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Une interview de Bilal Alnemr, violoniste directeur musical du Festival de Vauvenargues [17-22 juillet] – « Les chemins de l’exil sont comme le kintsugi »

Depuis 2022, Vauvenargues, village situé à une dizaine de kilomètres d’Aix-en-Provence, accueille un Festival de musique dirigé par Bilal Alnemr (photo), violoniste franco-syrien arrivé en Provence à l’adolescence et qui mène aujourd’hui une carrière internationale. On a pu le découvrir l’année dernière au cœur d’un reportage d’Envoyé Spécial « Un violon contre la guerre » qui lui était consacré. Il a répondu à Concertclassic à l’approche d’une 4e édition qui se déroulera du 17 au 22 juillet.
Comment décririez-vous le Festival de Vauvenarges ?
C’est un festival à taille humaine où l'on se sent totalement en partage avec les villageois et avec notre public, qui ne vient pas ici pour se montrer mais juste pour les rencontres. Nous sommes très heureux d’en être à la quatrième année consécutive et de pouvoir poursuivre notre chemin. Cette année nous sommes sur les mêmes bases que les fois précédentes mais, bien entendu, avec une nouvelle programmation, de nouveaux artistes réunis au pied de la montagne Sainte-Victoire.

Bilal Alnemr & Jorge Buajasan au Festival 2024 © Caroline Doutre
Votre préoccupation est de programmer de jeunes talents et de faire découvrir des œuvres. Parlez-nous du premier concert du festival, qui rassemble des pages de Mozart, Brahms, Bartók et... Solhi Al-Wadi.
Nous mettons tout en œuvre pour donner l’occasion à de jeunes musiciens de se produire en public, chose qu’ils n’ont pas l’occasion de faire régulièrement. Pour le premier concert je vais jouer avec des amis de la Barenboim Said Akademie, Elad et Itai Navon, clarinettiste et pianiste israéliens et nous donnerons entre autres la Sonate en la de Solhi Al-Wadi (1934-2007), fondateur de la musique classique en Syrie, compositeur irakien opposé à Hussein et qui s’était installé en Syrie au siècle dernier. Il a fait ses études à la Royal Academy of Music de Londres, a rencontré Daniel Barenboim et était un activiste pour la paix, fondateur de l’Orchestre symphonique national de Syrie.

Le compositeur Solhi Al-Wadi en 1979 © wikipedia.org
Vous connaissez bien cette sonate …
Oui, j’ai eu la chance de la présenter à Daniel Barenboim et de la jouer avec lui à Berlin. Et je suis très heureux de pouvoir la donner à Vauvenargues avec mes amis car ce n’est pas évident, pour un Israélien, de jouer une œuvre composée par un arabe. Mais si nous jouons ensemble c’est parce que nous sommes animés des mêmes sentiments de paix ainsi que de respect et d’intérêt pour la création musicale. Je suis un disciple de Daniel Barenboim, je suis ses traces et même si aujourd’hui il est fatigué, je suis très heureux de partir avec lui en tournée au début du mois d’août. C’est pour moi une grande chance de l’avoir rencontré et d’avoir étudié à ses côtés.

Au Festival 2025 © Caroline Doutre
Les Cordes de Chams, à l'affiche de la deuxième soirée, réunissent de jeunes musiciens exilés dans des ouvrages de Mozart et Mendelssohn. Pourquoi avoir créé un tel ensemble ?
Les Cordes de Chams rassemblent de jeunes musiciens d’origine méditerranéenne, aujourd’hui exilés. Je ne dis pas immigrés, mais exilés ; avec tous les problèmes et toutes les contraintes que cela implique. Problème culturel, tout d’abord. Nous sommes arrivés avec notre éducation musicale orientale pour découvrir, travailler et nous accomplir en jouant la musique classique occidentale. Pour nombre d’entre nous, c’était à l’adolescence, voire après, et nous nous retrouvions avec des camarades qui pratiquaient depuis leur enfance. Et puis – je ne vais pas rentrer dans les détails – les contraintes administratives sont usantes et le temps perdu de bureau en bureau ce sont autant d’heures de pratique musicale sacrifiées. Nous avons créé Les Cordes de Chams, chams voulant dire le soleil, pour nous entraider, nous rencontrer et jouer ensemble. Les difficultés du chemin de l’exil me font penser au kintsugi, cet art japonais de recomposer les céramiques cassées avec de l’or. Plus elles se cassent, plus elles gagnent en valeur. Les fractures vécues par l’exilé sont une richesse; pour moi, l’or, ce sont les personnes qui m’ont aidé à venir étudier en France, c’est Daniel Barenboim, ce sont toutes les rencontres, mes professeurs, mes amis, qui font mon enrichissement et me permettent d’avoir encore des rêves d’excellence.
Quid des deux autres concerts des 21 et 22 juillet ?
Nous avons la chance d’accueillir l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée, dirigé par Sora Elisabeth Lee (dans Kodály, Dohnányi et Moussorgski), en partenariat avec le Festival d’Aix et à l’invitation de la mairie de Vauvenargues avec le soutien du Festival de Vauvenargues « Ugarit en Provence ». Puis Eric le Sage conclura avec un récital (Debussy, Fauré, Field, Schumann, Gershwin) au Musée Granet, dans le cadre de l’exposition des photographies de Paul McCartney « Eyes of the Storm ».
Qu’est-ce qui vous motive aujourd’hui ?
Partage et échanges sont des priorités pour moi. Certes il y a la pratique qui est essentielle, mais le festival de Vauvenargues, c’est aussi des masterclasses avec des élèves du conservatoire d’Aix-en-Provence et de merveilleux moments avec les enfants du territoire aixois (le 19/07) Il est impératif d’ouvrir les portes, de faire découvrir les instruments de musique, de répondre aux questions. La musique fait partie de notre vie, elle est un outil de rencontres, un ferment de paix. Et par les temps qui courent, il ne faut pas l’oublier.
Propos recueillis par Michel Egéa le 1er juillet 2026

4e Festival de Vauvenargues
Du 17 au 22 juillet 2026
Programme détaillé :
festivaldevauvenargues.fr/programs/program
© Caroline Doutre
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