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Sayaka Shoji et le Cercle de l’Harmonie au Grand Théâtre de Provence – L’enchantement d’un vendredi soir – Compte rendu

Les violons ont une âme mais ce n’est pas pour autant que la musique qu’ils offrent, animée par l’archet de celle ou celui qui en joue, est touchée par la grâce… Au Grand Théâtre de Provence, Sayaka Shoji (1) est entrée délicatement sur scène, son Stradivarius « Récamier » tenu d’une main ferme et le visage presque énigmatique.
Là où certaines seraient arrivées toutes paillettes dehors perchées sur des talons de dix centimètres, la violoniste japonaise a préféré la discrétion et la réserve, vêtue d’une robe rouge élégante et d’un léger manteau beige clair, des ballerines aux pieds, la tète légèrement penchée en avant. Un peu comme si elle voulait s’effacer, presque disparaître pour laisser totalement la place à son art, à la musique… L’enchantement d’un vendredi soir pouvait débuter.

© Sacha Gusov
Sensibilité et créativité
Au programme, le Concerto pour violon Op.61 de Beethoven en compagnie du Cercle de l’Harmonie et de son créateur et directeur musical Jérémie Rhorer. Une union idéale entre une soliste qui joue un instrument monté en boyau et les instruments d’époque d’un orchestre qui a trouvé aujourd’hui, une singulière personnalité sonore. De la personnalité, la violoniste en a beaucoup. Elle irradie de sérénité et s’empare de la partition pour en la magnifier, n’hésitant pas a imposer parfois ses tempi, visiblement en accord avec Jérémie Rhorer, et à introduire des ornements qui enrichissent l’interprétation sans jamais trahir l’ouvrage. Du grand art et un plaisir immense pour les auditeurs. Plaisir plus que renouvelé avec, en bis, un Bach offert comme un bijou à une salle conquise.

© DR
La poésie de Beethoven
De part et d’autre de ce moment unique, Jérémie Rhorer proposait l’ouverture de Léonore III et la Symphonie n° 4 de Beethoven – deux partitions contemporaines du Concerto pour violon. Deux œuvres emblématiques du compositeur qui vit certainement la période la plus paisible de sa vie. Paisible et emplie de poésie, la Symphonie en si bémol majeur gagne à être donnée avec les couleurs d’un orchestre composé d’instruments d’époque qui lui confèrent un caractère délicat, empli de douceur et de sérénité ; des qualités mises en valeur par la direction impeccable de Jérémie Rhorer. Mêmes constatations pour l’interprétation de l’une des quatre ouvertures composées pour « Fidelio », la Léonore III, fascinante, à la fois puissante et romantique qui, ici, prend les couleurs chaudes de la passion. Deux œuvres pour illustrer idéalement l’âme poétique de Beethoven.
Quant à l'actualité prochaine des artistes, notez que Sayaka Shoji se produira à Chantilly les 5 avril et 24 mai dans le cadre des Coups de Cœur à Chantilly. Jérémie Rhorer et son Cercle de l'Harmonie seront pour leur part à la Philharmonie de Paris le 30 mars pour un Rigoletto en version de concert, le 16 juin au Festival de Saint-Denis dans la Grande Messe de Mozart et le 19 juin à la Halle aux grains de Toulouse avec le Requiem de Verdi.
Michel Egéa

(1) Lire l'interview de Sayaka Shoji (février 2025) : www.concertclassic.com/article/une-interview-de-sayaka-shoji-violoniste-je-suis-juste-musicienne-et-je-suis-curieuse
Aix-en-Provence, Grand Théâtre de Provence, 6 février 2026
Sayaka Shoji : sayakashoji.com
Le Cercle de l'Harmonie : cercledelharmonie.com/
Photo © DR
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