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Rencontre avec Julien Chauvin [Médée en version de concert au TCE 11 févr. ] – « Nous sommes totalement chez nous dans la musique de Cherubini. »

11 février : le moment d’offrir au public du théâtre des Champs-Elysées la Médée de Luigi Cherubini approche pour Julien Chauvin et ses troupes, ce avec le concours d’une luxueuse distribution emmenée par Marina Rebeka. Une version de concert, placée sous les auspices du Palazzetto Bru Zane qui, bien évidemment, a prévu d’enregistrer l’ouvrage à cette occasion pour sa collection « Opéra français ».

Luigi Cherubini (1760-1842) – Musica, 1er novembre 1911 © Bibliothèque du conservatoire de Genève
Une figure singulière dans l’histoire de la musique française
On sent le patron du Concert de la Loge impatient de se plonger dans la partition de Cherubini. « Nous sommes totalement chez nous dans cette musique », s’enthousiasme un chef qui s’est fait une spécialité d’ouvrages nés la charnière des XVIIIe et XIXe siècles. « 1797, année de la création de Médée, c’est le moment où le Concert de la Loge olympique ouvre le théâtre de l’Odéon, rappelle Julien Chauvin. Après nos aventures du côté de Gluck, de la Phèdre de Lemoyne, dont le livret est de François-Benoit Hoffmann, auteur de celui de Médée, il y a une complète continuité. Cherubini, arrivé en France en 1787 à l’invitation de Viotti, a tout de suite adhéré au Concert de la Loge olympique, pour lequel il a très vite écrit deux cantates. C’était donc son monde, il connaissait des musiciens qui l’ont « adopté ». Bien plus tard, en 1822, il deviendra directeur du Conservatoire de Paris et constitue une figure singulière dans l’histoire de la musique française. »

© Franck Juery
Avec les récitatifs
Très proche du Palazzetto Bru Zane depuis une vingtaine d’années – que ce soit avec le Concert de la Loge ou le Quatuor Cambini-Paris – Julien Chauvin a travaillé en étroite collaboration avec son directeur artistique, Alexandre Dratwicki, pour la mise au point d’une Médée qui fait appel à la version avec les récitatifs recomposés par Alain Curtis. Une manière de revenir à la Médée rêvée par Cherubini, contraint d’adopter la formule parlé-chanté lors de la création parisienne du 13 mars 1797.

Marina Rebeka © Tatyana Vlasova
Dernière Médée pour Marina Rebeka
L’entreprise du PBZ et du Concert de la Loge est d’autant plus séduisante qu’elle peut compter sur une distribution d’un niveau exceptionnel : Julien Behr, Mélissa Petit – très remarquée il y a peu dans Jean de Nivelle de Delibes à Budapest (1), autre initiative du PBZ avec enregistrement « Opéra français » à la clef –, Patrick Bolleire, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Hélène Carpentier, Margaux Poguet et Pierre Gennai seront au rendez-vous avenue Montaigne, sans oublier les Chantres du CMBV (préparés par Fabien Armengaud). Mais c’est évidemment vers le redoutable rôle-titre, confié à Marina Rebeka que les regards se tournent en premier lieu. « Marina Rebeka est un peu le point de départ du projet, reconnaît Julien Chauvin. Nous nous sommes dit : si nous refaisons Médée c’est dans des conditions absolument idéales en ce qui concerne la partition. Quant à Marina, qui a décidé de ne plus chanter cette œuvre, ce sera sa dernière fois. Elle a souvent interprété Médée, rôle particulièrement exigeant. Nous avons beaucoup travaillé en amont, pour préparer les choses au mieux, afin qu’elle soit le plus à l’aise dans des choses qui s’avèrent extrêmement difficiles. Elle est sincèrement passionnée par le projet ; nous nous envoyons très régulièrement des messages pour savoir quel tempo adopter ici ou là, pour s’accorder sur les récitatifs d’Alan Curtis, en fonction de l’expérience que la chanteuse a d’un rôle qu’elle a totalement intégré en le vivant de différentes manières sur scène. Mon désir est de l’accompagner au mieux dans sa perception du personnage. Elle est d’une gentillesse et d’une écoute rarissimes : c’est un immense bonheur que de partager cette Médée avec elle ! »

La Création en version française
Il faudra attendre l’an prochain pour découvrir Médée dans la collection « Opéra français », mais il est un autre enregistrement, pour Alpha Classics celui-là, très attendu lui aussi, qui sortira dès le printemps prochain : La Création de Haydn en version française, captée sur le vif le 6 juin 2023 lors de la soirée inaugurale du Festival de Saint-Denis, avec les voix de Julie Roset, Stanislas de Barbeyrac, Nahuel Di Pierro et le Chœur de chambre de Namur. (2) On avait eu l’occasion à l’époque de mettre l’accent sur le travail de reconstruction de la partition accompli par Julien Chauvin (3), travail appuyé sur la première édition piano-chant de la version française, document totalement inédit, absent même des rayons de la BnF, sur lequel le chef était parvenu à mettre la main. Une découverte qui l’avait conforté dans son envie de donner La Création en français. La BnF possède en revanche un conducteur d’orchestre, édité en 1801, lui aussi utilisé par Julien Chauvin pour monter l’oratorio qui faillit coûter la vie à Bonaparte. C’est en effet sur le chemin le menant à la première parisienne de La Création, le 24 décembre 1800, que survint l’attentat de la rue Saint-Nicaise.
La soirée de 2023 à la basilique avait profondément marqué l’auditoire, par la lumière nouvelle qu’elle projetait sur une partition que l’on a coutume d’entendre en allemand autant que par la poésie et le relief dramatique de l’interprétation de Julien Chauvin et de ses solistes. Le chef garde lui aussi un souvenir aussi vif qu’ému de cette soirée : nous partageons son impatience de voir enfin paraître cette Création du Monde !
La chambre d'échos
Dans la belle actualité du Concert de la Loge, on ne manquera pas de mentionner « 4 Saisons Dansées », spectacle monté avec la compagnie Käfig de Mourad Merzouki et applaudi en de très nombreuses occasions déjà, dont Caen le mois dernier (4) ; il sera repris le 26 mars prochain au Festival de Megève. Dès la fin du mois de février, le 21, une autre belle surprise – en création celle-là – attend le public à l’Opéra Grand Avignon avec « La Chambre d’échos », spectacle réunissant Julie Roset et Adèle Charvet dans des duos baroques. Deux chanteuses, et ô combien fines musiciennes !, qui évolueront dans un spectacle lyrique mis en espace par Eddy Garaudel, jeune metteur en scène auteur d’un Orphée et Eurydice très applaudi au Festival Pulsations de Raphaël Pichon en 2023.(6)
Bonne nouvelle, Julien Chauvin nous apprend qu’un programme a été enregistré il y a peu par Julie Roset et Adèle Charvet. Comme pour Médée, il faudra attendre 2027 pour le savourer.
Alain Cochard
(Entretien avec Julien Chauvin réalisé le 30 janvier 2026)

Cherubini : Médée
11 février 2026 – 19h30
Paris – Théâtre des Champs-Elysées
www.theatrechampselysees.fr/saison-2025-2026/opera-en-concert/medee-2
(1) www.concertclassic.com/article/jean-de-nivelle-de-leo-delibes-en-version-de-concert-au-mupa-budapest-le-plaisantin-patriote
(2) www.concertclassic.com/article/la-creation-de-haydn-en-version-francaise-sous-la-direction-de-julien-chauvin-au-festival-de
(3) www.concertclassic.com/article/julien-chauvin-dirige-la-creation-au-festival-de-saint-denis-2023-haydn-version-francaise
(4) www.concertclassic.com/article/4-saisons-dansees-par-le-concert-de-la-loge-et-la-compagnie-kafig-au-theatre-de-caen-reprise
(5) www.operagrandavignon.fr/la-chambre-dechos
(6) www.concertclassic.com/article/orphee-et-eurydice-version-berlioz-au-festival-pulsations-bordeaux-2023-lexperience-gluck
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