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Les Promenades musicales du Pays d’Auge 2026 – Bonheurs vocaux – Compte rendu

Que de voix ! Que de plaisirs ! Sur les soixante événements organisés à l’occasion de la 32e édition des Promenades Musicales du Pays d’Auge (concerts, promenades jeune public, animations sur les marchés et impromptus musicaux), quatorze ont mis la voix à l’honneur. Une grande richesse de programmation et une forme d’évidence : le directeur artistique de ce « festival itinérant au cœur de la Normandie » n’est autre que Sébastien Daucé, le chef et fondateur de l’ensemble Correspondances. Parmi tous les concerts, trois ont été particulièrement marquants par le choix du programme et l’interprétation éblouissante.

Stile Antico © T. Geffrotin
Exigence et générosité
Le premier concert a été donné à l’église saint-Michel de Pont-L’Évêque, un lieu à la réverbération équilibrée, idéal pour accueillir les douze chanteurs de Stile Antico. En digne héritier des pionniers (The Clerkes of Oxenford, The Tallis Scholars, The Hilliard Ensemble…), l’ensemble britannique propose un voyage dans l’Europe de la Renaissance qui passe par Paris, Séville, Munich, Rome, Lisbonne et Venise. Mêlant pièces profanes et sacrées, piliers du répertoire (Tant que vivrai de Sermisy, Adoramus te de Monteverdi) et raretés (Das Geläut zu Speyer de Senfl), le programme fait voisiner géants du contrepoint et figures plus discrètes. Chaque pièce est interprétée avec le même soin et la même générosité, pour un résultat d'une rare maîtrise technique.

Sébastien Daucé - © Philippe Delval - Théâtre de Caen
Défi esthétique
Changement de décor et de style à l’église de Villers-sur-Mer, avec l’ensemble Correspondances (photo), pour une immersion dans la Rome baroque et le palais Farnèse. Dans ce programme, commande du Musée du Louvre, Sébastien Daucé a imaginé les œuvres qui auraient pu être données dans « une galerie musicale suspendue entre les arts du XVIIe siècle ». Le grand écart est saisissant entre le motet Pulchra es de Palestrina qui ouvre le concert et l’oratorio Historia di Jephte de Carissimi qui le clôt : la majesté polyphonique d'un côté, le théâtre des passions de l'autre. Sept chanteurs et sept instrumentistes traversent ces deux mondes, avec une aisance remarquable, portés par des solos épiques ou émouvants — à l'image de la soprano Caroline Weynants, poignante fille de Jephte. Pour le chœur final, sommet de déploration, Sébastien Daucé évite l'écueil d'un tempo étiré : ce sont les dissonances et les affetti à fleur de peau qui portent la douleur.

Graindelavoix © T. Geffrotin
Ferveur et humanité
Autre répertoire, autre atmosphère avec Graindelavoix dans l’église romane de Dives-sur-Mer. Au programme : des compositions de l’Ars Subtilior (cet Ars Nova porté à son paroxysme), principalement extraites du Codex de Chantilly. Pour l'occasion, l’ensemble belge réunit quatre chanteurs, un luthiste et son chef fondateur, Björn Schmelzer. Le programme est exigeant. Nos oreilles sont peu habituées à ce répertoire d'un grand raffinement, parfois inaccessible tant il est complexe. Le miracle pourtant se produit. Mélismes, polyphonies vertigineuses et rythmes sinueux prennent tout leur sens grâce à l’engagement physique des interprètes. Le cercle formé par les chanteurs, qui se transforme et se renouvelle à chaque pièce, renforce cette dynamique captivante. Finalement, l’énigme théorique devient une expérience émotionnelle.
Thierry Geffrotin

Les promenades musicales du Pays d’auge, du 22 juillet au 2 août 2027 // www.pmpa.fr/
Concerts des 23, 25 & 30 juillet 2026
Photo © T. Geffrotin
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