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Santtu-Matias Rouvali et l’Orchestre Royal du Concertgebouw au « Prem’s » de la Philharmonie – Atteindre sa cible ou pas (du tout) – Compte-rendu

 

 
La grande salle de la Philharmonie de Paris est pleine comme un œuf pour ce concert des Prem's : des places à tarif peu ou prou identique à celui d’un ticket de cinéma (15 €), une prestigieuse phalange du vieux continent, cela ne se refuse pas, d’autant que l’Orchestre du Concertgebouw est pour l’occasion conduit par l’un des plus admirables chefs de sa génération : Santtu-Matias Rouvali (photo). D’allure toujours aussi juvénile sous sa tignasse bouclée, le maestro finlandais a franchi le cap de la quarantaine l’an dernier. Parallèlement aux liens qu’il a noués avec le Philharmonia de Londres (chef principal) et l’Orchestre philharmonique de Tampere (directeur artistique), et après avoir été de 2017 à 2025 chef principal du Symphonique de Göteborg, avec lequel il a enregistré une splendide intégrale des symphonies de Sibelius, il mène une très active carrière internationale. La brève tournée européenne de trois dates qu’il a entreprise avec la formation néerlandaise et qui s’achevait à Paris, en offre une illustration.

 

© Clément Savel / Cheeese

 
Au cœur du texte musical
 

Plutôt que Sibelius, Rouvali a choisi Prokofiev et sa Symphonie n° 5 (1944), partition admirable qu’on ne peut accuser d’encombrer les programmes. Quel bonheur de retrouver une gestuelle d’une élégance et d’une fluidité parfaite, toujours aussi efficace par son alliance de précision et de suggestivité. On peut certes imaginer des conceptions plus spectaculaires – plus « Prix Staline » pourrait-on dire – de l’Opus 100 mais le chef n’a aucun penchant pour l’effet facile et, comme on en a l’habitude avec lui, manifeste une attention particulière envers les parties intermédiaires. Pas un pupitre n’échappe à sa vigilance ; son contrôle total de la masse orchestrale lui permet de faire vivre chaque élément du tissu musical. Il y a un pilote à bord ! L’oreille est en permanence captivée par la vie intérieure, le foisonnement de la partition. Et avec des vents d’une telle beauté, des cordes d’une homogénéité et d’une richesse proverbiales, les timbres sont à la fête sous une telle baguette. Les deux épisodes extrêmes possèdent la tension et l’énergie victorieuse requises ; le scherzo de révèle impeccablement tenu avec un trio qui permet l’harmonie de donner le meilleur d’elle même, tandis que l’Adagio exhale une poésie et une variété de sentiments particulièrement prenantes. Une vraie option interprétative, assumée avec une parfaite cohérence : Rouvali atteint sa cible dans le mille. 

 

© Clément Savel / Cheeese

 
Un «Empereur » égocentré et sans panache
 
On n’en dira pas autant du Concerto n°5 de Beethoven que nous a infligé Víkingur Ólafsson en première partie de soirée. De bout en bout, le pianiste islandais demeure à côté de ce qui fait la force du premier grand concerto symphonique de la littérature de piano. Sans doute se tourne-t-il vers l’orchestre lors des passages purement orchestraux, mais de dialogue avec lui (le Concertgebouw pourtant...), il n’en noue aucun. Quel gâchis !
Vision désespérante d’égocentrisme, sans enjeu ni panache, sonorité pauvre et monochrome, peu projetée et s’indurant par conséquent dans le forte. Ni feu ni poésie. L’Adagio central respire « petit », prend la pose et chipote. Quant à la fin du mouvement, ces instants sublimes d’attente sous la longue tenue des cors avant l’attacca il Rondo, leur degré de platitude relève, il faut en convenir, d’une forme de performance. Tout comme, dans les dernières mesures du finale, la manière dont Ólfasson ignore totalement un merveilleux timbalier (Bart Jansen) pourtant très attentif. Attention qui aura aussi distingué un chef veillant à ne pas couvrir un jeu dont la réputation s’est d’abord construite en studio, et qui – ce 3 septembre en tout cas – a mal, très mal, résisté à l’épreuve du concert dans une grande salle.
 
Mais lorsque résonne en bis, après l’Opus 100 de Prokofiev, la Valse triste de Sibelius, vénéneuse et terrible sous la baguette puissamment narrative de Rouvali, « L’Empereur » est déjà bien oublié et l’on sait pourquoi, et pour qui, l’on a eu raison de venir.  

 
Alain Cochard
 

Paris, Philharmonie, 3 septembre 2026

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