais côtoyer un incroyable électron libre ; sa partie soliste lui laissera d'ailleurs un magnifique espace de liberté.

 
« J’adore les Belges — tout comme les Québécois d'ailleurs ! — car ils font preuve d'une générosité et d'une inventivité folles. »

 
Quand la création interviendra-t-elle ? 
 
Le Beatbox Concerto sera d’abord donné le 30 novembre à Liège, puis le 2 décembre dans un lieu atypique : le Botanique, à Bruxelles, une scène rock, pop et hip-hop. C'est une excellente chose que la musique contemporaine s'invite ainsi dans des espaces inattendus du quotidien, là où tous les publics se croisent. Et puis, j’adore les Belges — tout comme les Québécois d'ailleurs ! — car ils font preuve d'une générosité et d'une inventivité folles. Ils viennent spontanément à notre rencontre et bousculent les codes.

 
Propos recueillis par Alain Cochard, le 28 août 2026

 

 
(1) www.concertclassic.com/article/59e-concours-international-de-jeunes-chefs-dorchestre-de-besancon-lasie-en-force-compte
 
79e Festival international de musique de Besançon, sur 11 au 26 septembre 2026
Programmation détaillée : festival-besancon.com/

 

 
Photo © Yves Petit

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