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Les 40 ans des Ballets de Monte-Carlo – Haut les pointes – Compte-rendu

Ils étaient venus, ils étaient tous là, et ce ne fut pas le moindre choc, lorsque Jean Christophe Maillot demanda aux anciens de la Compagnie des Ballets de Monte-Carlo, de se lever, de voir une vraie houle secouer l’immense parterre du Grimaldi Forum : innombrables, ces danseurs qui avaient vécu là une période intense de leurs vies et qui n’avaient voulu à aucun prix manquer cette soirée unique. Car la compagnie fêtait sa belle quarantaine, sous l’impulsion de son âme directrice, Maillot, déployant l’énergie contagieuse qu’on lui connaît, ce soir-là exaltée par l’accumulation de souvenirs et de grands moments à évoquer. On connaît son talent de chorégraphe, majeur, on admire aussi le meneur qu’il peut être, sachant ici marier la reconnaissance autant que l’amitié qui le lie à la fondatrice de la compagnie, la princesse Caroline, le sens des mots, la générosité, le respect et un tact incomparable pour dire à chacun ce qu’il lui doit.

Casse-Noisette Compagnie (J.-C. Maillot) © Alice Blangero
Une belle histoire
Au premier rang, puisque la soirée lui était dédiée, Caroline de Hanovre recevait donc l’hommage dû à son obstination à faire de la compagnie, qu’elle créa il y a quarante ans, un vecteur artistique de premier plan, et à la confiance sans faille qu’elle a témoignée à Maillot, le soutenant, le conseillant parfois, le suivant passionnément dans toutes ses trajectoires chorégraphiques. L’histoire d’une fusion amicale, profonde, entre ces deux personnalités, dont l’une semblait liée à une vie de mondanités et de lustre, et l’autre à un travail acharné, plein de sueur et de risques. Le résultat, admirable, fait que la compagnie monégasque peut aujourd’hui rivaliser avec les plus belles du monde, telles un Kirov ou un New York City Ballet, et qu’elle bénéficie d’une impulsion créatrice marquée par la variété d’un style qui sait se multiplier tout en restant reconnaissable. Une compagnie presque égale au somptueux Ballet de Hambourg, dont le maître pendant si longtemps, John Neumeier, premier inspirateur de Maillot, trônait à côté des altesses, en toute justice.

Dov'è la Luna (J.-C. Maillot) © Alice Blangero
Quelques chefs-d’œuvre
Toute la soirée, présentée de façon vibrante et habile, fut donc une succession de pièces signées Maillot et quelques autres, ayant un rapport avec Caroline, ou avec le parcours de Maillot, enrichi de ses amitiés avec des plasticiens et des chorégraphes de génie. Une pièce de Neumeier, Opus 100 - für Maurice, composée à l’attention de Béjart, pour ses 70 ans, lui permit de rendre d’un coup hommage aux deux géants qui marquèrent sa jeunesse, ainsi qu’à deux interprètes hors pair, Marijn Rademaker et Oleksandr Riabko, à la superbe maturité, puis de retrouver quelques instants du bouleversant Dov’é la Luna, hommage à son père et de Roméo et Juliette, histoire qui le hante depuis toujours, de saluer le génie toujours prenant d’Akram Khan dans Mud of sorrow, de goûter la grâce d’un duo de Casse-Noisette Compagnie. Et de beaucoup d’autres ! Le tout entrecoupé de tombers de divers rideaux de scène, pour évoquer les facettes multiples d’un ballet, œuvre scénique par excellence.

Mud of Sorrow (chor. A. Khan)© Alice Blangero
Un finale en apothéose
Et enfin de vibrer, encore et plus, à la folie tournoyante, de Core Meu, pour lequel Antonio Castrignano – le génial chanteur des Pouilles – et Maillot avaient ajouté deux nouvelles pépites à cette guirlande où bizarrement, un zeste d’antique, avec ses filles nymphes en voiles bleutés, sa frénésie de tarentelle, son charme de fête de village composaient un hymne à la vie, dont la danse se faisait la plus formidable incarnation. Rose rouge à la main pour la princesse, rayonnante, hommages de ses filles Charlotte et Alexandra au magicien chorégraphe, lumières scintillantes, merveilleux danseurs, transportés d’enthousiasme, le tout sans un atome de vulgarité ni de mondanité : la célébration d’un travail bien accompli, pour le meilleur. La fête avait un sens !
Jacqueline Thuilleux

Grimaldi Forum, Monaco, le 4 juillet 2026
On retrouvera les Ballets de Monte Carlo à Vaison-la-Romaine, pour Core Meu, le 10 juillet 2026 (22h) www.vaisons-danses.com & au Théâtre antique d’Orange, pour Cendrillon, le 13 juillet 2026 (21h30) www.choregies.fr/programme--2026-07-13--cendrillon-les-ballets-de-monte-carlo--fr.html
Photo © Alice Blangero
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