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Une interview de Suyeon Kang (2d violon du Quatuor Belcea) et de Jonathan Schwarz (1er violon du Quatuor Leonkoro) [ Philharmonie de Paris, 10, 11 & 12 janv.] – Du quatuor à l’octuor

A la toute fin du mois d’août dernier, au Festival Georges Enesco de Bucarest, les Quatuors Belcea et Leonkoro étaient réunis pour interpréter l’Octuor op.7, admirable partition de jeunesse du compositeur roumain. Au lendemain de ce concert, Concertclassic s’en entretenu avec Suyeon Kang (photo à gauche), second violon du Quatuor Belcea depuis 2023, et Jonathan Schwarz, premier violon du Quatuor Leonkoro, 1er Prix du Concours de Bordeaux en 2022. Deux formations que l’on retrouve à l’affiche de la 12e Biennale de Quatuors à cordes à la Philharmonie de Paris du 10 au 18 janvier.
On y entendra le Quatuor Belcea le 10 janvier (associé au Quatuor Ebène dans l’Octuor op. 7 d’Enesco) et le 11 janvier (pour l’Octuor de Mendelssohn, toujours avec les Ebène). Le Quatuor Leonkoro suivra, le 12 janvier, dans Schubert et Beethoven.
Suyeon Kang, vous avez intégré le Quatuor Belcea en 2023 et avez donc dû « fondre » votre sonorité dans celle d’un ensemble qui avait presque trois décennies d’existence. Comment cela s’est-il passé ?
Ce fut et reste une expérience très excitante, un challenge difficile, l’un des plus difficiles qui se soient présentés à moi. J’avais très peu pratiqué le quatuor avant d’intégrer les Belcea, ce dont je suis particulièrement heureuse. Je faisais partie d’un trio à cordes, mais pas d’un quatuor. Ce qui me fascine dans cette formation, c’est à la fois son répertoire, et la forme parfaite de sa structure. Le répertoire est quasiment infini. Et la forme est très intéressante. C’est une expérience fascinante de tout faire pour intégrer son propre son dans une telle formation. Avant que nous nous joignions au Quatuor Leonkoro pour l’Octuor d’Enesco, le Quatuor Belcea a donné deux des Quatre Pièces op. 81 de Mendelssohn puis le 16e Quatuor de Beethoven, une musique merveilleuse avec ce dernier mouvement si incroyable. C’est un privilège d’aborder les quatuors de ce compositeur. Nous allons prochainement donner l’intégrale Beethoven.

Le Quatuor Leonkoro © leonkoroquartet
« Un jour le Quatuor Artemis est venu donner des masterclasses à Berlin : le monde du quatuor s’est alors ouvert à nous ... »
Jonathan Schwarz, votre itinéraire est différent de celui de Suyeon Kang – qui a intégré une formation préexistante –, puisque vous avez créé le Quatuor Leonkoro avec votre frère Lukas au violoncelle, Amelie Wallner au violon et Mayu Konoe à l’alto.
Ce fut presque accidentellement que nous avons décidé de créer un quatuor. Nous explorions le répertoire de musique de chambre durant nos années d’études. Au début, nous avions un trio avec piano, et un jour le Quatuor Artemis est venu donner des masterclasses à Berlin : le monde du quatuor s’est alors ouvert à nous ...
Et puis nous avons gagné le Premier Prix du Concours de Bordeaux en mai 2022, bientôt suivi de notre premier disque (Mirare), consacré au Quatuor de Ravel, et au Quatuor op. 41 n°3 de Schumann. Nous voulions rendre hommage à la France, qui nous avait donné ce prix, en interprétant Ravel, et à notre pays d’origine, l’Allemagne, en interprétant Schumann.
Suyeon Kang, le dernier enregistrement du Quatuor Belcea réunit le Quatuor n°1 op. 37 de Szymanowski et le Quatuor de Debussy (Alpha Classics, sortie oct. 2025). Je me souviens d’un concert au terme duquel vous aviez donné en bis le mouvement lent du Quatuor de Debussy, l’une des plus sublimes musiques qui soient. Que ressentez vous quand vous l’interprétez ?
C’est effectivement l’une des plus belles musiques qui aient été composées, et pas seulement pour le quatuor. C’est une des premières œuvres que j’ai dû interpréter lorsque j’ai intégré le Quatuor Belcea. C’était durant ma première saison, quelques mois seulement après que je sois entrée dans cette formation. Un moment marquant donc.
« La musique d’Enesco coule dans les veines de Corina Belcea, et tout apparaît de la façon la plus limpide quand on la travaille avec elle. »
Vous venez l’un et l’autre de jouer l’Octuor d’Enesco, œuvre géniale de 1900, née de la plume d’un compositeur de 16 ans. Votre interprétation d’une finesse incroyable, m’a par moments, évoqué La Nuit Transfigurée de Schönberg, presque contemporaine ...
J. S. : L’Octuor d’Enesco est une œuvre que le Quatuor Leonkoro n’avait pas à son répertoire, mais les Belcea la possèdent depuis longtemps, et ce fut à la fois un privilège de jouer avec eux, mais aussi une manière de nous faciliter notre entrée dans ce répertoire. C’est une œuvre fascinante. Bien sûr, pour notre formation germanique, l’Octuor de Mendelssohn est bien plus familier, mais celui d’Enesco est aussi extraordinaire.
S.K. - Travailler à huit fait éclater la forme du quatuor. Il y a moins de tension dans le travail à huit, que dans le travail à quatre ! Je précise en outre que travailler cette œuvre avec Corina Belcea, qui la maîtrise tellement, et qui a été elle-même élève d’un disciple d’Enesco (Stefan Gheorgiu, 1926-2010) est un privilège. Cette musique coule dans ses veines, et tout apparaît de la façon la plus limpide quand on la travaille avec elle.
Propos recueillis par Frédéric Hutman, le 25 août 2025

12ème Biennale de Quatuors à cordes
Du 10 au 18 janvier 2026
Programme détaillé : philharmoniedeparis.fr/fr/magazine/actus/12e-biennale-de-quatuors-cordes-une-programmation-foisonnante
Photo : Quatuor Belcea © Maurice Haas
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