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​ Le Château de Barbe-Bleue en version de concert au Festival d’Aix-en-Provence – Accord parfait – Compte-rendu

 
 

« Mes yeux sont grand ouverts. Quand je les fermerai, alors j’applaudirai… » : la voix du récitant, en l’occurrence un enregistrement de celle de József Gyabronka, clôt ainsi le Prologue. Le conte débute. Le plateau du Grand Théâtre de Provence ressemble à une coquille emplie de pupitres. Plus de 100 musiciens sont requis : effectif monumental que celui rassemblé pour une version de concert du chef-d’œuvre lyrique de Bartók. La salle aussi est archi-pleine, tendue vers cette scène où pénètrent Barbe-Bleue, Gérard Finley, et Judith, Irene Roberts précédant Klaus Mäkelä qui, cette année, enchaîne les ovations, avant et après ses prestations (1) …

 

© Vincent Beaume

 
Une direction puissante et ciselée

 
En l’absence de mise en scène, le chef finlandais en profite pour mettre la main sur la partition et lui procurer une réelle dimension expressionniste. À la tête de l’Orchestre de Paris, il use, sans abuser, du matériau musical imaginé par le compositeur hongrois ; il détaille et sculpte chaque mesure, transformant les notes en espaces oniriques. Plus qu’une interprétation, une création, comme si Mäkelä bâtissait le château et ses portes, ouvertes l’une après l’autre par Judith, avec le sang comme un fil rouge. La direction est puissante et ciselée, avec les respirations bienvenues, et les tutti monumentaux qui, adossés aux interventions de l’orgue, transportent loin, très loin.

 

© Vincent Beaume

Roberts-Finley, couple idéal

Dégagés de toute contrainte scénographique, les deux chanteurs n’avaient qu’une seule préoccupation : accorder leurs voix au maelström musical poussant derrière eux. Irene Roberts, la mezzo-soprano américaine, prenait le rôle de Judith à cette occasion et le sourire qui irradiait son visage à l’issue du concert en disait long sur sa satisfaction… Et sur la nôtre, nous qui venions d’apprécier ses qualités, précision, rectitude, puissance et projection idéale avec un sens du détail, une volonté affirmée d’aller jusqu’au bout de son histoire d’amour et rejoindre les autres épouses de Barbe-Bleue. Sa voix est à l’image du personnage, engagée et mature, lumineuse avec la beauté et l’aisance de ses quarante printemps.
35 ans après – il s’était produit en 1991 et 1992 dans Le Songe d’une nuit d’été de Britten mis en scène par Robert Carsen – Gérard Finley retrouvait le Festival d’Aix-en-Provence. Le baryton-basse né à Montréal en 1960, offre un Barbe-Bleue attentionné et empli d’humanité qui, à chacune de ses interventions, questionne Judith sur sa volonté de poursuivre le chemin à ses côtés. La voix est ample, noble, totalement maîtrisée.
Couple idéal que celui qu’il forme avec Irène Roberts : on se dit qu’il vaut mieux, parfois et pour certaines œuvres, une version de concert permettant de jouir de la partition sans qu’une balançoire ou une dague sanglante ne vienne perturber l’audition. En une heure, tout était dit et chanté : c’était le moment des rappels ininterrompus auxquels Mäkelä a mis fin en demandant à Sarah Nemtanu, violon solo de l’orchestre, de donner le signal des accolades entre musiciens.
Ne manquez pas la diffusion en différé de ce temps fort du 78e Festival, le 20 juillet (20h) sur France Musique !

Michel Egéa

 

 (1) Klaus Mäkelä dirige La Femme sans ombre de Richard Strauss, dans la remarquable production de Barrie Kosky jusqu'à 15 juillet au Grand Théâtre de Provence : www.concertclassic.com/article/die-frau-ohne-schatten-selon-barrie-kosky-au-festival-daix-en-provence-2026-jusquau-15
 

Bartók : Le Château de Barbe-Bleue (version de concert) –  78e Festival d’Aix-en-Provence, Gand Théâtre de Provence, 11 juillet 2026. Diffusion le 20 juillet (20 h.) sur France Musique

© Vincent Beaume

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