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Christophe Dumaux & Maximiliano Danta en récital au Festival Bayreuth Baroque 2026 – La revanche des latins – Compte rendu

 
 

Longtemps, trop longtemps, nos modernes contre-ténors furent exclusivement anglais ou américains, tout comme leurs modèles les castrats avaient été italiens, ou plutôt napolitains. Cependant, pour évoquer les fastes des chanteurs-vedettes du XVIIIe siècle, pouvait-on vraiment compter sur des artistes anglo-saxons, dont les qualités réelles ne se prêtaient pas toujours idéalement à l’exubérance des Farinelli, Senesino et consorts ? Il est donc heureux que, peu à peu, d’autres écoles de chant aient enfin produit des contre-ténors aptes à contester la domination des anglophones.
En cette deuxième journée du festival Bayreuth Baroque (que dirige le contre-ténor Max Emanuel Cencic), deux concerts étaient proposés, qui mettaient justement à l’honneur ce type de voix, mais très loin du domaine britannique ou étasunien. Deux récitals permettant à deux artistes « latins » de faire briller toutes les facettes de leurs talents, par-delà les différences qui les séparent. Hasard de la programmation, ces deux programmes avaient un air en commun, « Venti, turbini, prestate », par lequel Rinaldo, dans l’opéra éponyme, implore l’aide des vents pour aller secourir Almirena qui vient de lui être enlevée.

 

 

Claire Gautrot (viole), Gerd Amelung (clavecin) & Maximiliano Danta © Clemens Manser 

Une voix pleine d’énergie ... et d’avenir ! 

A 14h, dans le cadre un peu réverbérant de la Schlosskirche, l’occasion était proposée de découvrir un jeune contre-ténor uruguayen, Maximiliano Danta (photo), qui ne devrait pas tarder à faire parler de lui (il sera Néron dans le Couronnement de Poppée prévu à Toulouse en fin de saison (1) ). Le timbre est splendide, la virtuosité ébouriffante, et l’interprète sait, dès les premiers mots qu’il prononce, conférer à son chant toute la théâtralité que l’on peut souhaiter, dans un programme ambitieux qui balaie un peu plus d’un siècle d’histoire de l’opéra et qui promène l’auditeur de Venise à Londres en passant par Munich et Rome. Aux incontournables Haendel (un extrait de cantate et l’air susmentionné) et Vivaldi (un air tiré d’Il Giustino) s’ajoutent Cavalli (L’Ormindo) et les plus rares Steffani (un extrait de Niobe) et le déjà très classique Carl Friedrich Abel, avec une de ses compositions destinées à la voix, un air conçu pour le pasticcio Sifare (1767).

 

Gerd Amelung & Claudia Mende © Clemens Manser
 

Lui-même gambiste, Abel a surtout écrit pour cet instrument, un exemple de sa production étant proposé avec une fort belle sonate en trio réunissant les trois membres de l’ensemble I Porporini qui soutiennent le chanteur et qui interviennent après chaque air pour une non moins brillante pause instrumentale : la violoniste Claudia Mende, notre compatriote la gambiste Claire Gautrot, et le claveciniste Gerd Amelung qui dirige cette formation harmonieusement soudée. Chaleureusement applaudis, les artistes concèdent un bis : le célèbre « Nel profondo » d’Orlando furioso, que Maximilian Danta aborde avec une énergie et une faconde qui laissent pantois, sans oublier un humour savoureux lorsqu’il joue de ses notes les plus graves, non pas barytonales comme chez la majorité des contre-ténors, mais bien plutôt dignes d’une voix de contralto.

 

Christophe Dumaux © Clemens Manser

Une prodigieuse mise en relief des mots 
 
A 19h30, à l’Opéra des Margraves, auquel fait face la Schlosskirche, c’est un artiste confirmé, ayant une carrière déjà bien remplie, qui propose un récital axé uniquement sur Haendel, autour du thème la nature, non sans quelques très pardonnables entorses (les « gouttes amères » de Tolomeo ne sont pas de pluie mais de poison, et « Fammi combattere » n’a guère du (sur-)naturel que les monstres dont Orlando se voit déjà vainqueur).

 

Christophe Dumaux & Les Accents © Clemens Manser

Avec Les Accents réduits à une dizaine d’instrumentistes, dirigés du violon par Thibault Noally (qui se déchaîne en soliste dans la seule infidélité à Haendel, un Adagio et fugue de Hasse), c’est à Christophe Dumaux qu’il revient d’enchaîner ces arie di paragone où les émois du personnage sont comparés à une mer déchaînée, où l’on imite le gazouillis des oiseaux, et où l’on chante la beauté des paysages touchés ou non par l’homme.

 
 
Thibault Noally © Clemens Manser

La contribution de Christophe Dumaux à ce répertoire n’est pas du même ordre que celle de Maximiliano Danta : même s’il maîtrise bien sûr la virtuosité indispensable, même s’il est lui aussi capables de superbes nuances, avec une enviable réserve de souffle, ce que le contre-ténor français apporte, c’est une maîtrise inégalée de la rhétorique, une intelligence du texte qui fait oublier les couleurs un peu nasales d’un timbre qui ne s’impose pas par une séduction immédiate mais par une prodigieuse mise en relief des mots : le « Con rauco mormorio » de Rodelinda est un des sommets de la soirée, ainsi que « Aure, deh, per pietà », sans oublier une admirable fausse mort de Tolomeo.
Deux bis seront offerts à l’issue du concert : « A dispetto d’un volto ingrato », de Tamerlano, et « Se in fiorito ameno prato » dont la référence aux chants d’oiseau s’inscrit parfaitement dans la thématique de la soirée, et dont le solo de violon permet à Thibault Noally de faire assaut de virtuosité avec le contre-ténor.

Laurent Bury
 

(1) Du 19 au 26 mai 2027 : opera.toulouse.fr/le-couronnement-de-poppee-5342051/

Bayreuth, Schlosskirche (14h) & (19h30), 5 septembre 2026
 
Photo © Clemens Manser

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