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Axelle Fanyo à l’Auditorium du Musée d’Orsay – Caresses d’une reine – Compte rendu

 
« Nous n’avons pas d’oiseau plus éclatant », dit Jules Renard du martin-pêcheur. Malgré son diadème de brillants et sa robe multicolore, l’éclat dont brille Axelle Fanyo est d’un tout autre genre, car il doit tout à l’ampleur de sa voix et au talent avec lequel elle en joue. Dans le cadre de l’auditorium souterrain du Musée d’Orsay, relativement intime par rapport à celui d’une salle d’opéra, la soprano ne déploiera pas, on s’en doute, toute la véhémence imprécatoire dont elle était susceptible dans Porgy and Bess à Bordeaux en décembre dernier (1), ou qu’on suppose avoir été la sienne en primadonna d’Ariane à Naxos à Rome il y a trois mois. Pour rendre hommage à Renoir, doublement exposé au musée en ce moment, elle a choisi un programme associant mélodie et opérette, tout en sourires et caresses, qu’on savoure sans trop en chercher les liens possibles avec le peintre (on pouvait en dire autant des autres programmes proposés en ce lieu). 

 

Axelle Fanyo © Capucine de Chocqueuse

Magistralement déclamé et articulé

Le concert autour des sept péchés capitaux, donné en février à l’Athénée (2), avait montré de quoi Axelle Fanyo était capable dans la musique de Ravel, avec « Le Paon », et l’on rêvait d’entendre la totalité des Histoires naturelles. Ce vœu est exaucé, avec une version un peu plus retenue – on ne se lâche pas en récital à 12h30 comme en concert-spectacle à 20h… – mais tout aussi magistralement déclamée et articulée (que de délicatesse dans « Le Grillon » !). La soprano montre qu’on peut être diseuse superlative tout en ayant des moyens vocaux opulents, ceci n’empêchant nullement cela, et il est bon que des chanteuses « à voix » s’emparent elle aussi d’un répertoire qui ne doit pas être réservé aux artistes moins généreusement dotés.
On enchaîne avec trois pages de Gounod, dont les célébrissimes « Le Soir » et « L’Absent », avant de revenir aux animaux avec « Les Cygnes », qui n’est pas la plus fréquentée des mélodies de Reynaldo Hahn. L’oreille et l’esprit sont comblés par l’interprétation de « L’Île heureuse » de Chabrier, où Axelle Fanyo est reine, par l’opulence du timbre, maîtrisé d’un bout à l’autre de la tessiture, mais aussi par le frisson qu’elle sait communiquer par des ralentis opportuns. Et cette souveraine est secondée par la meilleure des ministres : Susan Manoff, dont le jeu pianistique raffiné a déjà soutenu tant de grandes voix dans sa carrière.

Une irrésistible vis comica

Avec deux des Fables de La Fontaine d’Offenbach, l’artiste achève de mettre le public dans sa poche, avant de livrer une Griserie de La Périchole sans excès, sans lourdeur mais avec une irrésistible vis comica. « J’ai deux amants », de Messager, est distillé d’une voix délicieusement caressante. Savoir vivre et usages mondains (2015) d’Isabelle Aboulker aura sans doute été une découverte pour une bonne partie du public, et l’on se régale notamment avec « Comment on offre le bras », où l’on croit entendre Madame Lidoine – rôle dans lequel Axelle Fanyo s’est illustrée à Rouen en janvier 2025 – débiter les conseils de Nadine de Rotschild. « Les Chemins de l’amour » concluent inévitablement le récital, le bis ne nous éloignant pas de Poulenc puisqu’il s’agit du piquant « Voyage à Paris ».
 
Laurent Bury
 

(1) www.concertclassic.com/article/porgy-and-bess-jazz-club-lauditorium-de-bordeaux-axelle-choeur-compte-rendu

(2) www.concertclassic.com/article/recital-les-sept-peches-capitaux-par-axelle-fanyo-et-fleur-barron-aux-lundis-musicaux-de

Paris, Auditorium du Musée d’Orsay, 9 juin 2026

Photo © Capucine de Chocqueuse

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