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Tan Dun en création mondiale par Patrick Messina et Cristian Macelaru à Radio France – Savoureux mélange – Compte-rendu

Tan Dun a imaginé son Concerto Three Lotuses in the Zen Garden très loin de la virtuosité spectaculaire mais assourdissante érigée en incontournable du répertoire pour clarinette. Si l’influence asiatique qui traverse la pièce y est assurément pour quelque chose (la clarinette cherchant à se rapprocher du timbre de l’erhu, instrument traditionnel chinois à cordes frottées), la conscience que la clarinette peut séduire avec peu de notes a sans doute contribué à l’abandon d’une « partition spectacle ». La pièce s’ouvre sur un long mouvement introspectif, apaisé, légèrement brumeux, très lyrique. Une esthétique qui n’est pas sans rappeler celle des concertos pour clarinette de l’Espagnol Oscar Navarro. Seules quelques interventions de crotales prennent part à cette méditation contemplative. L’orchestre chante à bouche fermée, offrant un tapis feutré à Patrick Messina (photo) qui assure la création mondiale de l’ouvrage. Le clarinettiste évolue en douceur avec une émission directe qui touche au cœur.

Patrick Messina & Cristian Macelaru en répétition © Christophe Abramowitz - Radio France
L’art du mélange
S’ensuit l’ajout progressif des instruments. Tandis que le soliste énonce le thème qui parcourra le reste de la pièce en notes détachées, saccadées, les clarinettes (deux sopranos, une basse) lui répondent en écho. La trompette fait une entrée joyeuse, suivie d’un contrechamp aux violoncelles. On relève de longs glissandos et effets multiphoniques dans la partie soliste, réalisés avec brio dans des nuances piano extrêmes. L’ensemble finalement constitué (on note une entrée remarquablement tardive des violons, qui modifie la couleur à l’orchestre), un brillant tutti triomphe in fine aux côtés de la clarinette. Le mélange des influences occidentales et asiatiques est sans conteste savoureux. Plutôt que de les mettre en miroir, Tan Dun a pris soin de les entremêler. C’est réussi ! Pour autant, l’ouvrage surprend par son empreinte résolument tonale, à rebours des marqueurs contemporains. Les nombreux glissandos donnent un aspect suranné à la partition. Si l’on peut se réjouir d’une écriture qui redonne de l’importance à la mélodie, reste tout de même l’impression d’un léger retour en arrière. En bis, Patrick Messina donne un arrangement du Clair de lune de Debussy pour orchestre et clarinette. Kitsch à souhait.
Un pupitre de cordes sensationnel
La seconde partie de soirée voit l’Orchestre National de France s’illustrer dans la Symphonie n°2 de Rachmaninov. Le pupitre de cordes en particulier, acéré et chantant, est éclatant d’un bout à l’autre. Malgré des nuances qui saturent par moment (et une petite harmonie qui disparaît complètement), le pupitre flamboie dans une énergie inépuisable et une cohésion éblouissante. Cristian Macelaru ne perd jamais de vue la direction qu’il a prise, lecture puissante et lyrique de la partition. Quitte à toucher, là encore, le kitsch du doigt. On reconnaît dans le deuxième mouvement le motif qui sera repris par Rachmaninov dans ses Danses Symphoniques (le sublime solo de saxophone alto). L’Adagio fait de nouveau entendre Patrick Messina, de retour au pupitre de clarinettes, dans une mélodie prise d'un élan irréfrénable. L’Allegro vivace, urgent, fortissi(ssi)mo, conclut une soirée lumineuse.
Antoine Sibelle

Paris, Maison de la Radio, 21 mars 2026
Photo © Christophe Abramowitz - Radio France
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