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Retour à Paris - Une interview de David Zinman


David Zinman retrouve l’Orchestre de Paris, une formation qu’il aime tout particulièrement, avec un programme Dalbavie, Beethoven et Schubert, donné dans le cadre du Festival « Paris de la Musique ». Et comme un bonheur n’arrive jamais seul son enregistrement de la 10e Symphonie de Gustav Mahler vient de paraître.

Avec votre enregistrement de la 10e Symphonie (1), vous achevez votre voyage dans l’œuvre de Gustav Mahler. Parlez nous de cette expérience.

David Zinman : C’est d’abord le résultat d’un travail commun. Tout le cycle a été enregistré par la même équipe technique et sous la houlette du même directeur artistique, dans la salle de la Tonhalle qui possède une très belle acoustique, assez particulière pourtant pour ne pas être neutre. C’est surtout le résultat d’un intense travail avec l’orchestre qui n’avait pas joué le cycle intégral. J’ai évolué dans la musique de Mahler, tout comme eux au cours de ces années. Nous avons construit une œuvre collective. J’espère que cela s’entend.

Vous avez procédé par ordre chronologique.

D. Z. : Oui, nous avons enregistré deux symphonies par an et je tenais à aller de la première à la dixième, il n’y a pas de meilleur moyen pour prendre conscience de l’évolution étonnante du langage de ce compositeur qui commence en se démarquant du romantisme pour se rapprocher à la fin des perspectives de la toute jeune école de Vienne. D’autre part chaque symphonie apporte son lot de nouvelles difficultés techniques et cela finit par produire un challenge permanent qui transporte les musiciens, les amène à se dépasser.

Ce qui surprend avant tout en écoutant cette intégrale, c’est la qualité des équilibres sonores.

D. Z. : En effet, une balance s’approchant de l’idéal demeure selon moi un point essentiel du métier de chef d’orchestre. Si Mahler est un orchestrateur hors pair, il écrit souvent avec une certaine profusion, il faut savoir y mettre de la lumière. Je tiens probablement ce goût d’une certaine clarté de l’un de mes maîtres, Pierre Monteux.

Quelle réalisation avez-vous choisie pour la Dixième, on sait que c’est toujours délicat, même si la seconde réalisation de Deryck Cooke semble s’imposer un peu partout…

D. Z. : Finalement j’ai choisi de graver la version de mon compatriote, Clinton Carpenter, mais n’y voyez aucune forme de protectionnisme. Elle diffère sensiblement de celle de Cooke, et d’ailleurs Carpenter a travaillé des décennies avant que Cooke ne se penche sur la partition. Carpenter avait proposé sa version dès 1949, l’a révisée en 1966 puis en 1982, et il lui aura fallu attendre les années quatre-vingt pour l’entendre… C’est une proposition passionnante, qui assume des choix parfois drastiques : Carpenter ajoute beaucoup de matériel, reste moins prisonnier de la particelle de Mahler. Il faut connaître cette alternative.

Maintenant que vous avez bouclé votre cycle Mahler, quel est votre prochain projet discographique?

D. Z.  : N’allez pas si vite, nous allons encore graver un double album avec Das Lied von der Erde et les cycles de lieder… je pense la saison prochaine.

Et quels seront les solistes pour Le Chant de la Terre ?

D. Z. : Nous avons déjà le ténor, Christian Elsner, et je voudrais tellement l’enregistrer avec Susan Graham, mais je ne suis pas encore certain qu’elle soit disponible…

Et après ce volume de lieder mahlériens ?

D. Z. : Schubert. Cela pourra vous paraître bizarre mais il me semblait assez logique de l’enregistrer après que nous ayons bouclé notre cycle Mahler. Il y a chez Schubert une dimension qui repousse les limites temporelles du genre. Voyez la Grande Symphonie, elle crée vraiment un nouvel espace. Nous allons enregistrer les symphonies et quelques ouvertures, mais uniquement les symphonies achevées par Schubert, donc les 1 à 6, la 8e dans ses deux mouvements et « La Grande ».

Donc pas les partitions complétées par Brian Newbould.

D. Z. : Non. Le cycle est bien comme il est. Ce sera mon denier ouvrage avec l’Orchestre de la Tonhalle et il occupera parfaitement les quatre années qu’il me reste à vivre avec eux. Il me semblait qu’après Beethoven, Schumann, Brahms (2), Richard Strauss puis Mahler, Schubert devait venir compléter ce projet à long terme.

Justement vous avez choisi d’inscrire au programme de votre prochain concert avec l’Orchestre de Paris la Symphonie n°9.

D. Z. : Oui, et je suis heureux de retrouver ces musiciens que j’aime tout particulièrement. Pour moi c’est tout simplement un des meilleurs orchestres au monde avec une sonorité bien particulière, beaucoup de grandes individualités parmi les pupitres. Je suis impatient de les entendre faire sonner la 9e de Schubert, cette œuvre qui a tellement influencé non seulement Bruckner ou Mahler mais aussi Schumann. Je retrouverai également Stephen Bishop dans le Premier Concerto de Beethoven, et j’aurai le plaisir de créer une nouvelle œuvre de mon ami Marc-André Dalbavie, Variations orchestrales sur un thème de Janacek, qu’il a dédiée à Henri Dutilleux.

Propos recueillis par Jean-Charles Hoffelé, le 3 novembre 2010

(1) CD Sony

(2) Les quatre symphonies de Brahms ont été enregistrées en vue d’une publication sous le label privé de l’Orchestre de la Tonhalle.

Orchestre de Paris, dir. David Zinman

(Œuvres de Dalbavie, Beethoven, Schubert)

Paris – Salle Pleyel

17 et 18 novembre 2010 – 20h

www.parisdelamusique.com

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Photo : DR

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