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​L’homme qui aimait les chiens de Fernando Fiszbein à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet – Manque de chien – Compte-rendu

 
Maître du polar cubain, Leonardo Padura reste assez peu connu en France malgré les sorties régulières de ses ouvrages. L’homme qui aimait les chiens, publié en 2011, relate l’exil forcé de Trotski devenu paria après l’accession au pouvoir de Staline, qui mit tout en place pour le faire assassiner. Cette matière a donné envie au compositeur argentin Fernando Fiszbein (né en 1977), à qui l’on doit Avenida de los Incas 3518 monté à l’Athénée en 2015 avec Le Balcon, de créer son nouveau spectacle musical, présenté trois soirs de suite dans ce même théâtre après avoir été donné sur la scène de celui de Caen le mois dernier. Si certains se souviennent encore que Trotski, l’idéologue révolutionnaire bolchevique, acteur avec Lénine de la Révolution d’Octobre, a trouvé refuge en 1938 au Mexique accueilli avec sa femme par le couple Frida Kahlo et Diego Ribeira, avant d’être éliminé en août 1940, nombreux sont ceux qui ne connaissent pas les dernières années de sa vie.
 
 

© Pierre Grosbois

Un accompagnement musical horripilant

Sur un livret assez embrouillé écrit par Agnès Jaoui, qui manie mal les allers-retours entre passé et présent, Europe et Amérique du sud, cet étrange objet lyrique souffre d’un accompagnement musical horripilant, constitué de percussions agressives et répétées sur des rythmes chaloupés influencés par le tango argentin, d’où émergent accordéon, contrebasse et clarinette. La mise en scène de Jacques Osinski, que rend opaque un décor dont est éloigné le spectateur contraint de plisser les yeux derrière le tulle qui le sépare du plateau, ne facilite pas la narration. Villes, années, lieux, personnages, photos, images d’archives et lectures en voix off d’extraits du roman de Padura, se succèdent pour former un récit sinueux, compliqué à saisir d’autant que les chanteurs passent difficilement du russe à l’espagnol ou au français et obligent à ne rien perdre du surtitrage.
 
Confus et maladroit
 
Il est question de l’échec des utopies du XXème siècle, sacrifiées par des idéologies mensongères, de trahisons et des transformations d’un jeune militant communiste barcelonais, Ramón Mercader, devenu agent du NKVD (l’ancêtre du KGB), contraint sous la pression soviétique de renier sa propre identité (il deviendra Jacques Mornard) et d’éliminer – au piolet – Trotski, l’homme qui aimait les chiens, dans son refuge de Coyoacán en 1940. Confuse, hésitante, maladroite, la proposition, qui multiplie angles et points de vue, peine à émouvoir et à dépasser un certain didactisme, jusqu’aux révélations finales.
La distribution est juste honnête, dominée par le ténor Pierre-Emmanuel Roubet (Trotski) et par le baryton-basse Olivier Gourdy (Ramón Mercader), le tout dirigé dans l’urgence par Jean Deroyer à la tête de l’Ensemble Court-circuit.
 
François Lesueur
 

 
Fernando Fiszbein : L’Homme qui aimait les chiens Paris, Athénée-Théâtre Louis Jouvet 19 février ; prochaines représentation 21 et 22 février 2026 // www.athenee-theatre.com/saison/spectacle/lhomme-qui-aimait-les-chiens.htm
 
Photo © Pierre Grosbois

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