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​Une interview de Timothée Picard, dramaturge et conseiller artistique du Festival d’Aix-en-Provence [Aix en juin, 12-30 juin] – « Aix en Juin est endroit décisif de partage artistique collectif. »

 

 
 
Le 78e Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence démarrera le 4 juillet prochain mais, comme tous les ans depuis 2013, la cité provençale fait dès la fin du printemps l’actualité avec Aix en Juin (12-30 juin), manifestation entièrement gratuite, débordante de propositions et de surprises, intimement liée au festival de juillet. On a interrogé Timothée Picard (photo), dramaturge et conseiller artistique du Festival d’Aix-en-Provence, au sujet de ce prélude à l'été.

 
 
Quelle est la raison d’être et la philosophie d’Aix-en-Juin ?
 
Il s’agit d’une manifestation très importante à nos yeux, entièrement gratuite, qui propose une série d’événements de grande qualité artistique, d’abord et avant tout destinés au public du bassin aixois au sens large. Importante aussi parce que dans la réflexion de Ted Huffman – même si trop peu de temps s’est écoulé depuis sa prise de poste pour qu’il ait une influence véritable cette année sur la programmation – Aix en Juin est un événement essentiel, un pré-festival en dialogue avec le festival de juillet et à un niveau d’importance égal. Aix en Juin s’inscrit dans une perspective de dialogue avec les tutelles, de re-territorialisation d’un festival qui se situe dans une dynamique à la fois internationale et avec le territoire, les partenaires, les artistes, les tutelles. Nous démarrons le 12 avec Panorama, place des Prêcheurs, qui présente les temps forts du festival 2026 certes mais, à différence des années passées, où l’accent était surtout mis sur le festival de juillet, nous avons voulu qu’Aix en Juin soit aussi amplement évoqué, ce qui traduit la volonté d’avoir un dialogue égal et fluide entre juin et juillet.

 
Une programmation cinéma en contrepoint des productions de juillet

 
Avant d’aborder les spécificités de juin, quelles sont les éléments d’articulation entre Aix en Juin et le festival d’art lyrique qui commencera le 4 juillet ?
 
Il y a d’abord les résidences de l’Académie qui se réunissent pendant Aix en Juin, qui donnent des masterclasses publiques mais aussi plusieurs « concerts résidence » (voix et instruments) – dont le point d’aboutissement se situe en juillet au Conservatoire Darius Milhaud. On trouve aussi une programmation cinéma, organisée en partenariat avec les cinémas de la ville d’Aix et imaginée avec les équipes artistiques de juillet ; des films qui sont autant de contrepoints, de résonances avec les productions de festival. Comme tous les ans, Aix en Juin se termine par Parade, moment très important sur le cours Mirabeau, où des artistes des spectacles de juillet se produisent, dirigés par un grand chef, Leonardo García-Alarcón cette fois. On le retrouvera, principalement avec l’équipe de la Flûte enchantée, dans des extraits de l’ouvrage de Mozart, dans des pages de musique latino-américaine aussi. Parade conclut en beauté Aix en Juin avec plus de 5000 spectateurs sur le cours Mirabeau.

 

Panorama, place des Prêcheurs, en 2025 © Vincent Beaume

« Orphée vacilla " : quand l’opéra dialogue avec les arts du cirque

 
Venons-en maintenant de façon plus détaillée à Aix en Juin ...
 
Aix en Juin présente des événements un peu partout dans Aix ; ils investissent vraiment les lieux, l’espace et sont construits avec toute une série de partenaires institutionnels et artistiques de la ville d’Aix. Je voudrais insister notamment sur le spectacle tout public qui, cette année, consiste en un magnifique projet autour de l’Orphée et Eurydice de Gluck, organisé en partenariat avec le CIAM (Centre International des Arts du Mouvement) – c’est à dire tous les arts du cirque au sens large – et avec la compagnie de cirque-théâtre Rasposo, une très grande compagnie. Nous avons donc engagé un dialogue avec Marie Molliens, artiste associée au CIAM, et la compagnie Rasposo pour imaginer ce projet qui nous tenait très à cœur et qui va faire dialoguer opéra et arts du cirque, avec une très belle réflexion sur Orphée au bord de l’abîme. Le spectacle s’intitule « Orfeo vacilla » et sera donné à huit reprises entre le 21 et le 5 juin. Un exemple typique de projet ambitieux avec un partenaire territorial.

 

"Clameurs Don Giovanni", 14 juin 2025 © Vincent Beaume

 
Aix en Juin comporte aussi un spectacle participatif, intitulé « Odyssées », organisé par le collectif Meute, qui est en lien avec la programmation de juillet à travers le thème du parcours initiatique. Il résultera d’un travail absolument merveilleux effectué avec des partenaires pédagogiques et sociaux du territoire, le collège Muriel Hurtis et le collectif Agir, en charge de migrants, travail qui se nourrit des parcours de vie des élèves et de ces migrants. « Odyssées » sera donné le 13 juin, à la Villa Lily Pastré. Autre spectacle tout public, le 26 juin à la Manufacture, « Des Enchantés », imaginé par la compagnie du Schmock et Samuel Lachmanowits, sera l’occasion de raconter la Flûte enchantée de manière poétique et pédagogique par le biais du théâtre d’objet.

Concerts à Silvacane

 
À côté des spectacles tout public et participatifs que je viens d’évoquer, on trouve aussi, en dehors d’Aix, à l’abbaye de Silvacane, une série de trois concerts vocaux : un récital d’Ana Silveira et Saied Silbak – duo britannique qui se produit pour la première fois en France – faisant dialoguer tradition judéo-espagnole et musique arabe, mais aussi un concert – en lien avec l’opéra Accabadora de Francesco Filidei qui sera créé en juillet au théâtre du Jeu de Paume – associant la chanteuse sarde Alessandra Soro, la violoncelliste Pauline Fritz et l’Ensemble vocal de l’Université Aix Marseille Université – un partenaire très important. Enfin, la soprano Emma Fekete, que l’on entendra en Papagena dans la Flûte enchantée, se produira en récital avec le guitariste Tim Beatie.
Pour rester avec Mozart, il faut aussi signaler, dans la catégorie tout public, les ateliers de pratique artistique et performance collective autour du Requiem mis en scène par Romeo Castelluci (13 juin). Il y aura aussi une entrée dans le monde de la mise en scène, des décors et des costumes, et un atelier de pratique vocale autour de la Flûte enchantée. Enfin, outre les concerts à Silvacane, la couleur méditerranéenne du festival s’exprimera lors d’une soirée avec le trio d’Hacène Zemrani (Pavillon Noir, 24 juin), talentueuse figure de la jeune scène jazz algérienne.

 

Concert résidence voix de l'Académie 2025 © Vincent Beaume
 
 
Transmission et partage

 
Aix en Juin existe depuis 2013, quelles en sont les retombées ?
 
Il faut d’abord rappeler qu’Aix en Juin, entièrement gratuit attire un large public de 15000 personnes en moyenne. La manifestation constitue le point d’orgue de restitution du travail de Passerelles, le service d’action culturelle du Festival d’Aix, mené avec 5000 enfants et adultes, près de 200 partenaires sur le plan éducatif et socio-artistique, 44 communes sur toute la région PACA. Le résultat se voit tant du côté des artistes, avec lesquels une relation de fidélité se noue au fil des ans, que du public chez qui l’on voit à chaque événement le plaisir de ceux qui ont été associés aux projets de manière organique, tout ce que cela peut représenter en termes de parcours de vie, d’émotions, de sensibilisation artistique – un vrai sentiment d’accomplissement –, et les liens perdurent dans le temps.
Aix en Juin est endroit décisif de partage artistique collectif où se jouent des choses essentielles dans l’articulation entre le monde de l’opéra, du théâtre musical, de la musique et les grands enjeux du monde contemporain. Il témoigne aussi de la mission essentielle qu’a le festival en direction de publics qui, éventuellement, ne se sentiraient pas naturellement reliés à ce monde. Nous avons tous ici cette mission de transmission, de partage, chevillée au corps. C’est je pense quelque chose de très important pour Ted Huffman qui réfléchit beaucoup à la manière de donner le meilleur niveau artistique et de parvenir à la plus grande fluidité entre juin et juillet.

 

Parade 2025 sur le cours Mirabeau © Vincent Beaume

 
Une conception qualitative et démocratique

 
Ted Huffman a été nommé à la direction du festival à la fin de l’année passée : comment met-il ses choix artistiques en place ; quels axes se dessinent déjà ?
 
Il ne m’est pas possible d’en parler à sa place, d’autant qu’il est dans une position particulière car, contrairement à une nomination habituelle où le directeur est désigné deux ou trois ans à l’avance et arrive avec sa programmation, Ted Huffman a été nommé en octobre 2025 pour une prise de poste en janvier et doit assumer deux éditions qui ont été largement conçues par Pierre Audi. Mais il n’empêche qu’il a distillé dès son arrivée des éléments qui appartiennent à sa philosophie et dont on peut penser, dont on est sûr même qu’ils vont s’affirmer dans les prochaines années. Tout ce que je viens d’évoquer autour d’Aix en Juin, c’est à dire le spectacle dans ce qu’il a de plus vivant, de plus interactif, tourné vers tous les publics et articulé au monde d’aujourd’hui, c’est quelque chose de très important pour lui. Il a une conception extrêmement qualitative et démocratique des propositions artistiques qu’il est susceptible de mettre en œuvre.
 
Propos recueillis par Alain Cochard,  le 22 mai 2026
 

 
Aix en Juin
Du 12 au 30 juin 2026
Aix (lieux divers) et sa région
Programmation détaillée : 
festival-aix.com/calendrier-aix-en-juin

 
Photo © Vincent Beaume

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