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​Le Requiem de Verdi par Daniele Gatti et la Staatskapelle de Dresde — À faire trembler la Terre et le Ciel – Compte rendu

 
On le sait, le Requiem de Verdi ne verse pas dans le consolateur ou l’austère. Pour sa messe des morts, le maître italien a cultivé une dimension spectaculaire. Mais la nature de l’ouvrage ne peut à elle seule expliquer l’onde de choc qui a secoué la salle Pierre Boulez le 30 mai. Et dont on se souviendra longtemps ...
 
Fermeté et passion
 

La veille, Daniele Gatti et son illustre phalange s’étaient illustrés dans Wagner, Saint-Saëns (le Concerto pour violoncelle n°1 sous l’archet de Gautier Capuçon) et Debussy. Changement de registre donc pour cette deuxième soirée avec le Requiem, mais maintien d’une excellence désarçonnante. Sans compter la venue de Benjamin Bernheim, d’Elīna Garanča, d’Eleonora Buratto et de Riccardo Zanellato pour constituer un incroyable quatuor vocal. Tout commence dans le recueillement le plus total ; les cordes, presque imperceptibles, préparent l’entrée murmurée du choeur de l’Orchestre de Paris, très bien préparé par Richard Wilberforce — notons que leur générale n’était autre que… le concert lui-même !

Dès le Kyrie, Daniele Gatti est d’une précision implacable et dirige ses forces avec une fermeté germanique. Le sentiment de rigidité restera une affaire de goût. Mais comment ne pas être subjugué par le Dies irae ? Puissants, soudés, intraitables, l’orchestre et le chœur brisent toute retenue, mais refusent tout excès désordonné. La matière sonore est d’une très grande densité. Daniele Gatti dirige ce vaisseau dont le contrôle ne lui échappe jamais, pas même lorsqu’il pousse à l’extrême la retenue du « stentando ». Place ensuite à la délicatesse et à la passion vibrante dans le Recordare, l’Offertorium ou l’Agnus Dei. Il faut admirer le travail sur les respirations et la netteté des attaques. Seule la justesse sur quelques traits de la petite harmonie peut faire hausser un sourcil, mais rappelons la chaleur insupportable de cette fin de mai 2026 ...

 
Un quatuor idéal
 
Elīna Garanča, admirable de sévérité terrienne, s’accorde par opposition au timbre éclatant d’Eleonora Buratto. Maître d’une tension teintée d’inquiétude, le duo brille dans le Recordare, et tout autant dans l’Agnus Dei. La soprano surplombe le quatuor par ses nuances (elle passe sans difficulté ni artifices par-dessus le chœur et l’orchestre), tandis que Riccardo Zanellato se fait le pendant masculin de la vision humaine d’Elīna Garanča. Benjamin Bernheim, lumineux, épate par son passage en voix de tête dans l’Offertorium. Mais c’est dans les lignes de l’Ingemisco qu’il atteint l’émotion la plus naturelle et pure.
En offrant un Requiem cohérent, puissant et maîtrisé, aux couleurs superbes – ce son de Dresde ... –, Daniele Gatti et la Sächsische Staatskapelle Dresden font oublier, heureusement, la décevante version donnée en mars par Gianandrea Noseda à la tête de l’Orchestre et du chœur de l’Opéra de Zurich. De quoi patienter jusqu’au retour de la partition de Verdi à la Philharmonie de Paris, le 11 octobre prochain (1), sous la direction de Jérémie Rhorer, à la tête du Cercle de l’Harmonie et l’Audi Jugendchorakademie.
 
Antoine Sibelle
 

Paris, Phiharmonie, 30 mai 2026

 
(1) philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-vocal/29287-giuseppe-verdi-requiem

Photo © Anne Dokter

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