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« Vivaldi en piste » par l’Orchestre du Palais Royal au Cirque d’Hiver [jusqu’au 29 mars] – La lagune au cirque – Compte rendu

« Nous recherchons votre correspondant »… Même si les Quatre Saisons ne sont désormais plus la seule musique de fond des répondeurs téléphoniques, c’est avec Vivaldi que l’Orchestre du Palais Royal poursuit la démarche entreprise la saison dernière avec « Mozart en piste » : faire (re)découvrir la musique classique à un très large public – de 5 à 95 ans, nous dit-on – dans le cadre du Cirque d’Hiver Bouglione, espace plus familier aux enfants que les salles de concert traditionnelles. Pas de danse, cette année, mais une présence marquée du chant, on y reviendra, et une dimension participative pour que ces 75 minutes ne paraissent pas trop longues aux plus jeunes spectateurs. Un grand nombre de pièces courtes, pour ne pas solliciter excessivement la faculté d’écoute attentive des têtes blondes, mais moins d’airs coupés que ce n’était le cas avec Mozart.

Avec Gloria participatif
Ce que l’on remarque surtout, c’est que le programme ne se contente pas d’aller au plus célèbre, et qu’il reflète les différentes facettes du composeur telles qu’elles sont désormais connues du mélomane éclairé. Il n’est désormais plus possible d’affirmer que Vivaldi a composé cent fois le même concerto, fort heureusement, et les dernières décennies ont permis la mise à jour de son génie en matière de musique sacrée, d’abord, et d’opéra, plus récemment. Certes, le festival de Salzbourg ne daigne encore accueillir les œuvres scéniques du Vénitien que sous la forme d’un pasticcio (Hotel Metamorphosis l’été dernier), mais en Italie, ses opus lyriques sont désormais assez régulièrement donnés. En France, après Orlando furioso en 2011, le Théâtre des Champs-Elysées proposait en 2024 L’Olimpiade dirigé par le même Jean-Christophe Spinosi et mis en scène par Emmanuel Daumas, celui-là même qui assure la mise en scène de « Vivaldi en piste » et qui incarne le compositeur. Si l’on peut regretter que les éléments biographiques soient un peu perdus parmi les considérations sur « le baroque », « la fête », etc., le texte permet de faire le lien entre les nombreuses pages interprétées et de mener le concert jusqu’à l’interprétation participative de l’introduction du Gloria, dûment préparée par certains spectateurs.

De belles suprises vocales
Sous la direction de Jean-Philippe Sarcos, l’Orchestre du Palais Royal joue avec conviction les morceaux les plus attendus, avec la participation de quelques brillants solistes : Augusta McKay Lodge au violon, Elodie Brzustowski au luth et Antoine Pecqueur au basson et au contrebasson. S’ils n’étaient que trois pour Mozart, les chanteurs sont huit pour Vivaldi, comme l’imposent les œuvres à double chœur. C’est l’occasion d’apprécier la virtuosité des sopranos Hermione Bernard et Tanaquil Ollivier ; le pupitre des mezzos est partagé entre Charlotte Mercier, habituée de ces concerts et directrice générale du Palais Royal, et le contre-ténor vénézuélien Fernando Escalona, qui confirme le souvenir éblouissant qu’il avait laissé en Néron du Couronnement de Poppée lors de son passage par l’Académie de l’Opéra de Paris. Côté ténors, on savait Clément Debieuvre familier de ce répertoire, mais on ne s’attendait pas forcément à y entendre Blaise Rantoanina, lauréat du CNSMDP en 2017. Quant aux basses, on y retrouve deux voix également entendues ici et là, mais pas forcément dans la musique ancienne : Matthieu Toulouse et Halidou Nombre. Et maintenant, qui sera mis « en piste » la saison prochaine ?
Laurent Bury

« Vivaldi en piste » – Paris, Cirque d’Hiver-Bouglione, 22 mars 2026 ; prochains concerts le 29 mars 2026 ( à 11h et 16h) // le-palaisroyal.com/concert/vivaldi-en-piste/
Photo © Moland Fengkov
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