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L’Orchestre de chambre de Paris au Musée d’Orsay/45e Festival d’Auvers-sur-Oise – Escaich chez les peintres – Compte rendu

L’un fête ses 40 ans et compte dans ses collections la fameuse église d’Auvers-sur-Oise peinte par Vincent Vogh en 1890. L’autre a 45 ans et a fait du « modèle », si l’on peut dire, le lieu principal de ses concerts : le Musée d’Orsay et le Festival d’Auvers-sur-Oise étaient faits pour se rencontrer et c’est un artiste très proche de la manifestation valdoisienne depuis de longues années qui leur en a fournit la matière : Thierry Escaich
 

 © Laetitia Striffling / musée d’Orsay

La place essentielle du violoncelle

On doit à Pascal Escande, directeur du Festival d’Auvers, l’initiative de la commande passée au compositeur invité de l’édition 2026 pour un ouvrage symphonique dont la forme, originale, aura aussi permis d’impliquer la violoncelliste Anastasia Kobekina – qui fait un peu figure de muse du festival depuis qu’il l’a découverte il y a près d’une douzaine d’années. La référence à Van Gogh allait de soi, mais Thierry Escaich a profité de l’éclairage qu’Orsay met sur Renoir cette saison pour y trouver une autre source d’inspiration. En résulte un Poème symphonique pour violoncelle et orchestre qui, précise l’auteur, « se présente comme un poème pour violoncelle principal et orchestre ». Le violoncelle n’est en effet pas là pour faire de la figuration mais occupe un rôle essentiel d’un bout à l’autre de la partition, à la fois révélateur et prolongement des atmosphères qu’installe l’orchestre.

 

 Anastasia Kobekina © © Laetitia Striffling / musée d’Orsay

 

Un chaleureux accueil

 Diptyque en fait que ce Poème symphonique, partagé en deux volets : Renoir et Van Gogh. Pour chacun deux, Escaich a imaginé une dramaturgie à partir de trois tableaux célèbres : Les canotiers de Chatou, La danse, Le bal du moulin pour Renoir ; Les racines, Le champ de blé aux corbeaux, L’église pour Van Gogh. Un pleine réussite, chaleureusement reçue par le public réuni dans la nef du Musée d’Orsay où l’Orchestre de chambre de Paris se produisait pour la première fois, sous la direction de Thomas Hengelbrock – avec une Anastasia Kobekina totalement impliquée à l’archet.

 

 Thierry Escaichn, Anastasia Kobekina & Thomas Hengelbrock © Laetitia Striffling / musée d’Orsay

 
Vibration lumineuse

Impressionnisme ? Le terme s’applique idéalement à la première partie qui traduit par les timbres – et avec le concours d’un archet d’une idéale mobilité ici – la vibration lumineuse des toiles. L’évocation de la danse et d’une atmosphère heureuse est certes présente mais, le compositeur, revendique aussi d’avoir introduit de la « nostalgie ». Et peut-être même plus, à un juger par l’ambiguïté d’humeur qui s’exprime à certains moments ...
Avec Van Gogh, le ton se fait résolument noir, tourmenté, troublant. À nouveau, Escaich sait trouver sur son immense palette la nuance appropriée pour traduire, par-delà la référence à trois tableaux précis, l’effondrement intérieur du peintre. Ce avec une écriture intense et tendue – intimement comprise et vécue par Hengelbrock et ses troupes – : Van Gogh tient l’auditeur en haleine jusqu’à la conclusion laissée au violoncelle solo ... 

Un bijou signé Saint-Saëns

Si la soirée à Orsay se terminait dans un climat plutôt sombre avec ce très bel apport au répertoire de violoncelle, elle avait commencé de façon lumineuse avec la Suite de Pulcinella de Stravinsky, menée avec beaucoup de vie et d’alacrité par le directeur musical de l’OCP, suivie de la merveilleuse Symphonie n° 2 op. 55 de Camille Saint-Saëns. L’œuvre d’un musicien de 24 ans, ramassée, éblouissante par la perfection de sa facture et une variété de coloris auxquels les vents apportent beaucoup. Ceux de l’Orchestre de chambre de Paris y ont pris part avec un bonheur évident – les archets, avec Deborah Nemtanu au violon solo, n’étant point en reste sur ce point !

 Quant au Festival d’Auvers, il se prolonge jusqu’au 3 juillet et une soirée confiée à Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre dans un radieux programme Haendel-Vivaldi. 3 juillet pour le « In », mais notez d’ores et déjà le très beau « Postlude » qui verra se succéder les Frère Ispir (6 sept.), Jakub Józef Orliński (11sept.) et le Duo Ziriab (27 sept.)

 

Alain Cochard
 

Paris, Musée d’Orsay, 2 juin 2026

45e  Festival d’Auvers-sur-Oise : festival-auvers.com/

Photo © Laetitia Striffling / musée d’Orsay

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