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Une interview de Nathalie Rappaport, directrice du Festival de Saint-Denis – Cap sur 2028 !

 

 

Après une annulation complète en 2020, et une édition affectée par la crise sanitaire l’an dernier, le Festival de Saint-Denis retrouve un fonctionnement normal, pour la plus grande joie des mélomanes. Le goût des grandes œuvres sacrées demeure, avec une place de choix réservée aux Stabat Mater cette fois : Rossini, Pergolèse, Poulenc. Fidèles et nouveaux venus composent une affiche aussi variée qu’alléchante, de Chung à la tête du Philhar à Magdalena Kozena et Simon Rattle, en passant par Les Surprises, la Cappella Mediterranea, le Concert de la Loge, Liya Petrova et Alexandre Kantorow ou la rencontre de Gautier Capuçon et d’Ibrahim Maalouf. A l’approche de la soirée inaugurale du 31 mai, on a interrogé Nathalie Rappaport (photo), directrice certes d’abord occupée par l’édition qui démarre bientôt, mais avec déjà 2028 à l’esprit ...
 
Comment se passe le retour à une vie « normale » pour le festival au sortir d’une période compliquée ?
 
Retour à une vie à peu près normale dirais-je, car les choses ne l’ont pas toujours été, notamment durant la période de préparation de l’édition qui s’ouvre bientôt. Il y a effectivement une évolution très positive par rapport aux deux années passées ; surtout  2020, qui a vu l’annulation complète du festival, et même 2021 où nous avions un couvre-feu au commencement, une jauge à 65 % et pour laquelle nous n’avons su que peu de temps avant la date de démarrage que pouvions faire le festival ; ça a été très « sportif » – mais c’était le cas pour tout le monde ...
Reste que la survenance du variant Omicron est venue perturber le travail en amont de l’édition 2022, pour la recherche de partenaires entre autres. Je considère donc que, s’agissant de la préparation, nous ne sommes pas encore dans une année absolument normale même si, dans le déroulement, nous reprenons nos habitudes dans nos lieux traditionnels, auxquels s’ajoute une nouvelle salle, celle des mariages de l’Hôtel de Ville, que nous avons investie pour la première fois l’an dernier et qui s’est révélée très satisfaisante sur le plan acoustique.
 
Pretty Yende © Gegor Hohenberg

Quelles sont les grandes lignes du festival 2022 ? Comment les choix s’équilibrent-ils entre la fidélité à certains artistes et les nouveaux venus ?  C’est l’année des Stabat Mater en tout cas ...  
 
En effet ! Tout a commencé avec la programmation pour la soirée inaugurale du Stabat Mater de Rossini par le Chœur de Radio France et l’Orchestre Philharmonique dirigé Myung-Whun Chung. La basilique est sans doute plus associée aux requiems mais on découvre que, via l’abbé Suger, la Vierge lui est aussi dédiée. En partant de ce point, pas forcément très connu, nous avons tiré le fil et ajouté à l’ouvrage de Rossini, la Stabat Mater de Pergolèse, par Pretty Yende, Elisabeth DeShong et les Surprises de Louis-Noël Bestion de Camboulas, et celui de Poulenc, avec Jodie Devos, Sophie Karthauser, le Chœur de l’Orchestre de Paris et l’Orchestre national de Lille. Il y a un longtemps que nous n’avions pas donné cette partition et je remercie Alexandre Bloch d’avoir accepté de la diriger dans la basilique.
Fidélités, découvertes ... Au sortir de la pandémie, je pense que les gens sont heureux de retrouver un habitué de Saint-Denis tel que Myung-Whun Chung, que l’on n’a toutefois pas entendu depuis un petit moment. J’éprouve un grand plaisir aussi à accueillir de nouveaux venus : on va ainsi retrouver les Surprises, ensemble invité pour la première fois l’an dernier et pour lequel il sera intéressant de s’associer à une artiste telle que Pretty Yende – une rencontre très stimulante en perspective ! – on encore le Concert de la Loge de Julien Chauvin dans une programme entièrement vivaldien avec Adèle Charvet et Eva Zaïcik.
 

Leonardo García Alarcón © Leonardo DoPietroMaria

La Cappella Mediterranea de Leonardo García Alarcón est également à l’affiche pour un concert Bach qui s’inscrit dans le cadre d’une résidence : comment se concrétise-t-elle ?
 
L’ensemble a participé à quatre concerts destinés à des enfants des écoles élémentaires de la communauté d’agglomération de Plaine Commune, qui se sont déroulés à la Maison d’Education de la Légion d’honneur. Les musiciens participent aussi à « La Culture et l’Art au Collège », un dispositif mis en place par le département, mais aussi à des actions « Culture et lien social » qui s’inscrivent plus dans le champ social, soutenues par la DRAC et pilotées par des associations telles que les Restos du Cœur de Seine-Saint-Denis en particulier. Les participants assisteront à une répétition générale, mais aussi à un atelier de sound painting, construit autour de Bach et Haendel, avec l’Ensemble Amalgammes dirigé Christophe Mangou. Des ateliers chant sont par ailleurs prévus.
 
Gautier Capuçon sera  présent, le 9 juin, et prendra part à un projet mélangeant les interprètes et les genres tel que le Festival de Saint-Denis les affectionne ...
 
Il va en en effet être amené à improviser, aux côtés d’Ibrahim Maalouf et de son Free Spirit Ensemble. Nous travaillons avec Ibrahim depuis une douzaine d’années ; ce projet constitue à la fois un pari et un aboutissement. C’est aussi un moyen faire venir un autre public ; des gens qui viendront sur le nom d’Ibrahim Maalouf et découvriront Gautier Capuçon, mais aussi la cheffe Johanna Malangré – choix conjoint d’Ibrahim et de Gautier. J’ai toute confiance avec une telle équipe !
 

Le Chant de la Terre (version Schoenberg/Rainer Riehn) / B Records / Le Balcon Live LBM042 (sortie le 27/05/22)
 
Le Chant de la Terre dans la version de chambre de Schoenberg est au programme, sous la direction de Maxime Pascal, avec ses musiciens du Balcon, Kévin Amiel et Stéphane Degout. Une œuvre qui avait résonné dans la basilique vide il y a deux ans ... ?
 
Il s’agit du concert rescapé de l’édition 2020, qui avait été donné avec ces mêmes interprètes, sans public, et avait fait l’objet d’une captation réalisée par Camera Lucida. L’enregistrement vient de sortir chez B Records / Le Balcon Live : le concert programmé cette année s’inscrit dans le prolongement de cette parution. Les quelques personnes présentes en 2020 dans la basilique gardent toutes un souvenir extrêmement fort de ce Chant de la Terre, qui s’inscrivait il est vrai dans un contexte très particulier. Il va s’offrir à un large public le 1er juin, lors d’un concert sonorisé, dans les habitudes du Balcon. Maxime Pascal et son ensemble sont des habitués du festival. En 2014 ils avaient donné un concert avec Julie Fuch ; nous les avons accompagnés depuis lors, pour le premier volet de Licht de Stockhausen entre autres. Stockhausen qu’ils ont d’ailleurs joué –  avec un énorme succès ! – devant des scolaires au théâtre Gérard Philippe.
 
Daniel Harding © Julian Hargreaves
 
L’année 2028 fait paraît-il déjà partie des préoccupations du festival ?
 
Nous sommes en effet partie prenante, avec la ville et, au-delà, le territoire, à la candidature de Saint-Denis au titre de Capitale européenne de la culture pour 2028. Le dépôt de candidature s’effectuera en fin d’année, mais dès l’édition 2022 nous nous inscrivons dans les prémices de cette démarche avec, le 2 juin, un concert du Mahler Chamber Orchestra, sous la conduite de Daniel Harding. Nous sommes ravi d’accueillir cette formation que nous suivons depuis 2017. Elle fête ses 25 ans cette année et Daniel Harding la dirige depuis très longtemps ; nous n’avions pas eu le plaisir d’accueillir ce chef depuis 2011 (avec le Philhar cette année-là). Tout cela se place sous le signe de cette candidature, de l’Europe, de la musique qui transcende les frontières ... et je pense que nous en avons bien besoin en ce moment !
Cette candidature est intéressante par rapport à Saint-Denis car, jusqu’ici on parlait beaucoup d’ouverture sur le monde, et beaucoup sur le monde méditerranéen ou sur l’Amérique latine. Cette candidature au titre de Capitale européenne de la culture vient rappeler qu’il y a beaucoup d’Europe aussi à Saint-Denis – dimension à faire valoir auprès des autres cultures bien sûr !  
 
Propos recueillis par Alain Cochard, le 12 mai 2022
 
Festival de Saint-Denis 2022
Du 31 mai au 3 juillet 2022
 
festival-saint-denis.com/fr/

Photo © Yann Mambert

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