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Roma de Massenet au Théâtre des Champs-Elysées – Quand Fragonard joue à David – Compte rendu

Le peintre du Verrou aurait-il pu ou voulu peindre Les Sabines ? C’est un peu la question qu’on se pose tout au long de cette exécution de concert de Roma (1912), le dernier de ses opéras que Massenet put voir créé, quelques mois avant sa mort (Panurge et Cléopâtre seraient posthumes, sans parler du très posthume Amadis, porté à la scène en 1922 seulement). Certes, comme Fragonard, Massenet ne s’était pas illustré que dans les sujets galants, car les genres historique et sacré ne leur étaient pas étrangers. Mais quelle idée de s’attaquer à un livret tiré par le fidèle Henri Cain d’un drame étroitement lié à l’après-guerre de 1870 ? Dans Rome vaincue d’Alexandre Parodi, Rome représente la France, menacée par les barbares, et dont le salut ne viendrait que du sacrifice, la vestale coupable d’amour terrestre devant être châtiée comme il fallut construire le Sacré-Cœur pour expier les turpitudes du Second Empire.

Des accents inédits et frappants

 Si l’on peut comprendre que certaines situations et certains personnages aient pu tenter Massenet, il n’en reste pas moins que cette tragédie commence par deux actes un peu longuets, l’action ne décollant vraiment qu’à partir du troisième, et pour cause : Fausta et Lentulus ont alors enfin droit à un duo d’amour de la plus belle veine, et la (grand-)mère de la vestale s’impose ensuite comme figure de premier plan. Après une ouverture agitée, où l’on entend aux cordes les lignes caressantes dudit duo, la partition ressemble d’abord aux débuts d’un semi-oratorio comme Samson et Dalila, le patriotisme de rigueur se substituant aux souffrances du peuple hébreu. Quelques airs, mais peu de théâtre durant ces deux premiers actes : si l’entracte n’avait pas été placé après le troisième, la salle se serait peut-être un peu vidée, et ç’eût été dommage, car la condamnation et l’ensevelissement de la vestale ont inspiré à Massenet des accents inédits et frappants.

 

© Alice Blangero - OPMC

Une équipe très impliquée

A la tête de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo (avec lequel le Palazzetto Bru Zane a déjà ressuscité Déjanire et L’Ancêtre de Saint-Saëns, également créés à Monaco dans les premières années du XXe siècle), le jeune chef italien Diego Ceretta s’investit avec fougue dans cette partition. Le Chœur de Radio-France se montre tout aussi impliqué, avec notamment de fort belles interventions a cappella au dernier acte. Quant aux solistes, le PBZ a réuni une équipe de fidèles, complétée par une nouvelle venue, Rachel Willis-Sorensen (photo) (1), qui hérite ici d’un rôle finalement assez bref mais intense, et auxquels elle prête les couleurs sombres d’une voix opulente, dans un français soigné. Thésée dans Ariane, Jean-François Borras reprend un autre rôle jadis créé par Lucien Muratore et confère à Lentulus un héroïsme qui n’exclut pas la sensibilité.
 

© Alice Blangero - OPMC

A partir du quatrième acte, Julie Robard-Gendre remporte un succès mérité pour son interprétation ardemment expressive de Posthumia, l’aïeule aveugle, rôle conçu sur mesure pour Lucy Arbell, qui la fait régulièrement plonger dans l’extrême grave de sa tessiture. Tassis Christoyannis donne à Fabius son habituelle noblesse, non sans attendrir quand se fissure la cuirasse de l’honneur romain. Jérôme Boutillier incarne avec la même vigueur qu’il le ferait sur scène le personnage du Gaulois Vestapor, qui permet la fuite des amants au troisième acte. La voix noire de Patrick Bolleire sied parfaitement à l’inflexible Lucius Cornelius. Junia ne se fait entendre que dans un air délicatement soutenu par la flûte et Hélène Carpentier lui rend pleinement justice, la distribution étant complétée, pour quelques répliques, par Aliénor Feix et Clémence Tilquin.
Notez enfin que l'enregistrement de Roma sera publié dans la collection "Opéra français" du PBZ au cours de la saison 2027-2028  

Laurent Bury

(1) On aura le plaisir de retrouver Rachel Willis-Sorensen le 1er octobre au TCE, aux côtés de l'Orchestre Les Siècles dirigé par Pierre Bleuse, dans la 3e Symphonie "Kaddish" de Leonard Bernstein // www.theatrechampselysees.fr/saison-2026-27/orchestre/les-siecles-7

Massenet : Roma (version de concert) -  Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 28 septembre 2026. Diffusion en différé sur France Musique le 17 octobre 2026 à 20h

Photo © Alice Blangero - OPMC

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