Journal
Le Harlem Dance Theater en tournée [Lyon 5-6 mars] – Vibrations jubilatoires – Compte-rendu

Il y a quarante ans qu’on ne les avait vus en France, et ils ont statut de mythe. Une troupe unique, née en 1969 de l’impulsion passionnée d’un danseur exceptionnel, Arthur Mitchell, premier afro-américain à maîtriser supérieurement la technique classique et surtout à être admis en 1955 dans une compagnie traditionnelle prestigieuse, le New York City Ballet, au grand dam de bon nombre. Temps heureusement révolu, tout au moins en ce qui concerne la danse. Splendide interprète et technicien, il voulut très vite créer son propre groupe et, le jour de l’assassinat de Martin Luther King, en 1965, il décida de l’implanter à Harlem. On sait la suite : un répertoire mêlant l’afrojazz au contemporain mais en gardant scrupuleusement les bases académiques, une qualité et un engagement au service de multiples inspirations, et surtout une identité qui enflamma les foules.
Retour en beauté
Les revoici donc aujourd’hui, éclatants, joyeux, spectaculairement bâtis, avec pour certaines filles des muscles longs qui leur dessinent des jambes à la fois puissantes et fines, des carrures masculines qui dévorent la scène, traduisant des écritures chorégraphiques variées mais que leur style sert avec le même enthousiasme, la même virtuosité, et parfois le même humour.
Deux programmes sont à l’honneur : pour le B, un premier ballet signé de Robert Garland, qui dirige la compagnie. On y contemple les vibrations jubilatoires et saltations géométriques qui épousent les dites et redites du Nyman String Quartet n°2, où ils semblent montés sur ressorts, puis le voluptueux, chaleureux Higher Ground, également de Robert Garland, sur la musique de l’iconique Stevie Wonder. On se love avec bonheur dans leurs duos charmeurs, langoureux ou nostalgiques, en se laissant bercer, tandis qu’une certaine douceur monotone envahit peu à peu le spectateur, sans doute due aux mauvais éclairages du Palais des Congrès, salle décidément peu propice à l’émotion, et scène trop vaste pour des variations un peu trop resserrées.

Blake Works IV © Theik Smith
Spectaculaires déséquilibres
Avec Blake Works IV, partie de The Barre Project, que Bill Forsythe conçut au moment du Covid, pour les écrans, on retrouve les balancements du maître du déséquilibre, axés sur une barre qui elle, symbolise la tenue suprême de corps en folie contrôlée. On admire l’esprit, le tonus de chaque danseur venu faire son show, mais on se lasse, tant cette performance débouche sur du vide : comme une cloche que l’on sonne, mais sans écho… Reste heureusement le joyau de la soirée, Take my with you (photo), sur Reckoner de Radiohead : un formidable pas de deux de Robert Bondara, directeur du ballet de Poznan, dont la force des portés bouleverse.
Hommage à Balanchine
Les spectateurs de l’autre programme, le A, auront eu plus de chance, car outre des pièces contemporaines, ils auront pu retrouver les scintillements de l’Oiseau de feu de John Taras, chorégraphe attaché notamment dans les années 50 au Grand Ballet du Marquis de Cuevas, dont le charme n’a jamais faibli, et les pétillantes Paganini variations de Balanchine, auquel le Harlem Dance Theater rend un fidèle hommage car il fut le grand protecteur de Mitchell, : Elles permettent d‘embrasser l’étendue des possibilités de cette troupe polyvalente, réunion de surdoués. Une aventure qui perdure, et brillamment.
Jacqueline Thuilleux

Paris, Palais des Congrès, 26 février ; prochaines représentations à Lyon (Bourse du travail) du 5 au 7 mars 2026//
www.u-play.fr/dancetheaterofharlem
Photo (Take me with you) © Jeff Cravotta
Derniers articles
-
02 Mars 2026Vincent BOREL
-
02 Mars 2026Antoine SIBELLE
-
01 Mars 2026Alain COCHARD







